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L'AVENIR

En cherchant à embrasser l'ensemble des sentiments qui ont animé l'humanité pendant les quatre mille ans de son passé connu ou entrevu, on trouve, au premier rang, dans les foules et même dans la plupart des intelligences qui les dominent, les préoccupations égoïstes, elforts sans beauté morale, bien que nécessaires à la conservation de la vie et au progrès matériel ; mais on s'aperçoit en même temps qu'il n'a cessé de paraître, à côté des gens asservis à leurs intérêts, quelques êtres s'oubliaht généreusement pour un idéal.

Si l'étude de l'histoire fait assister à bien des mécomptes, ôte bien des illusions sur les progrès rapides, sur le bien sans vicissitudes, elle donne la foi dans le progrès lent, chèrement acheté, dans le bien fécondé par de nobles larmes, dans l'impuissance de la force et de la ruse à détruire une beauté ou une vérité, quand elle a surgi dans le monde. On a peut-être un enthou-

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siasme moins complet pour les hommes qu'en se lïgurant par le rêve une société de Tâge d'or; mais, contre la désespérance^ on trouve un appui plus solide. Vienne un tyran qui pervertisse les mœurs, qui semble tenir en main toutes les forces, élouffer toutes les idées; vienne dans les peuple^: une passion mauvaise qui menace d'une chute tous les progrès accomplis; viennent la prostration des caractères et l'affaiblissement des consciences, le rêveur plein d'amertume jette des armes, inutiles à ses yeux, pour fuir et maudire; grâce à l'histoire, le penseur reste au combat et croit le salut encore possible ; car s'il n'y a pas une époque qui n'ait eu ses ténèbres, il n'y en a pas une qui n ait eu sa lueur; et, de ces lueurs, la plus éclatante comme la plus constante, c'est l'héroïsme.

Qu'on fasse toutes les réserves que l'on voudra, et il y en a beaucoup à faire, on peut encore s'enorgueillir d'appartenir à cette fourmilière qui, sur des grains de sable, avec acharnement, s'opprime, se pille et se trompe, mais d'où jamais n'a disparu l'idée du sacrifice de soimême à son idée. Sans cela, tout serait mesquin, tout serait vain. Qu'est-ce, en elle-même, que la beauté formulée par les artistes, que la science acquise par les savants? Beaucoup par rapport à la brute qui, un jour, étonnée d'elle-même, redressa son front vers le ciel, sansunlangage et sans un outil, mais bien peu parrapport à l'idéal qui, à mesure, recule inaccessible. Ce que les étoiles sans nombre et les lois infinies de l'univers n'effacent, ne rapetissent pas, c'est l'aspiration vers un progrès auquel on se dévoue, n'importe de quelle infime obscurité l'on sorte.

Voyant dans quels abus l'idéal égaré peut tomber, voyant les religions, sous prétexte d'adorer l'âme de l'univers, devenir trop souvent des cloaques de ténèbres et de violences, les rêves artistiques amener des raffinements monstrueux, la préoccupation d'un absolu en politique créer la féodalité, le czarisme ou la Terreur, des hommes d'intention généreuse se sont dit : L'humanité paye trop cher toutes ces aspirations ; que l'utilité soit le but de tout, et l'on ne versera plus de sang, et Ton s'unira, au lieu de se haïr, et, sans effort, par le plus simple des rouages, on obtiendra la libre évolution de ce progrès qui va, par bonds si inégaux, à travers tant d'obstacles.

Oh ! non, que l'utilité ne soit pas le seul but, que Fidéal ne soit pas supprimé ! Tout aboutit à l'utilité, si l'on veut ; tout ce qui se fait de bien^st, en dernier ressort, de l'utilité bien entendue : ainsi la suppression des castes, ainsi la suppression de l'esclavage. Mais estce que l'utilité aurait jamais, à elle seule, supprimé entre les hommes les intérêts momentanés, pour leur crier : Soyez frères? Il a fallu que du fond des consciences sortit une autre idée, celle de l'amour. Si l'humanité doit se reposer jamais, voir disparaître la haine et la souffrance, ce sera quand les deux lois d'intérêt et d'amour seront unifiées si évidemment, que l'erreur, l'apparence du moment ne pourront plus les séparer. Dans ce temps utopique de la fusion des deux lois du genre humain, tout le inonde serait prêt à rhéroïsmc, et nul n'aurait à en faire preuve. En attendant, bien qu'elles se soient rapprochées sans cesse, elles sont encore loin du point de rencontre ; pour combler l'espace qui les

sépare, il faut encore bien des héros et bien de l'héroïsme.

