‹ L'héroïsmeChapitre 1 sur 17 · RÉCITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RÉCITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES

DE L'HEROÏSME

« Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer qui nous élève. »

Cette pensée éminemment vraie de Pascal est Texplication des héros et de T amour indestructible qu'a pour eux le genre humaio. En effet, le mot héros a été compris de différentes manières ; mais, partout, on retrouve comme caractère prédominant Tintention de désigner par là les sommets de la nature humaine.

La nécessité où se sont trouvés les premiers âges

d'employer presque exclusivement la force physique

[)our combattre le mal, a trop donné l'habitude de rendre un culte à la puissance, même pernicieuse, de prendre pour des héros ceux qui ne furent que des ambitieux ou des bêtes fauves. Mais, à mesure que le progrès est venu, que l'homme a lutté plus facilement contre la nature, que l'idée a remporté sur la matière des victoires comme on n'en eût jamais rêvé pour le bras, la grandeur des héros de combat a décliné ; et, s'il y a encore trop de gens prosternés devant la lueur rouge du sabre des conquérants, on peut commencer à croire que, pour l'histoire sévère, là ne sont plus les héros.

Pourtant, en jetant le blâme sur ceux qui firent servir leur génie et leur force à inonder la terre de larmes, il ne faut pas avoir le dédain de l'action; car c'est une des conditions du héros. Qu'un homme, par sa pensée, ait transformé le monde ; si, pour cette pensée, il n'a pas été obligé de descendre dans l'arène des faits ; si, loin de toute lutte, il a pu s'absorber dans sa méditation et vivre en dehors du tumulte humain, cet homme est reconnu comme ayant fait preuve de génie et non d'héroïsme; il s'appelle Isaac Newton et non Christophe Colomb.

Si l'on cherche une définition du héros, il en est une qui le résume en quelques mots : l'homme cotnplet clans la grandeur. Notre nature a trois aspects : la pensée, l'action et le cœur. Il faut donc que le héros ait la triple supériorité intellectuelle, matérielle et morale. Si, à d'autres époques, on a donfté le nom de héros à des personnages qui ne semblent pas avoir réuni en eux ootte trinité, c'est qu'à ces époques on jugeait l'homme

complet sans telle ou telle de ces grandeurs. Au temps d'Achille, par exemple, la pensée, manquant encore des points d'appui nécessaires pour agiter le monde, était loin d'avoir l'importance qu'elle a prise depuis. Au temps de César, l'idée morale s'obscurcissait dans le peuple romain et dans l'ancien monde, son esclave. Quant à l'action, elle a été toujours très-appréciée et le sera toujours; car, si l'intelligence et le cœur honorent l'homme, c'est l'action qui, sur cette terre, le fait vivre.

Si l'on voulait tracer le portrait du héros idéal, il faudrait lui donner le génie, la bravoure indomptable, l'exquise bonté; il serait pris d'une affection immense pour les êtres vivants ; il haïrait profondément tout ce qui pourrait faire leur malheur et leur dégradation. Ayant la puissance d'action et l'employant à des œuvres sublimes, il lutterait, jusqu'au dernier battement de son cœur, pour le progrès de la justice et de la vérité. S'il fallait souffrir, il souffrirait; s'il fallait mourir, il mourrait ; chose plus difficile, dans le triomphe, il saurait résister aux enivrements de la gloire, aux vertiges de la domination. Eût-il des faiblesses, comme tout ce qui est mortel, ces faiblesses viendraient d'avoir eu trop de foi en des êtres indignes de lui, de ne pas avoir assez prévu les bassesses, d'avoir trop bien auguré de la nature humaine. Même dans ses faiblesses, toujours l'oubli de soi, toujours l'amour des autres; pas une tache d'égoïsme et pas une tache d'orgueil.

En redescendant du rêve dans le réel, on ne peut demander aux héros de l'histoire une telle perfection, sous peine de les voir s'évanouir devant l'analyse. Ceuxci ont eu plutôt l'action que la pensée ; ceux-là plutôt

i L'Héroïsme.

le cœur que rintelligence. Mais dans tous, à divers degrés, les trois caractères de la grandeur humaine apparaissent. Et si, à l'aide d'un masque habile, un faux héros, soldat brute ou génie pervers, s'est glissé dans la société des gloires pures, c'est un devoir de l'en chasser, eût-on la coutume des siècles contre soi.

Parmi les trois sortes de grandeur dont la réflexion nous amène à composer Théroïsme, celles qui tiennent à l'action et à la pensée en sont surtout la forme, l'éclat apparent; celles qui tiennent au cœur en sont Pessence. Pour que les dons étincelants des natures privilégiées se manifestent, il faut à Ihomme une impulsion intérieure. Dans plus d'un cas, la grandeur humaine peut devoir son impulsion à l'ambition personnelle: l'héroïsme a un principe plus élevé, et ce principe, c'est l'amour, la plus féconde des sources du bien , qu'il tienne à la famille , à la patrie, au monde ou à Dieu.

