ZOROASTRE — BOUDDHA — CONFUCIUS — LES JUFS
sion d'âme. La Grèce, si mélodieuse, est dépassée en lyrisme par leurs élans conTaincus et spontanés. L'héroïsme juif, plus que tout autre, est composé de poésie et exprimé par des images poétiques. Au point de Tue de ce qu'il représente strictement, il n'a qu'une face : la défense du culte ; mais comme cette défense implique tout et subordonne tout à elle, patrie, morale, liberté, pas un caractère national qui ne soit un caractère religieux, pas un grand citoyen qui ne soit un prophète. David, leur roi le plus riche en victoires, fut aussi le croyant qui chanta le mieux la majesté de leur Dieu.
Pâtre, joueur de harpe, jeune guerrier tueur d'ungéant, souifre-douleur d'un roi jaloux, puis roi lui-même et conquérant de la Syrie, ce David se sent un jour élevé si haut qu'il se laisse entraîner par sa toute-puissance à commettre un crime dont l'impunité est assurée.
Alors, dans l'ivresse du crime triomphant, il voit arriver à lui un homme à la figure sévère, aux vêtements soiQbres, qui lui reproche ses offenses envers Dieu, lui annonce qu'il sera châtié par la mort d'un de ses fils, et lui ordonne de s'humilier. Cet homme qui, sans armes, sans puissance matérielle, vient par la seule impulsion de sa vertu braver un grand monarque, n'est pas, dans la nation juive, une exception courageuse; à toutes les époques, la conscience de ce peuple a eu des prophètes, sorte de spectres divins se dressant pour menacer dans leur joie les injustes et les impies.
Quand le roi était, comme David, un coupable magnanime, un criminel qui allait descendre de son trône pour se couvrir de cendres et s'illustrer par son repentir, Thomme était pardonné; quand le roi était vil,
l'homme allait au supplice : Isaie était scié en deux par Tordre de Manassès, auquel il reprochait le culte des idoles. Mais, avant de mourir, il avait, dans des chants sublimes, pleins de larmes, de colères et d'extases, rappelé au peuple le Dieu de Moïse, il s'était écrié : a Pour Tamour de Sion, je ne me tiendrai point tranquille ; pour l'amour de Jérusalem, je ne serai point en repos, que sa justice ne sorte comme une splendeur et que sa délivrance ne soit allumée comme une lampe. » Eti effet, l'odieux Manassès, éclairé par Tadvcrsité, se souvenait plus tard d'Isaïe et régnait selon la justice.
Envers le peuple, les prophètes étaient terribles, aux jours de prospérité, pour lui reprocher son oubli de Dieu, sa mollesse et sa corruption ; ils lui prédisaient les désastres qui l'attendaient, si, dans le retour aux croyances élevées, il ne puisait pas la force. Quand les désastres étaient venus, ils consolaient ceux qu'ils avaient vainement invectives et leur montraient i'aube de jours meilleurs. Ainsi Jérémie avait prédit la ruine de Jérusalem, la captivité des Juifs à Babylone, et, pendant la captivité, il épanchait son cœur, donnait une voix à l'affliction de tous ses frères dans ses Lamentations. Ezéchiel, captif comme les autres, sur les rives de l'Euphrate, suivait la régénération que le malheur opérait en ses concitoyens et leur annonçait leur délivrance.
Quelquefois on attribuait au prophète une force miraculeuse contre la persécution. Daniel, jeté dans la fosse aux lions pour n'avoir pas voulu adorer la statue du roi de Babylone, était, le lendemain, retrouvé sain
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et sauf, les bras levés vers le ciel, tandis que les fauves léchaient ses pieds.
Après Alexandre, quand l'Asie appartint aux généraux grecs qui se Tarrachaient par lambeaux, les Juifs eurent toute une famille de guerriers, les Macchabées, qui jusqu'à la dernière goutte de sang combattit victorieusement pour l'indépendance. Ces grands hommes semblent avoir eu de profondes idées politiques, une strattégie savante; mais c'étaient en même temps les descendants des prophètes ; ils mettaient toute leur force dans l'idée religieuse, ils répétaient dans les batailles l'hymne de David :
« Ceux-ci se confient dans des chariots, ceux-là dans les chevaux ; nous, nous invoquons le nom de Jéhovah, notre Dieu.
« Ceux-là ont chancelé et sont tombés ; nous, élevés, nous sommes restés debout. »
II est d'autres Macchabées mêlés à ces guerres, mais qui n'ont ni parenté avec les précédents ni importance politique. Plutôt que de violer les coutumes nationales, une mère et ses sept fils, portant ce nom glorieux, coururent au-devant des supplices ordonnés par le roi Antiochus. On tua les enfants les uns après les autres, devant la mère, qui les encourageait, ce Comme le plus jeune de tous était resté, Antiochus commença nonseulement à l'exhorter par ses paroles, mais à l'assurer avec serment qu'il le rendrait riche et heureux, qu'il le mettrait au rang de ses favoris et lui donnerait toutes les choses nécessaires, s'il voulait abandonner les lois de ses ancêtres.
« Ce jeune homme ne pouvant être ébranlé par ces
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promesses, le roi appela sa raère et l'invita à inspirer à son fils des sentiments plus salutaires.
a Après donc qu'il lui eut dit beaucoup de choses pour la persuader, elle lui promit d'exhorter son fils.
(( Elle se baissa en même temps pour lui parler ; et se moquant de ce cruel tyran, elle lui dit en la langue du pays : «Mon fils, ayez pitié de moi qui vous ai porté « neuf mois dans mon sein, qui vous ai nourri de mon « lait pendant trois ans, et qui vous ai élevé jusqu'à « l'âge où vous êtes.
« Je vous conjure, mon fils, de regarder le ciel et « la terre, et toutes les choses qui y sont renfermées, « et de bien comprendre que Dieu les a créés de rien, (( aussi bien que tous les hommes.
« Ainsi vous ne craindrez pas ce cruel bourreau, « mais, vous rendant digne d'avoir part aux souffrances « de vos frères, vous recevrez de bon cœur la mort. »
Maintenant, si Ton examine pourquoi tant d'exaltation était déployée, on trouve que c'était pour ne pas violer une simple mesure de salubrité prescrite par Moïse, pour ne pas manger de chair de porc. On n'oserait guère s'intéresser à une telle cause, si l'on ne prenait le respect des Macchabées envers un détail de la loi comme un témoignage d'amour pour cette loi tout entière, de même que l'exigence du prince grec ne serait qu'une cruelle puérilité, s'il n'y avait attaché l'idée de renoncement à la patrie et à l'indépendance.
Plus tard, les Romains entreprirent à leur tour de fondre dans leur savante organisation l'originalité du peuple juif; ils voulurent mettre les statues de leurs empereurs dans le temple dressé au Dieu unique. Les