‹ L'héroïne chrétienne du Canada ou Vie de Mlle Le Ber [microforme]Chapitre 209 sur 220 · JOSEPIH HIPPOLYTE LE BER DE SAINT PAUL DE SENNEVILLE · texte numérisé non relu

JOSEPIH HIPPOLYTE LE BER DE SAINT PAUL DE SENNEVILLE

Joseph Hippolyte Le Ber fut envoyé jeune en

France et placé parmi les Pages de la Dauphine. Devenu Enseigne d’une Compagnie du détachement de la Marine, il épousa à l’âge de 21 ans, le 26 Janvier 1718, Anne Margucrite Soumande, fille d’un riche négociant de Ville-Marie. Nous avons vu que Jacques Le Ber de Saint Paul, son erand-père, lui avait assuré par son testament, la propriété du Fief de Senneville : Joseph Hippolyte, le 5 Mars 1732, qualifié alors Officier dans l Jes troupes, prêta foi et hommage à M. Normand | Supérieur du Séminaire, pour ce Ficf, que son père Jacqnes de Senneville lui avait remis.

Après la mort de ce dernier, il posséda aussi le Fief

Saint Paul, ce qui lui fit prendre les titres de Hi: Saint Paul et de Senneville,

Nous pouvons remarquer ici que l'Ile de Saint Paul, séparée de celle de Montréal, par un petit chenal, était depuis longtemps un lieu de chasse

et de pêche, où chacun se croyait en droit de com-

mettre des dégats de toute espèce, au détriment et maloré les réclamations des Seigneurs. En 1708, sur les plaintes des Sœurs de la Congrégation, qui possédaient un tiers de cette Ile, M. Raudot, Intendant, avait défendu à toute personne, d'aller sur leur Seigneurie, sous prétexte de cueillir des fraises, des framboises et d’autres fruits, à peine de dix livres d'amende, contre chacun des contrevenants, et de 20 livres contre ceux qui rompraient les clôtures ou abattraient des arbres : le tout applicable aux Sœurs. M.Jacques Le Ber de Senneville avait aussi adressé à M. Hocquart, Intendant, de semblables plaintes en 1731, pour qu'il réprimât l'audace des chasseurs qui foulaient impunément les grains et les semences, dépouillaient les arbres fruitiers, et exposaient même les bâtiments construits sur cette Île, au péril de lincendie. L ‘endant renouvela la défense faite par M. Raudot; et condamna tous ceux qui seraient pris sur l'Ile, sous prétexte de chasse, ou de pêche, à dix livres d'amende, applicables à l’{ôpital, avec confiscation au profit du Sieur de Senneville, tant des armes pour la chasse, que des ustensiles servant à la pêche.

Mais ces excès ne laissèrent pas de se reproduire comme auparavant. Par l’imprudence des chas-

seurs, une grange, que les Sœurs de la Congréga-

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tion, avaient fait construire, fut consumée par le feu ; et peu après plus de 5 ou 600 bottes de foin, et les clôtures, devinrent aussi la proie des flammes. Enfin, plus d’une fois, les moutons qui paissaient dans l'Ile, furent étranglés par les chiens des chasseurs. Pour exercer plus impunément tous ces dégâts ct d’autres semblables, les chasseurs avaien, ’impudence d'assurer le fermier de M. de Senneville, qu'ils avaient obtenu des Sœurs de la Congrégation la permission de chasser dans l'Ile; et ils alléouaient qu’ils avaient celle de M. de Senneville lui-même, quand ïls se voyaient repris par le Gardien des Sœurs. A la fin, celles-ci et M. de Senneville présentèrent une requête commune à M. Hocquart en 1740, et ce magistrat, pour ôter tout prétexte aux chasseurs et aux autres, déclara que tous ceux qui iraient dans cette Ile, pour la chasse ou la pêche, et ne seraient pas munis d’une permission par écrit, tant de M. de Senneville, que des Sœurs de la Congrégation, seraient condamnés aux amendes déjà portées et à la réparation des dommages commis.

Joseph Hippolyte de Senneville fut promu à la charge d'Aide major de la Place et du Gouvernement de Montréal, et fait chevalier de Saint Louis. Voici la suite des enfants qu’il eut de Marie Mar-

guerite Soumande, son épouse,

Enfants 1722.

de J. H. Le BER

et de

M. M. SouMANDE,

CR

[Sr]

Jacques Hippolyte. Voyez p. 346.

. Anne Elizabeth.

. Jean Laptiste. Voyez p.

Marie Anne.

1 Février : Louise,

23 Décembre : Marie Anne.

François Hippolyte.

Joseph Antoine.

François Marie.

Marie Anne,

Joseph Charles.