Bien que l'amour de la famille ait produit les plus complets dévouements, les actions dont il a été le mobile n'impliquent pas l'héroïsme. Une mère est capable de s'exposer aux souffrances les plus horribles et aux [)érils les plus certains pour sauver ses enfants; mais, si admirable que cela soit, c'est naturel, et l'on sait (ju'une autre mère ferait de même à sa place. Il y a plutôt un instinct qu'une vertu dans un fait que l'on retrouve chez la plupart des animaux. Le reptile et l'oiseau, la biche et la lionne savent s'immoler pour leurs petits. Ainsi le veut la loi qui préside à la perpétuité de la vie.

DE L'Héroïsme. 5

L'amour .de la patrie élargit assez le cadre des affections pour donner lieu à des dévouements se dégageant de l'instinct, à des enthousiasmes nés de la réflexion et de la volonté, enfin à des actes exclusivement humains» Il y a bien encore des attaches physiques reliant l'homme au paysage où il a grandi, au langage qui Fa bercé ; aussi l'amour de la patrie a-t-il, dans les foules, son aspect banal, instinctif; dans les âmes élevées, il se spiritualise et conduit aux actions héroïques. Toute grandeur vient d'un effort tenté, par sympathie pour nos semblables; mais il faut une faculté d'abstraction très-intense ou un grand progrès des lumières générales, pour considérer comme nos semblables ceux qui ne parlent pas la même langue, qui n'habitent pas le même pays, qui souvent n'ont pas la même couleur de peau ou le même masque facial. Il est naturel de faire passer dans son affection, avant ces inconnus, ceux avec lesquels l'on vit en communauté d'impressions. Puis l'occasion de leur être utile se présente plus souvent ; leurs dangers ou leurs désirs nous apparaissent mieux, nous sollicitent plus vivement. Il ne faut pas que cet amour nous rende cruels et funestes pour le reste des hommes, mais nous pouvons ne pas songer à eux ; les véritablement grandes choses ont ce privilège de ne pas s'amoindrir en se déplaçant. Servons justement notre patrie, et tout l'univers en profite.

Quand Guillaume Tell vit ses montagnes envahies par l'étranger, la pureté des lacs ternie par le regard des tyrans, pouvait-il mieux faire que de penser à la Suisse et rien qu'à la Suisse? Cet homme qui cédait

6 L'HÉROlSME.

à la simple effusion de son cœur, qui conviait à la délivrance une poignée d'hommes sur un coin de terre, rendait service à ses compatriotes en y songeant et, sans y songer, à toute l'humanité; car il donnait un exemple terrible pour tout bourreau, salutaire pour toute victime.

Il y a d'autres circonstances, et, à mesure que l'humanité se fusionnera, ces circonstances se multiplieront, où l'héroïsme ne passe point par le moule patriotique, où Tamour qui l'anime embrasse tout d'abord le genre humain. Quand Socrate s'exposait à la mort pour prêcher une morale nouvelle, quand Las Casas entreprenait d'arracher aux tortures les malheureux Indiens, ils n'avaient aucune idée de clocher ni de patrie ; ils voulaient l'élévation de tout ce qui pensait, le soulagement de tout ce qui souffrait. De grands savants, de grands artistes, s'immolant à une idée, se rattachent aussi à cette classe de héros; car, s'ils ont eu pour objet la recherche de la vérité ou du beau, c'était pour en illuminer le monde ; dans leur enthousiasme, ils ne voyaient rien de plus favorable à l'essor des âmes que l'idée poursuivie par eux; et ils s'efforçaient, jusqu'à l'épuisement, de la conquérir pour prolonger leur conquête. Le génie qui n'a pas le prosélytisme de ses inspirations est une monstruosité aussi peu viable que l'alliance du néant et de l'être.

S'il est un amour capable d'ennoblir l'homme, de l'emporter, par delà les bornes étroites de la terre, dans l'azur infini du ciel, c'est l'amour du Principe invisible que révèle la nature visible. Mais quand l'âme, se détachant des choses incomplètes, a pris son vol juscju'au

principe des perfections, il faut que de ces hauteurs elle redescende, apitoyée et affectueuse, vers les créatures. Il faut que, dans sa communication avec l'Être, elle ait puisé une énergie nouvelle pour combattre les injustes, purifier les flétris, consoler les misérables! Cela est quelquefois le rôle des saints de fermer l'oreille à tout ce qui détruirait la sérénité de leurs contemplations, l'exclusive ferveur de leurs prières. A eux de laisser brûler leurs cœurs devant Dieu comme des flammes d'autel ; le héros n'a pas le droit de s'isoler ainsi; il a pour mission le progrès humain et, que son point de départ soit l'amour de l'homme ou l'amour de Dieu, c'est à notre bien qu'il se doit. Loin de lui la rêverie, la quiétude, l'ascétisme. Il peut avoir les yeux levés vers le ciel, il doit avoir les mains tendues vers ses frères.

