ZOROASTRE — BOUDDHA — CONFUCIUS — LES JUIFS
démocratique : « 11 y a une communication intime entre le ciel et le peuple. Que ceux qui gouvernent les peuples soient donc attentifs et réservés. » Mais cette maxime est là comme un avertissement au maître et non comme une constatation des droits du peuple.
Quand plus tard son disciple Meng-Tseu (Mencius) voit des rois cruels et abrutis, il les flétrit avec un admirable courage ; il ne conseille pas à leurs sujets de s'affranchir. Cette restriction de passivité une fois faite, Meng-Tseu a certainement un mouvement héroïque quand, interrogé sur la valeur de deux hommes dont la colère ou le contentement fait la terreur ou le calme de Fempire, il répond, au risque de sa vie : « Comment pour cela peuvent-ils être considérés comme grands? Marcher dans la grande voie du monde, faire tout le bien que l'on peut faire, ne pas se laisser corrompre par les richesses et les honneurs, rester impassible dans la pauvreté et l'abjection, ne pas fléchir à la vue du péril et de la force armée, voilà ce que j'appelle être un grand homme. »
Il disait à un prince qui lui demandait de le mettre sur la voie de quelque profit matériel : « Qu*est-il nécessaire de parler de profit? 11 suffit de posséder l'humanité ou la bienveillance pour tous les hommes. » Et, plus éncrgiquement, il s'écriait : « Vos chiens et vos pourceaux mangent la nourriture du peuple, et vous ne savez pas y remédier. Le peuple meurt de faim sur les routes et les grands chemins, et vous ne savez pas ouvrir les greniers publics. Quand vous voyez des hommes morts de faim, vous dites : Ce n'est pas ma faute, c'est celle de la stérilité de la terre. Cela diffère-t-il d'un
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homme qui, ayant percé un autre homme de son glaive, dirait en le Toyant étendu par terre : Ce n'est pas moi, c'est mon épée ! »
A plusieurs siècles de distance, lorsqu'un empereur, égaré par la folie de la Tictoirc, voulut détruire les livres, les trésors de science et de vertu du passé, les lettrés se souvinrent de telles paroles, et y puisèrent la force de se laisser enterrer vifs plutôt que de se soumettre à un ordre absurde et odieux. Malheureusement les livres, pour lesquels ils savaient mourir, finissaient par devenir leur perte, à force de leur fournir une morale invariable. L'empereur guerrier ne songeait qu'à substituer l'arbitraire à la règle ; mais c'était en somme un joug de l'esprit qu'il eût brisé, un joug où le mérite tenait à la mémoire, la morale à l'observance des anciens rites.
Chez les Juifs, l'amour du passé, représenté par la loi de Moïse, fut également le principe caractéristique. Mais, en face de tendances trop souvent cupides et bestiales, cette loi féconde semble plutôt avoir été un obstacle à la chute qu'au progrès. Moïse, en somme, c'était ridée de Dieu ; et, depuis l'appparition de cette idée, ni erreurs morales ni désastres matériels n'avaient pu l'empêcher de surnager. Parfois la multitude adorait des idoles, subissait l'esclavage, elle revenait toujours avec un enthousiasme invincible à son Dieu et à sa liberté. Ce n'est pas le tact politir|ue, la science artistique ou guerrière qui, en Judée, a fait les grands hommes, c'est l'inspiration.
Presque tous sont poètes, non poètes par culture d'esprit, par clarté d'intelligence, mais poètes par cffu-