‹ L'héroïne chrétienne du CanadaChapitre 30 sur 197 · LIVRE I. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IL

*' Plusieurs personnes de la ville de Qué- " bec, à qui Mlle Le Ber avait été recomu mandée par ses parents, lui envoyaient " souvent des objets propres à lui servir " d'amusement, ou des friandises de haut " goût, dont la plupart des enfants sont " ordinairement si avides. Dans ces occa- " sions, M1Ie Le Ber s'excusait poliment de " les accepter : son esprit de mortification, " qui lui faisait rechercher les privations " de tous les genres, aurait trop souffert " de toucher à ces objets ou à ces dou- " ceurs."

Quelle vertu consommée dans un âge si tendre ! quel parfait modèle pour toutes les élèves des pensionnats ! Bien différente de ces enfants délicates, pour ne rien dire de plus, qui esclaves de la sensualité, demandent elles-mêmes des friandises à leurs parents, et les reçoivent toujours avec des démonstrations de joie excessives et messéantes ; MUe Le Ber refusait celles mêmes qu'on venait lui offrir; montrant par une conduite si chrétienne, combien elle avait mortifié en elle toute affection pour ces

sortes de douceurs, et laissant toujours Ie3 personnes qui les lui offraient, vivement touchées et édifiées d'une mortification si rare.

Et toutefois, quelque vif et ardent que fut cet amour pour la mortification, il ne lui faisait négliger aucun des égards que commandait la bienséance ou la charité chrétienne. Si elle jugeait qu'en refusant ces petits présents, elle dût mortifier les personnes qui les lui offraient, alors, elle les acceptait de bonne grâce, aimant mieux se mortifier elle-même, en contrariant son attrait, quelque saint qu'il fut, que de mécontenter les personnes honorables, qui lui témoignaient tant de bienveillance et d'amitié. Une si sage condescendance faisait bien voir que ce grand amour de la jeune Le Ber pour la mortification, était en elle, non l'effet du caprice, comme on le voit quelquefois dans d'autres enfants, qui se font une dévotion à leur mode, mais la marque certaine d'une vraie et solide vertu.

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