Une grave question a été sans cesse posée à propos des grands hommes, et on peut la soulever à propos des héros, (Jui en sont la plus noble partie. Faut-il voir en eux dés êtres en dehors de l'humanité, agissant d'après une impulsion providentielle, ou ne sont-ils que le développement naturel, chez quelques-uns, de ce qui est à l'état de germe chez tous?

« Toute l'histoire, dit Carlyle, l'histoire de ce que l'homme a fait dans ce monde, est en fin de compte l'histoire des grands hommes qui ont travaillé ici-bas. » Ces grands hommes eux-mêmes sont « des messagers envoyés de l'impénétrable infini avec des nouvelles pour nous. »

La conséquence de ce système serait quçi, les grands hommes étant des inspirés, il faudrait accepter tout ce qui viendrait d'eux, le mal comme le bien ; s'ils s'éga-

raient, c'est que là force inspiratrice le voudrait ainsi ; ce ne serait pas à nous de juger, mais d'obéir. Que le philosophe soit un cœur religieux et mystique, qu'il nomme la cause Dieu, ou qu'il affecte des allures positivistes et qu'il la nomme Nature, le résultat est le même : asservissement de l'homme à ceux dont le génie le dépasse. C'est ce qui a créé ces tableaux hideux d'armées impitoyables à la suite d'un forcené qui s'appelait le fléau de Dieu ou le sabre d'Allah ; c'est ce qui a créé ces esprits routiniers, disciples étroits de vastes chercheurs, qui, de la pensée d'hommes ardents à la poursuite de la vérité, ont fait une barrière à la vérité nouvelle dont le milieu s'était déplacé.

Si, au moins, cette immolation de tous à quelques-uns érigeait les directeurs de l'humsqiité en êtres triomphants et libres. Mais, soumis à une puissance occulte, ils n'ont de la gloire que Tapparence, de la liberté qu(î^ l'ombre. Ils sont maîtres de tous, et la fatalité est maîtresse d'eux ; s'ils ont trouvé quelque sublime loi morale , quelque vérité éternelle, il n'y a pas à leur en savoir gré. Par eux-mêmes, ils ne sont rien que a des aveugles, des vagabonds, des misérables suivant deson-dit; » seulement ils ont été choisis comme révélateurs.

C'est ainsi qu'en voulant mettre le ciel dans les événements d'ici-bas, on arrive à exclure la liberté humaine.

Contre celte liberté bien des circonstances militent : l'éducation, le climat, le tempérament, le régime, le milieu social, de petits détails, une liaison ou un acci-' dent, une impression fortuite, une lecture imprévue^ toutes fatalités avec lesquelles l'histoire doit compter.

m L'HËROlSMË.

Pourtant, qu'on fasse dépendre avec Carlyle l'humanité de quelques hommes providentiels, ou qu'avec le rationaliste Emerson on voie dans le grand homme une résultante des idées de l'humanité, il faut prendre garde de pousser trop loin le système des explications. On a raison de rechercher tous les événements qui ont pu influer sur les hommes, et tous les hommes qui ont pu influer sur les événements; mais, après avoir indiqué, on a tort de conclure à un résultat obligé. Alexandre, à un certain point de vue, a été le point convergent des idées de la Grèce ; à un autre, il a été l'instrument servant à répandre dans le monde oriental la civilisation grecque. Et tous les faits qui viennent préparer Alexandre, on a raison de les rassembler; toutes les conséquences de son irruption en Asie, on a raison de les déduire; mais on aurait tort de dire par exemple que, l'état delà Grèce étant donnée Alexandre devait nécessairement venir, ou que Alexandre n'ayant point paru, la diffusion des idées grecques n'aurait pu se faire. Il est facile de tirer d'événements connus et accomplis la prédiction d'autres événements connus et accomplis. On se donne ainsi à peu de frais un mérite de clairvoyance. Mais ces déductions sontelles rigoureuses comme on l'affirme? Rien ne le prouve.

Il faut qu'on admette donc une part de fatalité comme une part de liberté, sans se laisser entraîner à exagérer par la difficulté de circonscrire.

La justice imparfaite des hommes ne peut voir toutes les nuances et, si loyale qu'elle s'efforce d'être, elle juge souvent coupable celui qu'une justice plus haute doit

absoudre, elle laisse respecté et impuni plus d'un coupable à qui une réparation sévère doit être demandée.

Mais, sans prétendre rétablir un équilibre qui ne peut être saisi que bien au-dessus de la terre, là où rien n'est inconnu des lois qui régissent les hommes, des facultés qu'ils ont chacun en partage, des impressions qu'ils subissent diversement, on peut chercher simplement la cause et la suite des faits, et, en même temps, admettre dans les individus une dose de volonté à admirer ou à blâmer.

