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qui fut toute démembrée et jeta l’autre à la mer. Alors quelques-uns se jetèrent promptement dans cette chaloupe, entr’autres le Capitaine et M. St. Luc de Lacorne. Quoiqu’elle fut sous le vent du navire, un coup de mer la remplit presqu'entièrement; une seconde vague l’éloigna du vaisseau, et dans l'instant une troisième la jeta sur le sable. Ce fut vers les deux ou trois heures après-midi, le 15 Novembre 1761. Ilne se sauva en tout que sept personnes, qui d’abord saisies par le froid, ne pouvaient ni agir, ni même parler. Enfin entre cinq et six heures de ce même jour, le navire étant venu se briser sur la côte, ils eurent encore sous les yeux le lugubre spectacle des corps morts de tous les autres passagers, au nombre de 114.
Ainsi périt la famille Le Ber de Saint Paul, de Senneville dans la personne de M. Jean-Baptiste de Saint Paul, lieutenant, de Dame Marie Catherine Gauthier de la Verendrye son épouse, de Hippolyte Le Ber et Louis Le Ber leur fils; enfin, de Marie Anne Le Ber de Senneville, sœur de Jean-Baptiste, Il ne resta plus en Canada, de toute cette famille, un peu auparavant si nombreuse, que Marie Louise Le Ber de Senneville, tante paternelle du précédent et épouse de M. Benoît, capitaine d'infanterie et chevalier de St. Louis; en sorte que cette dernière, ainsi que M. François Marie Soumande Delorme,
oncle maternel de Jean-Baptiste, furent les seuls
héritiers de ses biens.
Ce triste exemple de la caducité et de l'illusion des choses humaines, montre en même temps la grande miséricorde de Dieu sur ces naufragés, même dans le genre de leur mort, quelque funeste et quelque lamentable qu'elle puisse paraître. Tlleur donna à tous, durant les deux jours qui précédèrent, et surtout au moment où le vaisseau échoua, le temps le plus opportun, et l’occasion la plus pressante qu'ils pussent jamais avoir, pour penser sérieusement à leur Eternité, pour se repentir sincèrement de leurs fautes, et se jeter enfin dans les bras de sa Miséricorde infinie. (C’est la remarque que les Saints Docteurs, ont faite au sujet des hommes qui périrent par le Déluge. Dreu qui voulait le salut de tous ces pécheurs, quelque eriminels qu'ils fussent, ne fit pas tomber les eaux tout à la fois pour les étouffer comme il l’aurait pu. Pour donner à chacun le temps de se reconnaître et d’invoquer sa miséricorde, il les fit tomber peu à peu par une pluie de quarante jours et quarante nuits. Voyant cette pluie étonnante persévérer après plusieurs jours et les eaux s’élevant toujours, envahir les lieux où ils s'étaient retirés : ils ne purent plus douter de la réalité du châtiment que
Noé n'avait cessé de leur prédire; et se virent tous
dans la nécessité de s'exciter au repentir et d’apaiser ainsi la Justice de Dieu. Aussi St. Pierre nous apprend-il, que JÉSUS-CHRIST en descendant aux Limbes, annonça leur délivrance à ceux qui avaient été incrédules à la prédication de Noé, et qui y crurent ensuite, lorsqu'ils en virent de leurs yeux l’accomplissement. Si DIEU ne leur eût pas ménagé dans sa justice miséricordieuse, ce genre de mort et les eût laissé mourir naturellement, ils eussent persévéré dans leur impénitence jusqu’à la fin de leur vie. Pour eux, il fut donc bien plus avantageux de périr par les eaux du Déluge, qui leur devint ainsi un moyen très-efficace de salut.
Nous pouvons en dire autant d’un grand nombre de ceux, qui périrent dans le naufrage de l’Auguste. Ils reconnurent dans ce désastre même, la vanité des plaisirs et des faux biens de ce monde, et virent enfin, se dissiper les illusions, qui les avaient captivés jusqu'alors, et dans lesquelles plusieurs d’entr'eux auraient persévéré jusqu’à la mort. Nous aimons à penser, que la foi chrétienne se réveillant alors dans leur cœur, ils firent à Drau le sacrifice de leur vie en expiation de leurs péchés et trouvèrent, dans l'acceptation même de leur mort, un moyen da satisfaire à la justice divine.
Nous pouvons remarquer encore, qu’en exerçant ainsi sa miséricorde sur ces gentilshommes, DIEU
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se montra également miséricordieux envers le peuple Canadien. Si l'ancien état de choses eut persévéré depuis comme auparavant, quelle barrière aurait done été capable d'arrêter les désordres, puisque nous avons vu que la guerre la plus meurtrière, la famine la plus affreuse, et d’autres fléaux tels que la contagion, la misère publique, n'avaient pu y mettre un frein? Il est permis de penser que l'exemple de la Noblesse, eut achevé de pervertir ce bon peuple, en lui ravissant sa foi. Car la Noblesse du Canada eut imité celle de Ja France qui, peu après cette époque, se fit gloire de l’incrédulité, du mépris des choses saintes, de l’autorité même, et provoqua la triste et lamentable révolution, dont elle fut elle-même la victime. Dieu, qui voulait préserver la nation Canadienne de ce malheur, afin de conserver par elle, la foi catholique, dans cette partie de l'Amérique septentrionale, fit donc disparaître la Noblesse, qui était un obstacle à ce dessein, et multiplia en même temps, avec bénédiction, cette nation privilégiée. Elle se composait alors de 75,000 âmes, et aujourd’hui elle en compte près d’un million, sans parler encore de près de cent mille Canadiens résidant dans les Etats-Unis d’Amérique. Nous allons voir un effet de cette bénédiction, dans la postérité particulière de François Le Ber, chef de la branche de cette famille, qui
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