Marie Louise,

Marie Marguerite Soumande mourut à l’âge de

dans la Motice suivante,

cinquante ans et fut inhumée le 15 Décembre 1749, De tous les fils qu’elle avait laissés de M. Joseph Hippolyte de Senneville, Jean Baptiste fut le seul qui eut des descendants. Il paraît, que la plupart des autres, moururent fort jeunes, à l'exception de l’aîné de tous, Jacques Hippolyte de Senneville, qui pourtant ne poussa pas sa carrière au-delà de sa vingtième année, comme nous allons le raconter

M. Joseph Hippolyte Le Ber de Saint Paul, qui avait été Page chez la Dauphine, comme on l’a dit et ensuite Mousquetaire, résolut en 1737, d'envoyer en France, Jacques Iippolyte son fils ainé, nommé de Senneville, apparemment pour qu'il s’y formât au métier des armes. Il ne négligea rien pour lui procurer, autant qu'il le pouvait, une traversée heureuse ; le batiment qu’il choisit pour son passave, appelé la Æenommée, était neuf, bon voilier, commode, chargé de 300 tonneaux, armé de 14 pièces de canon et:commandé par M. de Freneuse, Canadien, qu'une expérience de 46 ans dans la navigation, avait rendu très habile.

Il y avait 54 homines sur ce vaisseau, et tout étant prêt pour le départ, on leva l'ancre le 8 de novembre. Mais le 7 du même mois, se voyant menacé de la tempête, l'équipage chercha les moyens de relacher dans l’île Anticosti, et continua de la -orte jusqu’au 14 au matin. Alors les coups

de talon, que le navire donna, furent si fréquents

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ot si effrayants, que tous les passagers craignaient, à chaque instant, de Je voir s'ouvrir sous leurs pieds; et avec d'autant plus de raison, que l’eau entrait dans le navire avec abondance, Un danger si imminent Ôta bientôt la présence d'esprit à la moitié des passagers et des gens de l'équipage. On n'était qu'à un quart de lieu de la terre, La chaloupe ayant été mise à l’eau, avec vingt personnes, ils coururent les plus grands risques d’être submergés; et peu après deux vagues qui couvrirent la chaloupe, y laissèrent de l'eau jusqu’au genou. Le père Crespel, récolet, l’un de ceux que portait la chaloupe, donna alors l’absolution générale, à tous ses compagnons d'infortune, lorsqu’enfin, un tourbillon de vent les poussa brusquement à terre. Le canot vint ensuite, avec six hommes ; et le lendemain il ramena les autres qui étaient restés sur le batiment, au nombre de dixsept.

On n'avait de vivres que pour cinq semaines, et les navires français qui auraient pu en procurer, ne devaient passer qu’au bout de six ou sept mois. Et encore à une si grande distance de cette île, qu'il était très douteux s'ils pourraient apercevoir de là, les signaux qu'on leur ferait. Enfin, la neige, qui cette année s'éleva à la hauteur de six

pieds, les glaces, la maladie, tous ces fléaux réunis,

annonçaient aux naufragés, une mort prochaine et inévitable, sans parler encore du froid, qui leur causait à tous une insomnie continuelle, On résolut donc d'envoyer une partie des naufragés à Migan, à la Grande Terre du Nord, où des Franqais hivernaient, pour la pêche du loup marin, avec promesse d'envoyer des vivres aux autres, Le jeune de Senneville, qui savait les langues sauvages, fut de ce nombre, afin de servir d'interprête en cas qu’on rencontrât des Indiens dans cette île.

Il y avait douze lieues de haute mer à traverser ; le 27 Novembre, 13 hommes se mirent donc sur le canot, et 17 dans la chaloupe, où se trouvait Le Ber de Senneville avec le Père Crespel. Mais la mer étant devenue affreuse, on perdit de vue le canot; et les autres, après avoir essuyé des contretemps infinis, et avoir été contraints de jeter à la mer, une partie de ce qui chargeait la chaloupe, se virent bientôt au milieu de glaces, furieusement agitées, qui se brisaient contre eux. Enfin ce ne fut qu’en se mettant dans l’eau jusqu’à la ceinture, ou au genou, qu’ils purent gagner la terre. Pendant la nuit qui suivit, toute la Baie se glaça; en sorte qu'il fut impossible de dégager la chaloupe; et pour surcroît d’infortune, un vent furieux, qui brisa les glaces de la Baie, emporta la chaloupe dans la mer,