L'idée orientale que tout est la volonté de Dieu, qu'il faut s'abandonner, que l'on ne peut empêcher rien de ce qui doit être, est une des plus terribles armes avec lesquelles l'homme ait tenté son suicide. Avec cela, on laisse un incendie brûler une ville, une inondation noyer un peuple, le néant écraser les âmes. Heureusement, c'est l'idée opposée, celle de l'Occident, celle du libre arbitre, qui l'emporte, éteignant le feu, endiguant l'eau, chassant le néant.

On peut donc croire que le progrès final est une loi divine, que l'homme chercherait en vain à s'y soustraire ; mais qu'en recevant l'intelligence, il a reçu la faculté d'en hâter ou d'en ralentir la marche; que, par suite, l'œuvre des héros, leur lutte contre l'ignorance et le mal est méritoire autant que bienfaisante, et qu'il faut savoir doublement gré à leurs belles actions de venir de l'homme et d'aller plus haut.

Carlyle a composé son livre des Héros avec quelques noms qu'il a isolés dans une part d'événements taillée le plus largement possible et faite, pour ainsi dire, leur

DE L'HÉROÏSME. il

propriété. Ce système concordait bien avec ses idées. Par contre, la logique des principes adoptés cette fois veut qu*ici le mouvement général de Thistoire soit pris pour cadre des figures héroïques, en sorte que le génie individuel apparaisse dans ses relations avec le reste des hommes, et qu'il soit tenu compte de l'effort de tous, près du rôle supérieur de quelques-uns.

C'est la tendance actuelle des études historiques de ne plus multiplier les généalogies de rois, de ne plus s'appesantir sur la filiation des courtisans ni des favorites, mais d'analyser ce que pensait, souffrait, espérait la multitude, au-dessous de quelques maîtres d'un jour. Cette préoccupation généreuse de la destinée des humbles semble devoir prédominer, même quand aux autres aristocraties est substituée celle de l'intelligence et du cœur. Il est aussi injuste d'annihiler le peuple que de proclamer son infaillibilité souveraine. Pas de complaisance pour le nombre, pas de fétichisme d'en bas ! mais qu'une place soit faite au genre humain !

Le souvenir des premiers âges ressemble à une apparition d'aurore : d'abord une brume indistincte, impalpable, à travers laquelle on entend vaguement murmurer une première brise ; c'est l'époque des hommes inconnus, des temps sans légendes et sans souvenirs qui révèlent l'existence d'êtres humains. De ce temps on retrouve parfois une i'uine, mais ni un nom ni une pensée. Puis la brume déchire son voile; les plans surgissent, on perçoit par grandes masses les variétés du paysage. Rien n'esl encore précis, accusé ; mais tout se devine. L'homme existe authentiquement ; il est arrivé à formuler un langage, à combiner une syntaxe ; il parle, progrès auquel les plus grands progrès futurs sont à peine comparables. Les civilisations surgissent : Perse, Inde, Chine, Syrie, Egypte.' On n'a pas de documents détaillés ; mais il subsiste des restes de monuments, des tombeaux, des caractères cunéiformes ou hiéroglyphiques, des poëmes et des chants sacrés.

Et (le même que du paysage où la lumière lance ses flèches d'or la brume s'envole en formes nuageuses, semblables à des esprits, de même de ces peuples entrevus se dégagent des figures échappant à l'analyse, mais grandioses et montant glorieusement vers le ciel. Ce sont les premiers héros.

Parmi les héros primitifs, les uns ont été complètement déifiés ; on a gravé leurs noms sur Iqs frontispices des temples, on a assimilé aux révolutions des astres leurs courses aventureuses. D'autres, sans être placés dans les demeures célestes, avec les attributs de la toutepuissance, ont été gratifiés d'une origine surnaturelle, leur naissance étant rapportée à l'amour d'un dieu et d'une mortelle, ou d'un mortel et d'une déesse. D'autres encore sont restés entièrement humains et ont puisé leur mérite dans leur seule vertu. Ainsi des transitions ingénieuses ont relié les grands caractères aux dieux et aux hommes. Dès que la pensée eut ouvert un abîme entre le ciel et la terre, elle posa hardiment, en travers de cet abîme, une échelle pénible à escalader, mais non infranchissable : celle des belles actions.

