LIVRE II. — CHAPITRE II
donnant sa confiance et toutes ses affections à cette fille incomparable.
Dans son voyage de 1672, la Sœur Bourgeoys avait amené de France douze ou treize coopératrices, à qui elle communiquait son esprit de zèle et de ferveur ; et en outre, elle avait auprès d'elle, un certain nombre de jeunes personnes, nées à Ville- Marie, formées par ses soins, dès leur enfance, qui toutes, se préparaient aux emplois de la Congrégation. Plusieurs de ces dernières appartenaient à la famille de MUe Le Ber, entre autres les Sœurs Françoise et Marguerite Lemoyne, ses cousines. Le parfait dégagement du monde, que Mlle Le Ber admirait dans ces vierges chrétiennes, leur humilité sincère, leur simplicité évangélique, leur amour pour la pauvreté, la générosité de leur zèle pour la sanctification de l'enfance ; enfin, toutes les vertus dont elles offraient l'exemple à la Colonie, étaient pour Mlle Le Ber une sorte de parfum céleste, qui l'attirait fréquemment à la Congrégation ; et comme de son côté elle était, pour ces saintes filles, un sujet d'édification
singulière, on recevait toujours ses visites avec beaucoup de satisfaction.
Toutes ces jeunes personnes lui offrirent autant de modèles de ferveur : l'une d'elles, cependant, par une disposition particulière de la divine Providence, la touchait plu3 encore que les autres. C'était une âme d'élite, qui par les attraits de grâce qu'elle éprouvait, et par sa fidélité à y correspondre, semblait marcher à grands pas dans la voie du dégagement parfait, où MUe Le Ber était attirée elle-même ; et comme, par les entretiens qu'elles avaient ensemble, MUe Le Ber se sentait toujours plus saintement élevée à Dieu, et plus étroitement unie à lui : elle se lia avec elle d'une amitié très étroite. Cette amitié, dont la vertu fut seule le motif et la fin, était un moyen ménagé par la divine providence à MUe Le Ber, pour l'exciter à une perfection plus grande encore, que celle qu'elle avait pratiquée jusqu'alors, et à un détachement plus entier du monde et de toutes les choses de la terre. Elle ne quittait jamais sa sainte amie, qu'elle ne se sentit, en effet, attirée à ce détachement