Héros et héroïsme, Tun semblerait simplement dériver de l'autre. Pourtant il y a une différence. L'héroïsme est la condition indispensable du héros, mais les héros n'ont pas seuls l'héroïsme; ils l'ont seulement d'une manière plus consciente et plus durable. A côté d'eux, vient la foule, qui parfois s'inspire d'eux, parfois tire d'elle-même des mouvements d'enthousiasme et de désintéressement. Ces mouvements ne sont que des étoiles filantes, au lieu d*astres au rayonnement fixe ; mais il est bien important, bien consolant que la masse humaine ait la faculté de ces lueurs passagères.

S'il n'y avait d'héroïques que les êtres à part, les héros, on aurait pu les croire des instruments exceptionnels d'une volonté supérieure, et, par conséquent, admirer leurs œuvres, sans cesser de mépriser l'homme, avec lequel ils n'auraient rien de commun. Au contraire, la faculté héroïque dans la foule, sa disposition incontestable à oublier, sous certaines influences, tout intérêt personnel, cette vertu -là, si aveugle, si imparfaite qu'elle puisse être, permet d'aimer et d'estimer, dans les héros, quelque chose d'inhérent au cœur du genre humain.

Carlyle a solennellement annoncé qu'au dix-neuvième siècle les héros n'étaient plus possibles, et, avec une amère raillerie contre la civilisation, la publicité, le raisonnement, l'analyse, la lumière enfin, il a prononcé Foraison funèbre de Napoléon, « le pauvre dernier grand homme dans le monde. » Cela vient de ce que Carlyle veut qu'un héros soit un dominateur pro-

videntiel et légendaire, qui double sa gloire de Tobscurité environnante.

Peut-être, en effet, ces auréoles qui se dressent autour des gens à histoire merveilleuse, ces empreintes démesurées de la tyrannie, qui pèsent sur les sociétés crédules et ignorantes, ont-elles perdu bien des chances de se maintenir. Si on est dupe un moment, la réaction surgira radicale et prompte ; on arrachera les oripeaux ; la charpente misérable qui les soutenait survivra seule, livrée à l'avenir scrutateur. Mais les vrais héros ne mourront pas. Combien y a-t-il d'années que Washington est mort ? Est-ce que sa vie très-bien connue, trèssimple, son refus de la domination arbitraire, son dédain de l'effet théâtral et de l'isolement dans la force, empêchent l'Amérique de mettre toute liberté et toute . grandeur à son ombre? Ce qui est parti ou du moins i s'en va (que la fuite n'en est-elle plus rapide!) ce n'est I pas le culte des héros, c'est le fétichisme des conqué- I rants, des despotes, des prophètes, de ceux qui écrasent \etde ceux qui mentent.

Tout conquérant n'est pas uniquement un bourreau, ni tout prophète, un imposteur; il y a eu de grandes œuvres accomplies par Tépée ou l'esprit visionnaire ; mais, si on admet alors le moyen, du moins ce ne doit pas être lui qu'on admire. Qu'on laisse Carlylc regretter les féeries, les enflures du passé; notre siècle a ses héros, l'avenir en laisse prévoir ; la forme seule change et changera, comme elle a toujours changé.

Dans l'antiquité, Moïse, Solon, Socrate, Bouddha, Confucius, Marc Aurèle n'ont entre eux de commun que leurs bonnes intentions et leur génie ; l'application de

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ce génie à un peuple ou à un état social a varié chaque fois. Il en est de même dans le monde moderne. Pourtant, en s*atlacliant à la succession des peuples, en marchant de siècle en siècle pour ne s'arrêter qu'aux grandes transformations du monde, on trouve, dans cette variété, certains aspects qui président non plus aux héros individuellement, mais à des groupes de héros. C'est là que le progrès se fait le mieux sentir, c'est par là qu'on suit le mieux la marche de l'humanité. Aux époques primitives, par exemple, dans le temps des sociétés jeunes, vacillantes, sans tradition, sans exemples, prêtes à retomber sans cesse dans la barbarie, alors que l'état de guerre permanent oblige les peuples à vivre renfermés en eux-mêmes, la plupart des héros — les plus grands — sont des législateurs qui cherchent à enfermer les hommes dans une organisation fixe, dans du granit et du bronze entre lesquels la solidification des idées puisse se faire. Maintenant, au contraire, les plus belles intelligences s'appliquent à faciliter le mouvement, la transformation de toutes choses.