Semblables à ces lumières lointaines, dont on ne sait si ce sont des feux terrestres ou des étoiles, les premiers noms héroïques ne laissent pas distinguer s'ils se rattachent au souvenir d'un homme ayant existé ou s'ils symbolisent une époque, une race, une idée. Dans l'Inde, c'est Manou, être perdu dans la nuit des âges, sous le nom duquel reste un code célèbre, source de progrès immenses pour son pays avant de lui devenir funeste par l'inflexibilité de l'esprit de caste ; c'est Rama, incarnation d'un dieu qui marcha contre les armées des dé-

mons (quelque race ennemie et malfaisante), et, après avoir achevé l'œuvre' guerrière, poursuivit l'œuvre de paix en donnant des lois sages à son peuple; c'est Krichna, autre incarnation divine, qui, après avoir passé sa jeunesse, au milieu des bergers, à détruire des serpents et des monstres, fut vainqueur dans ce qu'on a appelé la grande guerre, lutte formidable entreprise pour soutenir les droits des justes proscrits et persécutés contre les prescripteurs.

Les grandes épopées de l'Inde, le Ramayana et le Mahabarata, ces merveilleux fleuves de poésie qui ne comptent pas plus les vers que le Gange ne compte les gouttes d'eau, sont consacrés aux actions de ces deux derniers héros. On y trouve les fables qui se sont groupées autour d'eux ; on y trouve aussi l'idéal qui a présidé à leur grandeur. Dans la nature magique et féconde de l'Inde, l'homme avait atteint tout de suite les hautes inspirations du cœur; il était bon pour son semblable, bon pour les animaux, les arbres et les plantes. 11 sympathisait avec tout; il se croyait né, non pour dominer, mais pour protéger ; le Ramayana^ ajoutant sans cesse au nomdeRâmaune épithète, selon l'habitude des poésies jeunes, l'appelle habituellement « le devoir incarné. » En effet, par amour du devoir, pour que son père le roi Daçaratha ne manque pas à une parole imprudemment donnée, il sacrifie la perspective du trône ; il va, loin des splendeurs des cours, se faire anachorète dans les solitudes, avec son épouse Sita. Et, dans ces solitudes, c'est par amour du devoir qu'il s'arme et part pour combattre, loin de sa hutte», les démons oppresseurs des pieux solidaires.

Sita veut le dissuader de son projet, lui parle de son amour; mais un argument plus fort jette le doute sur la légitimité de son œuvre.

« Quelle différence il y a des armes, des combats, des exercices militaires aux travaux de la pénitence î Celle-ci est ton devoir maintenant ; observe-la ; tout le reste t'est défendu. La culture des armes enfante naturellement une pensée vaseuse d'injustice. »

Mais Rama est sûr d'avoir pris la bonne résolution ; il met à néant, par l'exposé du vrai devoir, cette incitation au repos faite au nom du devoir ; il feint même ingénieusement de trouver dans les paroles de Sita, non un obstacle, mais un encouragement.

« Quand il eut entendu ce discours si conforme au devoir que venait de prononcer la belle vidéhaine. Rama répondit en ces termes à la princesse de Mithilâ : « Reine, ô toi à qui le devoir est si bien connu, ces bonnes paroles sorties de ta bouche avec amour dépassent la grandeur même de ta race, noble fille du roi Djanaka. Pourquoi dirai-je, femme charmante, ce qui fut dit par toi-même? L'arme est dans la main du guerrier pour empêcher que l'oppression ne fasse crier le malheureux. N'est-ce point là ce que tu m'as dit? Eh bien, Sita, les anachorètes sont malheureux dans la forêt Dandaka ! Ces hommes accomplis dans leurs vœux sont venus d'eux-mêmes implorer mon secours, eux secourables à toute créature ! Dans les bois qu'ils habitent, faisant du devoir leur plaisir, des fruits leur seule nourriture, ils ne peuvent goûter la paix un moment, opprimés qu'ils sont à la ronde par les deux Rakshasas. Enchaînés à tous les instants du jour dans les liens de leurs

différentes pénitences, ils sont dévorés, au milieu des bois, par ces démons féroces, difformes, ^qui vaguent dans les fourrés. »

C'est sous le mobile de cette pitié qu'il part. Des griffes et des dents le menacent par milliers ; mais il possède la plus grande force, la fermeté de sa conscience.

Malgré le nombre et l'épouvantable force de ses ennemis, il triomphe ; et Tâme si sympathique de l'Inde reparait. Le poète suppose que cette victoire du bien sur le mal ne peut être indifférente à la nature : « Tous les êtres d'applaudir au Eakoutsthide (Ràma), en lui criant : Bien ! bien ! »

Cette fusion de l'homme avec la vie qui l'entoure s'accuse de plus en plus dans la suite du poëme. Rama a mérité sa victoire par sa générosité ; mais il a excité la colère de tous les mauvais génies de la terre ; s'il ne faiblit pas dans la route du devoir, il n'a rien à craindre; mais s'il se laisse prendre à quelque tentation, malheur à lui ! Il cède à un désir coupable ; pour faire de sa molle fourrure une couche à sa bien-aimée, il veut tuer une apparence de gazelle envoyée par le roi des génies ; il a le désir du sang innocent, et sa vulnérabilité est aussitôt mise à profit ; Sita lui est enlevée. Heureusement il n'a eu qu'une faiblesse d'un instant dans une vie auguste ; il doit l'expier, mais passagèrement. Il trouve toutes

les créatures prêtes à le secourir, surtout les immenses

armées des singes, habitants des bois, frères de l'homme,

avec leur chef Hanoûmat.

