M. LE PRÉSIDENT, MESDAMES ET MESSIEURS
Un axiôme plus aneïen que moi, dit avec beaucoup de vérité que “chacun parle de ce qu’il aime.” Si l’adage ajoutait : ‘et l’on en parle surtout aux personnes que l’on aime,” il rendrait parfaitement ma pensée favorite du moment et exprimerait délicatement ce que je ressens et pour le sujet que mon cœur m’a fait choisir et pour l’aïmable auditoire devant lequel ma bonne fortune m’a conduit ce soir.
En choisissant Patrie et patriotisme pour sujet, mon compagnon et moi, nous avons obéi à une inspiration du cœur, bien naturelle à deux jeunes gens, comme en venant vous offrir cette lecture, nous avons cédé, tous deux, avec un véritable plaisir, à la gracieuse invitation qu’avaient daigné nous adresser messieurs de la chambre de lecture d’Acton-Vale.
Je traiterai la première partie du sujet, c’est-à-dire La Patrie ; et mon ami, M. Letendre, un des collaborateurs di PUÜnion Nationale, dont un bon nombre d’entre vous ont pu, plus d’une fois, lire les écrits pleins . de verve et de sentiments, et que l’aimable auditoire
me permettra de lui présenter, traitera la seconde partie, c’est-à-dire du Patriotisme.
Je ne vous cacherai pas, mesdames et messieurs, que le sujet que j’ai choisi aurait demandé des aptitudes plus heureuses que les miennes pour être bien traité, et aurait exigé, pour être donné d’une manière convenable, plus de temps que je n’en avais à ma disposition, des études particulières ayant pris, depuis un an, tous mes instants,
Cependant je n’ai pas cru devoir décliner l’honneur qui m'était fait, et d’ailleursje me sentais très-heureux de venir, à l’occasion des fêtes, serrer La main aux amis que je me flatte d’avoir dans les townships de l’Est. La marche que je suivrai, en traitant mon sujet, sera un peu capricieuse, à peu près comme le cœur d’un jeune homme. Je n’ai voulu ni me fatiguer ni fatiguer mon auditoire en suivant un ordre particulier et systématique. Toutefois, tout en émancipant l’imagination, j’aurai soin de rester respectueux pour des règles que je ne saurais méconnaitre sans m’exposer à des écarts que je tiens à éviter.
J’ajouterai, pour terminer les explications que je crois devoir donner en commençant, que j'ai choisi La Patrie de préférence à tout autre sujet, pour deux raisons qui me sont tout-à-fait personnelles. D’abord parce que ce sujet demande plus de cœur que d’esprit, et que j’ai plus de l’un que de l’autre à ma disposition et ensuite, et surtout, parce que, d’après un axiôme philosophique, la partie est comprise dans le tout, et
que je savais qu’en parlant de la patrie j'aurais à parler de la plus belle moitié de ses habitants, pour laquelle mon cœur m'a toujours commandé d’avoir beaucoup de patriotisme.
Je dirais volontiers, mesdames, avec un spirituel écrivain qui me volait une idée il y a près d’un siècle, alors pourtant que j'étais bien pauvre d’idées, que la patrie est mon premier amour. La patrie, en effet, c’est un nom que l’enfant comprend et murmure bien jeune. Trois noms, mesdames, répondent au premier sourire de l’enfant et entourent son berceau d’un triple rayon d’espérance, d’amour et de foi, ces trois noms, ils sont sacrés à tout âge, mais ils sont surtont bénis par les lèvres de l’enfant ; ces trois noms sont Drev, MÈRE, PaTRIE. :
L’amour de la patrie est un des premiers sentiments qui trouvent un écho dans le cœur de l’homme ; ce sentiment, il trouve place et résonne dans l’AÂme si pure et si belle de l’enfant, à côté de cet autre sentiment, sinoble et si vrai, que les sourires et les caresses d’une mère, se penchant amoureusement sur son berceau, inspirent et grandissent : le sentiment de Pamour filial.
Tant il est vrai de dire, Mesdames, que la femme, avec Dieu et la Patrie a les prémices du cœur de l’homme et qu’un des premiers sentiments de l’âme est pour cet ange, revêtu d’une forme humaine, que Dieu a donné à l’homme pour charmer ses ennuis et le con: duire quelquefois sur les rives enchantées du bonheur.