De même on prenait ordinairement le ciel pour point de départ ; on prend plus volontiers la terre. Ce n'est pas manque de foi : seulement l'objet du culte, l'idée de Dieu, s'appelle justice et progrès, au lieu de s'appeler surnaturel. Tous les héros actuels ne sont pas deshéros de progrès ; les convictions qui s'en vont ont leurs défenseurs, quelquefois aussi nobles que ceux des convictions qui naissent. Mais, si on cherchait à généraliser, si on se demandait aujourd'hui pour quelle cause, dans les pays de civilisation supérieure, l'Europe ou les États- Unis, il y a le plus d'hommes d'intelligence et de cœur

prêts à se sacrifier, la réponse ne serait-elle pas : pour Thumanité ?

On pourrait craindre que cette passion cosmopolite, voyant dans tout homme un frère, n'affaiblît le sentiment précis, sans cesse applicable, de la patrie, au profit d'un sentiment moins pratique. Jamais pourtant Tamour de la patrie n'a été plus vif que dans ces conditions ; c'est que la dignité de soi-même, le désir de la liberté et de l'égalité appliquées au genre humain, n'inspirent qu'une haine plus profonde de tout ce qui peut abaisser et opprimer la patrie. Le dix-neuvième siècle a vu autant d'efforts héroïques pour assurer à chaque peuple, petit ou grand, sa libre^ existence au soleil, que pour servir les idées plus générales, la suppression des tyrannies, des privilèges, des misères rongeant la société.

Le rôle de la femme, moins apparent que celui de l'homme, pèse au fond, d'un poids égal sur le progrès. Sans elle, pas de foyer où le cœur se forme et se retrempe; sans son influence, il peut y avoir du courage, du génie, de la gloire; mais ni pureté, ni bonté qui complètent et assurent l'œuvre virile. Et, si l'on cherchait quelque part les marques de la supériorité de notre civilisation, il ne faudrait alléguer ni la vapeur ni l'électricité, mais les nombreuses preuves d'élévation morale que la femme y a données. Partout, à côté du médecin à l'héroïsme plus froid, plus scientifique, de Desgenettes par exemple, s'inoculant le virus de la peste devant notre armée d'Egypte pour la rassurer, on la trouve héroïque aussi, et consolante comme le cœur. En Amérique, les femmes ont été le grand agent con-

Ire Tesclavage. Pendant la paix, elles ont propagé leur angoisse; comme madame Beecher Stowe, elles ont pleuré et fait pleurer; on en a vu qui, ayant pour fortune des esclaves, les ont affranchis, et, ruinées, ont travaillé pour vivre, comme la maîtresse d'école chantée par Longfellow « gagnant en douce humilité son pain de chaque jour, prédisant le temps béni où tous les hommes seront libres, où musicales comme des cloches d'argent seront leurs chaînes qui tomberont. » Pendant la guerre, elles ont, ces femmes, soigné les blessés. La paix revenue, elles ont fourni des milliers de volontaires pour le difficile enseignement des affranchis. C'est à elles que l'Amérique devra de* n'avoir îi craindre aucune classe sociale, parce qu'il ne manquera aucune liberté, aucune liberté, parce qu'il ne manquera aucune lumière.

En présence des grands faits qui nous touchent et dont l'atmosphère ambiante est mieux connue, on ne peut s'empêcher de penser à tant d'actions qui les ont côtoyés, moins belles sans doute par les résultais, noii moins belles peut-être en soi. Dans les siècles précédents, et en raison de l'éloignement, quelques hommes, quelques faits cachent complètement le reste; dans les actualités, on saisit la chaîne des petits événements aux grands, du genre humain à ses guides. On comprend alors que, dans le précipité des âges, s'il y a eu beaucoup d'inutilités, de mesquineries, d'égoïsmes, il a du y avoir aussi beaucoup de beautés, de dévouements dont la trace s'est perdue. Aux uns, le théâtre a manqué ; ils ont noyé un grand cœur dans des causes insignifiantes, mauvaises même, où leur

éducation, leur position les avaient entraînés. D'au-^ très, dans la vraie route, se sont épuisés en efforts utiles et obscurs ; ils ont succombé trop tôt pour que la renommée vînt à eux, ou bien encore, voyant les sommets de leur cause victorieusement occupés, ils ont consenti à rester humblement fidèles à l'idée qu'ils approuvaient, à remplir, avec la vertu des forts, une tâche inférieure.

