‹ L'héroïne chrétienne du CanadaChapitre 74 sur 197 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

du monde, avec lequel elle ne devait avoir désormais aucun commerce. Elle ne voulut donc plus porter d'autre linge, sur ses instruments de pénitence, que d'une toile très grossière, de qualité inférieure à celle même, dont les plus pauvres gens, avaient alors coutume d'user ; et n'avoir plus que des vêtements de laine, sans aucune sorte d'ornements et d'une forme très simple. Sa nourriture se ressentait de la simplicité et de la pauvreté de son vêtement. S'il arrivait qu'on lui présentât quelque mets plus délicat, ou plus recherché : elle ne le recevait, que pour cacher sa mortification ; car le plus souvent elle n'y touchait pas. Elle priait même la personne qui la servait de lui apporter secrètement les restes de pain, que les domestiques avaient laissés ; ce que l'autre ne faisait qu'avec une extrême répugance, quoiqu'elle sut fort bien qu'elle ne pouvait lui procurer un plus grand plaisir ; et ainsi, ces restes étaient son pain le plus ordinaire. Encore, de ces aliments très communs, et de ce pam quelquefois dégoûtant, elle ne prenait qu'une quantité

si petite, qu'on avait peine à comprendre, qu'elle put suffire pour la soutenir. La fidélité au silence qu'elle s'était prescrite, lui faisait joindre la mortification de la langue à celle du goût : car elle ne mangeait qu'après que la servante était sortie de sa cellule : étant ainsi toujours seule en prenant ses repas. Enfin, elle ne se dispensa jamais des abstinences et des jeûnes prescrits par l'Église, quelque faible que fut son tempérament; elle y ajoutait au contraire bien d'autres mortifications, comme nous le rapporterons dans la suite ; elle eut même pu les porter à des excès, si elle n'eût été ponctuellement fidèle à l'obéissance.

En entrant dans sa cellule, Mlle Le Ber qui avait renoncé à toute communication avec ses parents ; se serait abstenue de franchir le seuil de sa retraite, si elle n'eut été obligée de se rendre tous les jours à l'Eglise paroissiale, pour vaquer aux exercices de la religion. Tous les jours, elle se levait à quatre heures et demie, et assistait à la messe de cinq heures, quelque

Page 1