Dieu, Mère et Patrie : voilà les trois amours de l'enfant ; et qu’elles sont belles ces amours, qu’elles sont saintes dans le cœur de l'enfant qui sourit pour la première fois du sourire de l’intelligence et du cœur et à qui Dieu inspire un premier sentiment d'amour pour son créateur, pour celle qui, oubliant ses douleurs, sourit à son berceau, et pout la terre natale, pour le ciel et le soleil de la patrie.
Mais qu'est-ce donc cette patrie dont le nom fait sourire l’enfant au berceau et qui fait vieillir le savant dans l’étude et dans des recherches qui doivent faire sa gloire ? Qu’est-ce que cette patrie dont le nom fait voler, au premier cri d'alarme, le jeune homme comme le vieillard, sur la frontière, pour la défendre et la proté- 1&er, pour laquelle les héros sont heureux de donner leur sang sur le champ de l’honneur ?
Ce que c’est que la patrie ? Demandez à l’oiseau ce que c’est que le nid qu’il a construit avec amour et dans lequel sa compagne a réchauffé ses petits ; demandez à l’homme ce que c’est que le toit qui le vit naître et grandir ; demandez à l’enfant ce que c’est qu’une mère; demandez à votre cœur, demandez à vos souvenirs pourquoi l’enfant pleure quand il ne voit pas sa mère,
quand il n’est pas dans ses bras, qu’il ne repose pas sur son sein ?
La patrie, c’est le sol natal, c’est l’héritage que le ciel donna à nos ancêtres et qu'ils nous transmirent après avoir combattu longtemps, et même quelque fois après être morts, pour nous le conserver.
La patrie, c’est le village natal avec son église et sa cioche au son argentin ; c’est le vieux toit qui abrita notre enfance, qui reçut notre premier soupir et le dernier soupir de notre aieül ; la patrie, c’est la campagne qui fut témoin de nos jeux enfantins ; c’ést le grand chêne de la colline, témoin muet de nos premiiëres amours ; ou bien le ruisseau limpide, descendant de la montagne voisine, au doux murmure duquel souvent nous nous sommes endormis et dont les rives poétiques retentissent encore du chant plaintif de l'oiseau demandant son nid et ses petits que le vent avaït dispersés. La patrie, c’est le passé avec tout le charme de ses souvenirs, l’avenir avec ses craintes et sés dôtices espérances. La patrie, c’est la famille avec ses joies si pures et si innocentes, c’est le souvenir d’une mère avec ses caresses si tendres, avec ses douleurs et sôn amour. La patrie, c’est le souvenir d’une sœur au sottire angélique, le souvenir d’un frère avec son amitié si vraie ; c’est le souvenir d’un père avec sa douce sévérité. La patrie, c’est encore le souvenir de la femme aux pieds de laquelle l’on déposa, jeune encore, les aveux d’un premier amour, qui reçut les premiers serments d’un cœur encore pur. La patrie, c’est la terte
qui garde les dépouilles chéries de ceux que nous avons aimés, dans le sein de laquelle dort la sainte génération de nos aieux.
Oh ! laissez-moi réciter une page admirable d’un livre toujours admiré, écho des nobles et pieux sentiments de l’illustre auteur du Génie du Christianisme. ‘“ Les dimanches et les jours de fête, dit-il dans ce langage qu’on peut plutôt admirer qu’imiter, j’ai souvent entendu dans les grands bois, à travers les arbres, des sc18 de la cloche lointaine qui appelait au temple lhcœmme des champs. Appuyé contre le tronc d’un ormeau, j’écoutais en silence le pieux murmure. Chaque frémissement de l’airain portait à mon âme naïve l'innocence des mœurs champêtres, le calme de la solitude, le charme de la religion et la délectable mélancolie des souvenirs de ma première enfance. Oh ! quel cœur si mal fait n’a tressailli au bruit des cloches de son lieu natal, de ces cloches qui frémirent de joie sur son berceau, qui annoncèrent son avènement à la vie qui marquèrent les premiers battements de son cœur, qui publièrent dans tous les lieux d’alentour la sainte allégresse de son père, les douleurs et les joies encore plus ineffables de sa mère ! Tout se trouve dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l’avenir ! ”
La patrie, mesdames et messieurs, c’est la liberté, et la liberté bien entendue, c’est le bonheur. Il v’y a pas de patrie sans la liberté et si l’amour de la
patrie survit aux institutions qui la rendaient heureuse, c’est que le tombeau d’une mère ne jrenfetme pas tout ce qu'était cette mère lorsqu’elle habitait parmi les humains. Sur la tombe fraîchement recouverte une main pieuse a planté une croix et un : “alepleureur, double gage de deuil et d'espérance ; étsouvent, sur la pierre froide du cimetière s’agenouille un époux, un fils, un amant dont les larmes arrosent la tombe que la mort ou la main d'ün assassin a creusée. Et les ombres de la nritet les feuilles de l’arbre qui pleure, et les ombres du champ des morts pourraient redire aux vivants les soupirs qu’il ont entendus au milieu du silence mystérieux des tombeaux.