Quand Rama a retrouvé Sita, qu|md la victoire

est complète, vient l'apothéose. Le poème se modèle

naïvement sur ce qui a dû arriver en réalité : la divinisation du grand homme triomphant. Tout le temps de la lutte, Râma n'est qu'un mortel protégé par les dieux ; il ne se croit pas lui-même d'une autre nature ; mais, après la victoire, le créateur du monde lui parle et l'appelle le plus grand des dieux.

A ces mots du roi des immortels, Ràma, joignant ses deux mains aux tempes, s'écrie : « Je suis, il me semble, un simple enfant de Manou, Râma, le fils du roi Daçaratha. S'il en est autrement, daigne alors Ton Excellence me dire qui je suis et d'où je proviens. »

L'être divin, partageant avec lui sa divinité, lui répond : « Tu es la demeure de la vérité ; tu es vu au commencement et à la fin des mondes, mais on ne connaît de toi ni le commencement ni la fin. Quelle est son essence ? se dit-on. On te voit dans tous les êtres, dans les troupeaux, dans les brahmes, dans le ciel, dans tous les points de Tespace, dans les mers et dans les montagnes!... C'est pour la mort de Ràvana (le roi du mal) que tu es entré ici-bas dans un corps humain. »

11 semble qu'après cela Ràma n'ait qu'à monter au ciel sur quelque char fulgurant. Sa tache terrestre, bien que Râvanà soit mort, n'est cependant pas terminée; après la guerre nécessaire contre les méchants, il faut à l'homme les bienfaits de la vie. C'est à cette œuvre que sera consacré le reste de l'existence mortelle de Ràma.

« Chaque jour, l'auguste et vertueux Ràma étudiait

lui-même avec ses frères toutes les affaires de son

vaste empire. Pendant son règne plein de justice, la terre, couverte de peuples gras et joyeux, regorgea de froment et de richesses. Il n'y avait pas de voleurs dans le monde, le pauvre ne touchait à rien, et jamais on n'y vit des vieillards rendre les honneurs funèbres à des enfants. Tout vivait dans la joie : la vue de Râma, enchaîné au devoir, maintenait les sujets dans le devoir, et les hommes ne se nuisaient pas les uns aux autres. »

Ainsi se réalisait cette maxime mise dans la bouche du héros de la race des singes, le compatissant, le dévoué Hanoùmat : « Les hommes doués d'intelligence, secourables aux créatures, qui ont dompté la colère, qui ont vaincu les organes des sens, méritent de gouverner la terre. »

En Egypte, la poésie est moins luxuriante : la légende de l'être initiateur et martyr a la concision des hiéroglyphes. Osiris, souverain de la vallée du Nil, arrache ses sujets à la vie nomade, à l'anthropophagie peut-être, et leur indique l'usage des fruits de la terre, la manière de travailler les métaux. Pendant qu'Isis, son épouse, associée à ses idées, sème le blé et l'orge, lui-même cultive la vigne et exprime le premier le jus des grappes mûres. Quand il a assuré la prospérité de l'Egypte, bâti la ville de Thèbes, loin d'être heureux de son succès, il est pris de tristesse. Il sait que l'Egypte n'est pas la terre, qu'une foule d'hommes errent dans d'autres pays, semblables aux bêtes sauvages, ignorant tout ce qui fait le bien-être physique et la beauté morale ; il rêve d'associer tous les mortels aux bienfaits dont il a comblé quelques-

uns. A là tête d^uae armée pacifique, il part, emportant des charrues, des plants de vignes, des semences de blé. C'est la course errante du dieu grec Dionysos, avec une visée plus haute et sans les orgies qui la souillent.

Au retour d'Osiris, Typhon, son frère eC son ennemi, qui a déjà tenté en vain de s'emparer du trône en son absence, affecte la joie, l'invite à un grand repas et, parvenant à l'enfermer par ruse dans un coffre, le jette dans les eaux du Nil. Isis, la généreuse et mélancolique épouse, cherche, pour l'ensevelir, le corps de son époux; sur une frêle barque, elle parcourt les sept branchés du Nil, elle traverse même la mer jusqu'à Byblos. Dans sa fidélité conjugale, son cœur pieux ne se lasse pas, solitaire et abandonné, de demander à tous les flots le cadavre. Comme dans l'Inde, on retrouve là l'idée de la nature compatissante aux êtres bons;. le coffre où sont les restes d'Osiris s'est arrêté au pied d'un lotus qui, excité par le désir de conserver à Isis les dépouilles aimées, grandit, absorbe en lui le coffre et le garantit ainsi de tout dommage.