Dans cette extrémité, les naufragés réglèrent leur nourriture à quatre onces par jour. C'était de la colle, ou de la bouillie à l'eau, et le soir de la viande; il n'était pas question de pain ni d'aucune autre sorte d'aliment. Le pot de fer du navire, destiné à faire chauffer le goudron, leur servait de chaudière; et tous ces hommes n'avaient qu’une seule hache, pour se procurer le bois, dont ils ne pouvaient se passer, Voulant se mettre à l'abri de la rigueur de la saison, ils dressèrent incontinent deux cabanes, qu'ils couvrirent de branches de sapin. Mais là, ils eurent à souffrir ‘es douleurs intolérables du froid et de la vermine qui les rongeait: tous, n'ayant point d'autre linge, que celui qu'ils avaient sur le corps au moment du naufrage, et étant par conséquent dans l'impossibilité d’en changer. Cependant, le 5 Janvier, le jeune de Senneville, accourut vers le Père Crespel, qui était dans le bois; et lui apprit, que l’on venait de découvrir deux cabanes de Sauvages; mais la joie de cette découverte fut de courte durée; ces Sauvages étaient à la chasse, et ne devaient revenir qu'après l'hiver.

Le froid devenait de plus en plus intolérable. Un de la troupe voulut aller sur les glaces, pour voir s’il y découvrirait la chaloupe : mais il fut si

violemment saisi par le froid, qu’on fut obligé de

le porter; et il mourut quand il fut dans la cabane. Le maître charpentier mourut aussi, en donnant des marques d’une grande piété. Le 16 Février, trois autres du nombre desquels M. de Freneuse moururent, coup sur coup; et deux autres ensuite, Enfin, le 6 mars, une grosse neige, poussée par un vent du Nord très-violent, mit le comble à toutes leurs souffranees : car la neige tombant continuellement dans la cabane, le feu s’éteignit et il n’y eut pas de moyen de le rallumer. Pour ne pas mourir de froid, ils n’eurent d’autre expédient, que de se tenir tous ensemble, se serrant les uns auprès des autres, sans boire ni manger que de la neige, depuis le mercredi matin, jusqu'au samedi; et encore, quatre ou cinq de la troupe moururent-ils pendant ce temps.

Le samedi, la température s'étant un peu radoucie, le Père Crespel sortit avec trois hommes, pour aller chercher du bois et de la farine; et quoiqu'ils ne fussent restés dehors qu’un quart d'heure, deux d'entre eux eurent les pieds et les mains gelés, et moururent au bout de quelques jours. Il fut même impossible d'aller au bois. On se vit donc contraint de faire la colle à froid: ce qui faillit leur ôter la vie à tous par la cruelle altération et l’ardeur violente, que cette colle leur fit soufrir, pendant toute la nuit. Bientôt il n’y eut plus

que trois hommes qui furent en état de marcher, et le jeune de Senneville eut à son tour, les jambes gelées ainsi que les mains, Les malades empirant tous les jours, la grangrène se mit dans leurs plaies, ct le Père Crespel, qui ne pouvait se procurer de médicaments, était obligé de se servir d'urine pour les nettoyer, Dans cet état, ils répandaient une infection insupportable, non seulement dans la

cabane, mais même aux environs.

Enfin au mois d'Avril, le jeune de Senneville succomba lui-même ; mais sa mort fut celle d'un fervent chrétien. Le Père Crespel dans la relation qu’il a publiée de son naufrage, en parle ainsi : Il imita les vertus de M. Vaillant, fils, (dont le “ père avait déjà succombé,) ou plutôt, ils se ser. ‘virent de modèles l’un à l'autre: mêmes dou- ‘ leurs, même patience, même résignation, Que ‘“ ne puis-je bien rendre, tout ce que ces deux “ jeunes hommes me dirent, quelques jours avant “ leur mort? Ils me faisaient rougir, de n'avoir 4 pas autant de courage à les consoler, qu'ils en ‘ avaient à souffrir. Avec quel respect et quelle ‘“ confiance, ne parlaient-ils pas de la Religion et “ de la miséricorde du Seigneur? Dans queis “ termes ne m'exprimaient-ils pas leur reconnais-

% sance? C'était bien les deux plus belles âmes

“et les deux meilleurs cœurs que j'aie connus de ‘ ma vie,

‘“ Le Sieur de Senneville m'avait plusieurs fois ‘ prié de lui couper les jambes, pour empêcher “que la gangrène ne gagnât plus haut. Kes “ prières furent inutiles: lui représentant que je ‘ n'avais pas d'instruments propres à cette opéra- & tion ; et que quand même je voudrais la risquer, “ Join de le soulager, elle ne ferait qu'augmenter “ses douleurs, sans pour cela le garantir de la ‘# mort. Alors il mit ordre à ses affaires, il écrivit à “ ses parents, de Ja manière du monde la plus “ touchante ; et rendit sou esprit à Dreu, le 13

‘ vers le soir, âgé d'environ vingt ans.”

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