Et quand les larmes ont cessé de couler, que celui qui pleure se relève de son prie-Dieu mortuaire, un cri de rage et de désespoir sort de sa poitrine. Dans son cœur torturé parila douleur il maudit l’assassin, il essuie une larme furtive, une dernière larme qui s'était glissée sous sa paupière d’où partent des éclairs, et il murmure ce mot fatal : vengeance !
Et ce mot est synonime de révolution, quand celui qui l’a prononcé s’est agenouillé sur la tombe des institutions de sa patrie, ce mot est un signe de ralliement ; et, alors, malheur aux oppresseurs, malheur aux trattres : la patrie va être vengée !
Et l’Histoire alors ne s'écrit qu'avec le sang du peuple ; des légions de martyrs de la cause nationale sortent des tombeaux des morts ; voilà l’histoire de bien des persécutions politiques ; voilà entr’autres
l’histoire de la Pologne, de cette patrie de héros qui luttent depuis des siècles pour la conquête des libertès passées que leur ont ravies, lambeau par lambeau Le tyrans qui règnent sur les glaces de la Sibérie. Voilà l’histoire, messieurs, de tous les peuples que à lon veut faire mourir en leur enlevant les institutions nationales qui fesaient leur force et leur grandeur. :
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Mais, abandonnons le vague de la sphère des généralités, et, jetant notre regard sur le sol américain, pare lons de notre patrie à nous, Canadiens-Français, parlons de cette noble terre du Canada que les luttes ont rous gie du sang de nos martyrs et dont les conquérants nous apparaissent, dans la splendeur de l'Histoire, avec les Jacques-Cartier, les Champlain, les Montcalm, les Salaberry les Bédard et les Papineau, comme des héros de vertus patriotiques et militaires.
Du 640 au 840 longitude ouest et du 420 au 550 lattitude s’étend un vaste territoire, un pays immense formant à lui seul une superficie de 860,090 milles carrés, c’est-à-dire une superficie si grande qu’elle n'est dépassée que par un seui pays de l’Europe, la Russie.
Les deux peuples qui se partagent cette vaste étendue de terre et qui forment réunis une population de
É s millions d'hommes, sont entrés, depuis quelques années, dans une {elle voie de progrès rapide et heutéux qu’il est faoile à l'œil de l'observateur attentif de pré voir la grande, la belle, ‘la noble destinée que la providence ménage à ces peuples, dans cette partie du monde civilisé.
Un sol riche et fertile, un fleuve immense, de grands et superbes lacs, d’innombrables canaux, des chemins de fer, des télégraphes qui transmettent la pensée aussitôt que conçue, un commerce abondant et sans cessé croissant, des mines de toutes sortes qui offrent à l’industrie publique d’inépuisables ressources et aux fortunes privées de grands revenus ; de grandes et de riches cités splendidement bâties, des campagnes arrosées en tout sens par de belles et riantes rivières qui y portent la fertilité et l’abondance ; de majestueuses montagnes sûr le sommet desquelles l'œil peut admirer avec orgueil toutes les richesses nationales ; voilà le Canada tel qu’il est aujourd’hui, habité par les descendants de deux races qui, après s’être disputé en Europe, pendant des siècles, l'empire du monde, finirent p- se le partager et consentirent à régner ensemble sur des dépouilles conquises en commun, par le génie de la diplomatie et des combats,
Le Bas-Canada, plus grand que sa Province-sœur a une superficie de 210,000 milles carrés avec une population d’un million-et demi. A lui seul il est plus grand que la France, la mère-patrie des deux tiers de ses habitants, qui, avec une superficie de 200,000 milles
carrés seulement donne la gloire et la vie'à 37 millions d'habitants. Ces chiffres comparatifs donnent une idée de ce quele Bas Canada peut être dans l'avenir, si, grandissant à l’ombre d’un drapeau protecteur, les descendants des héros des plaines d'Abraham, de Carillon et de Châteauguay savent tenir les vainqueurs en respect, conserver intact le précieux et noble dépôt des institutions nationales et maintenir fermement les droits constitutionnels et politiques, conquis sur les champs de l’honneur et consacrés par les serments et la foi des traités.