Plus tard, quand des jours meilleurs sont venus, que le corps de l'époux repose avec honneur au temple de Philé, que son filsHorus règne, vainqueur de Typhon, elle a une si inépuisable source de bonté dans le cœur qu'elle compatit au criminel malheureux et lui rend la liberté dont il usera mal comme toujours. La tradition ajoute qu'Horus, obligé, par la faiblesse de sa mère, de combattre encore Typhon, arracha dans un mouvement de colpre le diadème qu'elle avait au front ; c'est alors que, pour le remplacer, il lui poussa des cornes de vache,

t>0 L'HÉROÏSME.

diadème augustcment vulgaire de celle qui présidait aux moissons et à la clémence.

Osiris et Isis ont été des divinités pour les Égyptiens. N'y faut-il voir que des symboles? La lutte entre Osi-' ris et Typhon est-elle simplement une image de celle qui a lieu entre le bien et le mal? ou bien un héros a-t-il existé, dont le nom a été associé, par la reconnaissance de rÉgypte, à l'idée d'un principe divin? Fiction ou non, cette histoire éveille l'idée du plus noble genre d'héroïsme ; peut-être m^nque-t-il à Osiris, dans sa luUe contre Typhon, un peu de la virilité nécessaire aux triomphes humains. Le pauvre fellah, le prolétaire égyptien, trouvera des consolations dans ce type de bonté installé au seuil de son culte, mais non l'énergique excitiition qu'il faudrait pour réagir contre des tyrannies sacerdotales ou guerrières, d'autant plus difficiles à éviter qu'elles servirent d'abord au progrès.

Quand il y eut lieu de sortir des formes primitives de toute société, de s'affranchir du régime des castes, de se vivifier pour être capable de résister aux invasions étrangères, le peuple ne sut que continuer ce à quoi on l'avait dressé pendant des siècles : obéir, pleurer et mourir.

Près de Timmensité des déserts d'Arabie, au sudest de TAsie Mineure, dans un pays pauvre et montagneux, le petit peuple juif, souvent esclave de ses voisins puissants, eut ce qui manqua «i d'opulentes nations, gi*oupées dans des bassins fertiles, disposant de grandes années, couvrant le sol de leurs monuments. C'était un peuple ignonmt mais exallé, disposé aux vices mais sévère à s^en punir, s'égarant souvent au plus bas des passions mauvaises, revenant toujours à des aspi-

rations sublimes, aimant ses traditions d'un amour acre que les siècles et la dispersion n'ont pu détruire. Là, à l'ombre de l'idée d'un Dieu unique qui devait vaincre les rêves polythéistes du monde ancien, au milieu des captivités imposées par les grands empires voisins, des délivrances, fruits de la force morale persistant dans la servitude, l'héroïsme eut ses manifestations éclatantes.

En ne considérant chez lui que l'homme, en dehors du surnaturel biblique, quelle grandeur dans Moïse, le libérateur et le législateur des Juifs! Ce n'est plus une ombre comme Osiris ou Râma. De son temps, l'Egypte a sa dynastie authentique, et lui-même ne perd à l'éloignement aucun relief de ses traits. Il naquit, pour ainsi dire, condamné à mort, les rois égyptiens voulant procéder à l'extinction de la race juive par la destruction de leurs enfants mâles. Cette extrême misère étant devenue la source pour lui d'une extrême prospérité, par suite du secours qu'apporta à son enfance abandonnée la fille même du roi, il n'oublia pas ses compatriotes opprimés et malheureux. Voyant un jour un Égyptien frapper l'un d'entre eux, il le tua, et, malgré les persécutions qui remplacèrent dès lors les faveurs de la cour, il n'eut plus d'autre soin que de préparer leur délivrance ; puis, après leur avoir fait vaincre les Égyptiens et passer la mer Rouge pour les mettre sous la protection du désert, il se retira sur le mont Sinaï, ? îul avec sa pensée et avec Dieu, et en redescendit armé de toute une législation. Le détail de ce code est spécial à une multitude grossière, et il montre bien quels vices Moïse avait le courage de combattre ; mais la base en est éler-

22 L'HËROlSNE. . .

iiellc, et les dix commandements courts, simples, sublimes, qui lui servent de début, ont gardé assez d'ampleur pour formuler encore la morale humaine.

Âpres toute une vie consacrée à régénérer les siens, il mourut, alors qu'il leur faisait atteindre un coin de terre moins aride où fixer leur course nomade.

Unpoëte^ nous le représente, contemplant cette terre promis3 dont il sait que les délices ne sont pas pour lui; il n'a point de regret, il est résigné à finir dans l'amertume, comme il a vécu ; il demande seulement à Dieu d'être délivré promptement d'une grandeur que font trop payer les souffirances de la pensée ; il ne peut plus porter le poids de sa mission accomplie :

J'ai marché devant tous, triste et seul, dans ma gloire.

