LIVRE II. — CHAPITRE V
constance qu'elle fit paraître à garder sa cellule, dans les derniers moments, qui précédèrent la mort de sa propre mère, Madame Le Ber, comme nous allons le raconter.
Il y avait déjà deux ans que Mlle Le Ber était entrée en réclusion, lorsque sa mère fut atteinte de la maladie, qui devait la conduire au tombeau. Attachée, du fond de ses entrailles, à cette tendre mère, par les liens les plus forts de la nature et de la reconnaissance, Mlle Le Ber du fond de sa cellule, entendit plusieurs fois ses derniers soupirs, qui lui perçaient le cœur ; et comme si elle eût été insensible à des maux qu'elle sentait si vivement, mais auxquels elle ne pouvait remédier par elle-même : elle ne sortit jamais du lieu de sa retraite, pour aller donner à cette chère mourante les derniers témoignages de son affection. Toujours soumise aux ordres de la Providence, quelques rigoureux qu'ils pussent être, elle ne se lassait pas, durant ce temps de demander à Dieu, par d'instantes prières le salut de cette mère chérie, et sa guérison, s'il devait y trouver sa plus grande gloire.
Mais l'arrêt en était porté dans les conseils de la divine Sagesse : la malade mourut le 8 novembre 16S2 ; et cette nouvelle arriva bientôt à la cellule de la Recluse.
Quelque rude que fut la vie qu'elle y menait, son ardent amour envers Dieu, lui avait rendu jusqu'alors douces et agréables toutes les mortifications dont elle usait, pour crucifier en elle la nature et l'immoler à Dieu. La plus vive, ia plus douloureuse, sans contredit, qu'elle eut à endurer: celle qui la blessa dans l'endroit le plus sensible de son cœur : ce fut la mort de cette mère bien-aimée. Toutefois, elle soutint cette grande épreuve avec une force digne de sa religion, et de son courage magnanime. On ne l'entendit pas alors remplir la maison de ses cris, comme il n'arrive que trop souvent, dans ces occasions, aux âmes d'une vertu commune. Sans perdre un seul instant la paix qui régnait dans son âme, elle adore aussitôt les jugements de Dieu, et les accepte avec les sentiments de la soumission la plus entière et la plus parfaite. Puis, en fille vraiment forte, elle sort