Traversé daus toute son étendue par un fleuve-roi qui inonde de scs eaux plus de la motié du continent américain et qui, après avoir été tour-à-tour rapids et cascade, lac et étang, finit par former à lui seul, en se réunissant à l’océan, une vaste mer aussi étendue que certaines mers intérieures de l’Europe ; traversé par des réseaux de chemin de fer et de fil télégraphique, parcouru en tout sens par des rivières navigables qui portent l’abondance dans les plaines qu’elles arrosent et fertilisent et donnent au commerce, avec les canaux, résultat de notre industrie, un débouché sûr et prompt, le Bas-Canada fait depuis longtemps l'envie de la république voisine qui se consolerait volontiers de la perte qu'une résistance héroïque semble devoir lui faire subir, si elle pouvait se permettre l’espérance de voir s’accomplir un rêve de conquête, tentée vainement en 1775, au pied de la citadelle de Québec et en 1812 dans les mémorables campagnes de Châteauguay.
Montréal, rivale pendant quelques années de sa sœur ainée Québec, et depuis longtemps victorieuse de la
| | | lutte et métropole du commerce canadien, Montréal a je pr's place aujourd’hui parmi les cités les plus impor. | tantes de Amérique du Nord et fait le légitime orgueil ®
11 du Bas-Canada dont elle représente la prosperité et la | richesse nationales.
Québec est le Gibraltar de l'Amérique et la ville des souvenirs et des grandeurs militaires. C’est dans son sein que naquirent et vécurent les premiers héros Cas nadiens, comme c’est sous ses murs, à l’ombre de ses vieilles tours, que nos pères combattirent si vaillam- | ment, vainquirent les puissants ennemis et tombèrent | avec gloire, ensevelis dans les plis ensanglantés du noble drapeau à fleurs de lys.
Bien belle est notre Histoire, mesdames et messieurs, | glorieux sont nos souvenirs ; et quand, après avoir con- | sulté le passé, nous reportons nos regards vers avenir,
nous ne pouvons qu’espérer pour la patrie, sûrs que | nous devons être qu’un peuple de héros ne meurt pas.
En parlant des richesses de la patrie, je manquerais à la justice et à la vérité si je ne m’arrêtais pas un instant pour contempler avec vous la belle position qu’occupa Acton- Vale dans ce pays et dire les légiti-
vues espérances que ses richesses minières donnent à la patrie commune.
Quand je me transporte en arrière et que je consulte mes souvenirs, il ne me faut pas aller bien loin pour trouver Acton-Vale pauvre et modeste, n’ayant qu’une chapelle, qu’une pauvre gare de chemin de fer et quelques rares habitations pour toute richesse.
Mais un jour de prospérité s’est levé radieux pour Acton ; le pays entier jeta sur ces richesses longtemps inconnues des regards de surprise et d’orgueil ; nos voisins et l’Europe s'émurent au récit des merveilles que cette nouvelle Eldorado promettait et, en quelques mois, Acton devint une des places les plus importantes du Canada, voire même de l’Amérique. De riches habitations remplacèrent les premières cabanes des colons; des hommes industrieux et intelligents apportèrent à Acton leur énergie et leur courage, d’aimables familles formant une société d’élite, vinrent s’y établir, le pauvre eut du travail et du pain, des étrangers expérimentés dans la science des mines donnèrent une impulsion nouvelle à l’exploitation du minerai, et le voyageur qui passa ici, pour la premiére fois depuis trois ans en 1864, eut peine à reconnaître le beau village, déjà riche et prospère, qui avait remplacé le modeste hameau qui s'élevait quelques années auparavant sur une terre encore inculte.