Honneur à vous tous, héros inconnus ! savants qui cherchiez un mot de la science et qui êtes morts en répelant; médecins qu'une épidémie a tués ; prêtres et femmes qui avez soigné et consolé ; éducateurs qui vous êtes sacrifiés à former des hommes ; pionniers d'une idée sociale qui avez passé vos jours dans la misère et la persécution pour améliorer la vie de Tàme ou du corps ; soldats qu'une conviction avait lancés sur un champ de bataille et qui, le soir, vous êtes retrouvés, la poitrine ouverte, dans un fossé abandonné ; hommes du peuple qui avez péri pour sauver vos frères dans les accidents de la rue ou de l'atelier, dans l'incendie ou l'éboulement! vous aussi, d'aspect moins dramatique, qui aviez devant vous le succès, le bien être, au prix d'une faiblesse facile, et qui, dans la retraite ou l'exil, avez mieux aimé briser votre espoir qu'altérer votre conscience! On ne peut vous arracher tous aux flots mobiles et incessamment renouvelés du monde ; mais, avec le sommet au-dessus des plus hautes vagues, avec la base sur le granit, au-dessous de tous les sables , il est juste qu'à tous ensemble un monument vous soit dressé, glorieux pour vous comme une auréole, salutaire pour nous comme un phare, monu-

nient non pas de marbre ou d'airain, mais d'amour impérissable. Multitude d'athlètes et de martyrs qui avez fait vaincre toutes les bonnes causes, qui avez été les semailles, laissant à d'autres le rôle de semeurs, qui vous êtes enfouis silencieusement dans la terre pour faire jaillir de vos cœurs la moisson du lendemain, non, vous ne devez pas être oubliés par notre reconnaissance ! Que ceux qui ont été le jouet de leurs propres convoitises, que ceux-là passent tout entiers ! Ils sont oubliés; plût à Dieu que de tous les hommes ayant eu les mêmes mobiles, la mémoire eût passé de même ! elle ne démoraliserait pas l'histoire. Mais que les hommes de dévouement, même inconnus, soient exaltés par nous, et que le moindre d'entre eux, mourant dans la plus grande solitude, se dise: Individu ignoré, j'appartiens à la légion d'immortelle gloire. Comme je n'ai qu'un seul cœur avec tous les héros, le genre humain me comprendra dans son cultii pour eux.

Des lutteurs malheureux, voyant s'écrouler une cause juste, ont, en mourant, prononcé des paroles amères, des paroles sceptiques. Du fond de leur chute partielle, ils ont eu la faiblesse de crier à l'inutilité de la lutte, à rinutilité de l'espérance, à la vanité du progrès.

Des âmes douces et confiantes, disposées à une illusion optimiste sur les hommes, inclinent, au contraire, à trop bien augurer du présent, à penser que le temps des armes, fle la violence est fini, que la parole et la raison peuvent, à elles seules, renverser tous les obstacles encore debout contre le bien. Le désir de la paix universelle, la concentration des efforts contre l'effusion du sang, leur parait la première vertu d'où les au-

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très doivent découler. A leurs yeux, par conséquent, l'héroïsme guerrier serait désormais supprimé.

Ni tant de mal, ni tant de bien. L'ensemble du présent, par rapport au passé, permet, malgré certaines ombres, de croire fermement au triomphe de la lumière, mais à condition que la noblesse de la pensée sera soutenue par la vaillance de Taction. Si l'on prétend condamner la furie batailleuse, la rage de tuer et de mourir par point d'honneur, l'on a raison ; cet esprit militaire n'est plus l'esprit héroïque, il est à chasser de l'avenir, comme on le chasse, autant qu'on le peut, du présent, comme on le démasque, sous ses oripeaux vaniteux, dans le passé; mais qu'on craigne de désarmer le bien et la vérité, tandis que le mal et le mensonge sont encore armés de toutes pièces. Peut-être, un jour, les formes de l'action, du dévouement changeront-elles, tiendront-elles plus essentiellement à l'esprit; en attendant, et bien longtemps encore, la résistance matérielle, le risque de la vie devant le canon et les baïonnettes, sera nécessaire aux gladiateurs de la pensée.

