‹ L'héroïne chrétienne du CanadaChapitre 188 sur 197 · JACQUES HIPPOLTTE LE BER · texte numérisé non relu

JACQUES HIPPOLTTE LE BER

Dans cette extrémité, les naufragés réglèrent leur nourriture à quatre onces par jour. C'était de la colle, ou de la bouillie à l'eau, et le soir de la viande; il n'était pas question de pain ni d'aucune autre sorte d'aliment. Le pot de fer du navire, destiné à faire chauffer le goudron, leur servait de chaudière; et tous ces hommes n'avaient qu'une seule hache, pour se procurer le bois, dont ils ne pouvaient se passer. Voulant se mettre à l'abri de la rigueur de la saison, ils dressèrent incontinent deux cabanes, qu'ils couvrirent de branches de sapin. Mais là, ils eurent à souffrir des douleurs intolérables du froid et de la vermine qui les rongeait : tous, n'ayant point d'autre linge, que celui qu'ils avaient sur le corps au moment du naufrage, et étant par conséquent dans l'impossibilité d'en changer. Cependant, le 5 Janvier, le jeune de Senneville, accourut vers le Père Crespel, qui était dans le bois ; et lui apprit, que l'on venait de découvrir deux cabanes de Sauvages; mais la joie de cette découverte fut de courte durée; ces Sauvages étaient à la chasse, et ne devaient revenir qu'après l'hiver.

Le froid devenait de plus en plus intolérable.

Un de la troupe voulut aller sur les glaces, pour

voir s'il y découvrirait la chaloupe : mais il fut si

violemment saisi par le froid, qu'on fut obligé de

le porter ; et il mourut quand il fut dans la cabane. Le maître charpentier mourut aussi, en donnant des marques d'une grande piété. Le 16 Février, trois autres du nombre desquels M. de Freneuse moururent, coup sur coup ; et deux autres ensuite. Enfin, le 6 mars, une grosse neige, poussée par un vent du Nord très-violent, mit le comble à toutes leurs souffrances : car la neige tombant continuellement dans la cabane, le feu s'éteignit et il n'y eut pas de moyen de le rallumer. Pour ne pas mourir de froid, ils n'eurent d'autre expédient, que de se tenir tous ensemble, se serrant les uns auprès des autres, sans boire ni manger que de la neige, depuis le mercredi matin, jusqu'au samedi; et encore, quatre ou cinq de la troupe moururent-ils pendant ce temps.

Le samedi, la température s'étant un peu radoucie, le Père Crespel sortit avec trois hommes, pour aller chercher du bois et de la farine ; et quoiqu'ils ne fussent restés dehors qu'un quart d'heure, deux d'entre eux eurent les pieds et les mains gelés, et moururent au bout de quelques jours. Il fut même impossible d'aller au bois. On se vit donc contraint de faire la colle à froid : ce qui faillit leur ôter la vie à tous par la cruelle altération et l'ardeur violente, que cette eolle leur fit souffrir, pendant toute la nuit. Bientôt il n'y eut plus

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