Il aspire après le repos, non dans la vie, ce n'est pas assez pour ses fatigues, mais dans la mort.

La Bible, dans sa concision sévère, se contente d'é tablir le fait et laisse l'esprit libre dans ses inductions. Dieu dit à Moïse, sur la montagne, en lui montrant tout le pays situé au bas :

c( Je le donnerai à ta postérité, je te l'ai fait voir de tes yeux, mais tu n'y entreras point.

« C'est pourquoi Moïse, serviteur de l'Éternel, mourut là, au pays de Moab, selon le commandement de l'Eternel...

« Et Moïse était âgé de cent vingt ans quand il mourut; sa vue n'était point diminuée et sa vigueur n'était point passée*. »

* Alfred de Vicny.

- Exode.

Ainsi, au moment de descendre dans sa tombe, celui qui imprima Dieu au cœur du peuple juif apparaît encore avec la mâle beauté du lion.

Séparé des autres races asiatiques par des steppes immenses et de hautes montagnes, différent par la langue, la couleur delà peau, les traits du visage, le peuple chinois s'est multiplié, innombrable, sur un vaste territoire, et a eu son développement à part qui ne se relie et ne ressemble à rien de ee qui s'est fait à l'Occident. Autant que nul autre peuple, il peut se vanter de son ancienneté ; car les poèmes hindous sont noyés dans les fictions, les inscriptions égyptiennes ne suffisent pas à constituer une histoire, tandis que la Chine prétend avoir des annales précises et détaillées remontant à 2,500 ans avant J.-C. ; et, dans ces annales, l'esprit positif des lettrés a écarté dès le début l'élément fabuleux. 11 est bien raconté que Fo-Hi, le premier roi de la Chine, trouva son code de lois tracé sur le dos d'un dragon qui sortait du fond d'un lac; mais cette innocente supercherie d'un sage voulant imposer un frein aux vices d'hommes grossiers se laisse trop facilement deviner pour être considéréÊ'Comme du merveilleux. Il semble qu'à Fo-Hi une suite de monarques aient succédé dont la seule préoccupation fut de créer une société heureuse par la satisfaction des besoins du corps et de l'esprit. L'un inventa la musique; l'autre, enseignant l'usage de la charrue, garda dans l'histoire le nom de Chin-Koung, « laboureur divin. » Mais la lutte qu'ils durent soutenir contre les ténèbres et la barbarie n'est pas mise en relief; d'après l'histoire chinoise, ils apparaissent comme des sages, avec leurs sujels pour disciples; on ne les voit

pas ayant à souffrir ou à combattre pour leur idée. Pourtant aux bons n^onarqucs succèdent des maîtres dépravés, et la dépravation appelle le châtiment; dans le chef de la révolution, monarque à son tour, un caractère héroïque apparaît. Tching-Thang n'est pas un ambitieux ; il a agi pour terrasser le mal ; mais, une fois sur le trône, il a des doutes sur ses droits à Toccuper, et il faut qu'un de ses ministres, pour rassurer sa conscience, fasse briller devant lui la perspective d^une influence bienfaisante à exercer. Plus tard, dans une famine, il craint que ses fautes n'aient attiré les calamités sur son peuple, et il prend la résolution de faire pénitence pour le salut de tous. « Je prierai, j'offrirai des sacriGces pour apaiser le ciel en faveur de mon peuple. Je serai en même temps sacrificateur et victime. Je suis le seul coupable, je dois être le seul immolé. » S'humiliant alors, se coupant la barbe et les cheveux, il va se prosterner, seul, loin de la pompe et des voluptés, sur la montagne sacrée du Sang-Lin. Aussitôt une pluie abondante tombe, et la terre recouvre sa fertilité première.

La dynastie fondée par Tching-Thang eut aussi sa décadence ; le dernier de ses dix-sept membres fut en proie à cette frénésie sanguinaire qui s'empare des insensés sur le trône. Tandis que la plupart de ses partisans excitaient ses passions, un ministre, du nom de Pikan, s'indigna, osa lui faire des remontrances sévères et mourut à l'instant, victime de son zèle pour le bien public.

Ce fait, qui remonte à douze siècles avant notre ère, mérite d'être remarqué, parce qu'il est le premier de

ce genre signalé par les historiens et qu'il s'est reproduit en Chine à toutes les époques d'oppression. Ce pays, qui sans cesse a cherché un refuge dans le principe d'autorité, n'a, en même temps, presque jamais manqué de sages ardents à blâmer les abus des tyrans. C'est un palliatif précieux. Quant à l'idée de supprimer la cause, le despotisme même, la Chine ne semble pas l'avoir eue.

Page 1