Dép. de Cusqnel. Procès III
Texte français de la prétendue cédille.
« Toute personne qui a erré et mespris en la foy chrestienne, et depuis, par la grâce de Dieu, est retournée en lumière de vérité et à l'union de nostre mère saincte Eglise, se doit moult bien garder que l'ennemi d'enfer ne le reboute et face recheoir en erreur et en damnacion. Pour ceste cause, je Jehanne, communément appellée la Pucelle, misérable pécherresse, après ce que j'ay cogneu les las de erreur onquel je estoie tenue, et que, par la grâce de Dieu, sui retournée à nostre mère saincte Eglise, affin que on voye que non pas fainctement, mais de bon cuer et de bonne volonté, sui retournée à icelle, je confesse que j'ay très griefment péchié, en faignant mençongeusement avoir eu révélacions et apparicions de par Dieu, par les anges et saincte Katherine et saincte Marguerite, en séduisant les autres, en créant folement et légièrement, en faisant supersticieuses divinaoions, en blasphémant Dieu, ses Sains et ses Sainctes; en trespassant la loy divine, la saincte Escripture, les droiz canons; en portant habit dissolu, difforme et deshonneste contre la décence de nature, et cheveux rongnez en ront en guise de homme, contre toute honnesteté du sexe de femme; en portant aussi armeures par grant présumpcion ; en désirant crueusement effusion de sang humain ; en disant que toutes ces choses j'ay fait par le commandement de Dieu, des angelz et des Sainctes dessusdictes, et en ces choses j'ay bien fait et n'ay point mespris; en mesprisant Dieu et ses sacremens; en faisant sédicions et ydolatrant, par aourer, mauvais esperis, et en invocant iceulx. Confesse aussi que j'ay esté scismatique et par pluseurs manières ay
erré en la foy. Lesquelz crimes et erreurs, de bon cuer et sans ficcion, je, de la grâce de nostre Seigneur, retournée à voye de vérité, par la saincte doctrine et par le bon conseil de vous et des docteurs et maistres que m'avez envoyez, abjure de ceste regnie, et de tout y renonce et m'en dépars. Et sur toutes ces choses devant dictes, me soubzmetz à la correccion, disposicion, amendement et totale déterminacion de nostre mère saincte Eglise et de votre bonne justice. Aussi je vous jure et prometz à monseigneur saint Pierre, prince des apostres, à nostre saint père le Pape de Romme, son vicaire, et à ses successeurs, et à vous, mes seigneurs, révérend père en Dieu, monseigneur l'évesque de Beauvais, et religieuse personne frère Jehan Le Maistre, vicaire de monseigneur l'Inquisiteur de la foy, comme à mes juges, que jamais, par quelque enhortement ou autre manière, ne retourneray aux erreurs devant diz, desquelz il a pieu à nostre Seigneur moy délivrer et oster; mais à toujours demourray en l'union de nostre mère saincte Eglise, et en l'obéissance de nostre saint père le Pape de Romme. Et cecy je diz, affirme et jure par Dieu le Tout-Puissant, et par ces sains Evangiles. Et en signe de ce, j'ay signé ceste cédule de mon signe ». Ainsi signée : « Jehanne + ».
Procès, I, 447.
XLVI TESTIS et III ex officio. Rev. Dominus Franciscus M. Wyndham, etc.... Quelques-uns de ses amis ou du moins les moins défavorables lui disaient : « Signez donc »; on lui lut un papier sur lequel était écrit ce qui pourrait équivaloir à un Pater Noster, elle crut comprendre qu'il s'agissait d'être mise en prison ecclésiastique et n'être plus aux mains des Anglais, et quitter les habits d'homme; à ce papier on en substitua un autre très long, peut-être s'arrangea-t-on de manière à lui faire signer ce document substitué à l'autre; mais je ne crois pas qu'elle ait renié sa mission en quoi que ce soit....
En résumé, jamais Jeanne n'a hésité sur sa mission, elle ne l'a jamais reniée.
Elle n'a jamais signé d'abjuration ; elle a signé un document substitué à un autre qui ne regardait pas sa mission, mais seulement une affaire de discipline, ses cheveux, ses vêtements et sa garde en prison ecclésiastique.
Quand on a voulu user contre elle de sa prétendue rétractation, elle a soutenu et affirmé sa mission de la manière la plus énergique.
Elle a appelé au tribunal du Saint Père même quant au fait de ses révélations.
Aurelian. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servae Dei JOANNAE DE ARC. Positio super Virtutibus, pp. 219-221.