Entre les nations, notre France n'a-t-elle pas un besoin spécial d'héroïsme? Oui. Et qu'elle en soit fière! La médiocrité ne lui est pas permise. L'Italie a eu la Renaissance, c'est-à-dire la source de beauté ; TAllemagne, la Réforme, c'est-à-dire la source de liberté religieuse; l'Angleterre, le parlement, c'est-à-dire la source de liberté politique. Mais la France est le pays qui a le plus fait pour nouer les liens sociaux de l'humanité. Après avoir préparé indirectement son œuvre au dixseptième siècle, en prenant l'influence de la politesse et du goûtj elle a, au dix-huitième, par sa philosophie et

réyolution, lancé dans le inonde entier les idées de oit, de raison et 'de justice, proclamé, pour tous les )mn)es sans distinction, les principes d'égalité et de éternité. Maintenant la France morale, la France maricUc n'a pas grandi proportionnellement aux autres ys; PrcYOst-Paradol, dans son beau et mélancolique re de la France nouvelle; Michel Chevalier, dans un mpte rendu scrupuleux de nos supériorités mêmes ^ évoient la prépondérance d'autres peuples qui ont su issurcr les espacés neufs du globe : non pas des Allemds, malgré leurs triomphes de peu d'avenir, mais s Anglo-Saxons, pôle du monde libre, mais des Russes, enacc pour l'Europe peut-être, progrès certainement >ur 1 Orient, et, par plus d'un martyr, faisant déjà évoir une rénovation. Plus rien d'inoccupé, plus

vide à combler ; il ne reste guère à la France de veloppement possible, hors de la France même, le sur le littoral de l'Afrique du Nord. Pour être à la uteur d'elle-même, elle n'a point de choix possible. i fait de conquête et même de colonisation, rien que s perspectives stériles, relativement mesquines, de ut point disproportionnées à l'effort. Il faut donc l'clle cherche son influence, en se tenant au large des

Là, elle a tant heurté de choses, par sa grande seusse de 89, qu'elle est restée hésitante, immobile, milieu des ruines de son passé. Aussi, en instrucn, en liberté, en initiative individuelle, la France ;-elle inférieure à plus d'un peuple; mais cette

Rapport aur i* Exposition univerêelle de 1867,

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infériorité pratique, cette absence de résultats politiques ne doivent pas faire oublier combien ses aspirations ont remué le monde. Et, de même que l'Angleterre a passé par cinquante ans de tourmente pour obtenir la liberté politique, de même, après une courbe d*autant plus longue que ses désirs ont été plus élevés, la France atteindra peut-être à un but supérieur. L'illustre historien Macaulay, en vrai esprit anglais, raille les pays de servitude de s'écarter d'autant plus du possible dans leurs rêves de progrès. Il n'a pas toujours tort, et parfois ces rêves touchent au ridicule, mais par leurs offenses envers la raison éternelle et non envers les actualités pratiques. C'est avec des rêves, en apparence irréalisables, que le christianisme a renouvelé les formes de la société, et il ne faut pas regarder comme inutile tout désir généreux qui n'a pas d'application immédiate. Autant supprimer l'horizon.

C'est l'horizon que la France a ouvert plus que personne.

Situation belle et dangereuse. C'est Colomb cherchant l'Amérique. Est-elle lasse de penser? est-elle lasse de souffrir? indifférente et corrompue, n'a-t-elle plus de force pour réagir contre le despotisme, l'esprit théocratique, d'une part, et la révolution, de l'autre? Alors elle est perdue. Au milieu des flots nouveaux, ses facultés de généralisation, de clarté, d'enthousiasme pour la raison lui donnent encore loisir d'être un pilote. Par contre, si elle n'est pas cela, elle ne sera rien.

Pour ne pas perdre la chaleur de cœur, la vitalité de

s pères, évitons une tendance trop séduisante pour

: celle de l'ironie et du scepticisme. L'admiest la source féconde du beau. Sachons voir les 5, mais cherchons les clartés, et enthousiasmonspour elles sans réserve, comme pour le grand nt d'immortalité. C'est dans cette conviction que ,àché de condenser dans ce livre ce que le passé a iC meilleur, de créer, les événements vulgaires ués, les monstres et les innombrables parasites de enommée mis à l'écîirt, un nouvel enchaînement faits selon la grandeur des âmes, de faire, pour isi dire, une élévation de l'histoire, d'être vrai, mais mme l'artiste qui pour modèle choisit, dans la forme jmaine, la beauté. Si ma main a faibli dans l'auacieuse entreprise, si j'ai senti amèrement l'impuis- »ance des mots devant certains éclairs de Tàme humaine, du moins l'étude a-t-elle augmenté mon amom* des hommes et mon espérance en eux. Puisse cet aperçu des souffrances, des efforts sans cesse renouvelés, et enfin des victoires de l'idée, ne pas être inutile à tous, raffermir, dans des luttes nouvelles, quelques combattants d'intention bonne et de force chancelante !

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