Les habitants d’Acton viennent de donner uné nouvelle preuve de leur esprit d’entreprise et leur vénérable pasteur une marque éclatan‘e de son zèle, en
Cnnestsratn-ssmnnusenune maonnrs on n-mmmsnire te
= hssammesnsmenenmanannn anne
donnant naissance à une institution bienfaisante con- fi6e aux soins de ces anges de charité et à ces modèles de vertus qui répandent partout où elles sont les avantages de l'instruction et les charmes de l’éducation. Je ne saurais oublier de mentionner ici l’institution littéraire et scientifique que les hommes les plus intelligents d’Acton-Vale viennent de fonder et sous le patronage de laquelle mon compagnon et moi nous sommes heureux de lecturer ce soir. L'on me pers mettra d'offrir mes vœux sincères pour le succès de cette institution et pour que, débarrassée de toute difficulté, elle grandisse et prospère avec ses fondateurs. Aucun ne saurait dire les secrets de l’avenir, mais, à coup sûr, je ne crains pas de recevoir un démenti, en disant qu’Acton-Vale est aypelé à jouer un rôle important dans ce pays ; et que, sous la direction intelligente du magistrat distingué que je suis heureux de voir au milieu de cet auditoire, Acton ne peut manquer de prospérer et de grandir comme il a prospéré et grandi alors qu’il avait à sa tête un autre digne magistrat, qui en a justement été appelé le père et le fondateur. La destinée d’Acton-Vale est intimement liée à celle de ses voisins de Roxton-Falls et de St. Ephrem d’Upton dont l’intelligence et l’activité ont tant contribué à augmenter l’importance des townships de l’Est si riches et si pleins de légitimes espérances.
Roxton a grandi rapidement lui aussi ; et il n’y a pas encore bien longtemps que, colon d’un jour, la cognée à la main, me reposant des fatigues de l'étude, durant
mes vacances, j’abaitais quelques-uns des arbres des: forêts d’Upton, à l’endroit où devait s’élever plus tard une maison dans laquelle, avec un bon nombre d’entre vous, j'ai passé de bien agréables moments, au milieu de ces joies que l’amitié seule sait faire goûter.
L’avancement de cette localité, comme celui des
localités voisines, subit en ce moment une de ces crises difficiles qui, en diminuant l’exploitation première du minerai et en réduisant le travail de l’ouvrier, affaiblit les ressources du commerce et de l’industrie. Mais les causes de ce malaise vont disparaître bientôt et quand elles auront disparu l’on verra renaître ici la crospérité première ; les richesses que renferment ces localités seront utilisées et l’on pourra alors voir les townships de l’Est, ayant Acton-Vale pour centre,
grandir avec la rapidité que leurs immenses ressources
ne peuvent manquer de leur imprimer. Toute cette partie du pays a un grand avenir, car elle est riche ; il ne faut que jeter un coup-d’œil sur toute la campagne d’alentour pour se convaincre de cette vérité.
Un peu de persévérance et bientôt Acton reprendra, avec les localités voisines, sa prospérité première ; et,
devenu le chef-lieu d’un grand et beau comté, grandira avec les villages voisins qui prendront la position in-
dustrielle et commerciale que leurs richesses semblent
devoir leur promettre.
Mais la patrie n’est pas seulement le sol’ quinous a vu naître et la terre qui renferme les cendres de nos pères : la patrie n’est pas seulement. une langue de terre jetée sur le coin d’un continent, ou dans le sein d’une vaste mer. La patrie, on ne l’aime pas seulement à cause des richesses matérielles qu’elle renferme, on l’aime encore, on l’aime surtout à cause de ses richesses morales, de la grandeur de ses institutitutions qui respirent et donnent la liberté, de son Histoire qui dit les grands souvenirs.
La patrie, c’est surtout la langue, la foi, la religion du peuple. Ce qui nous fait aimer notre patrie, à nous Canadiens-Français, ce sont nos souvenirs, nos gloires: ce sont nos belles institutions qui nous ont faits grands et fiers ; c’est notre histoire, l’histoire de la conquête de cette colonie, écrite avec le sang de nos martyrs de la religion et de la nationalité, avec le sang de ces héros qui quittèrent la vieille France, le pays des grandes choses, pour venir conquérir l’épée et la croix à la main une patrie nouvelle qui devait redire et imiter les gloires de sa mère.
Le Canadien Français tient à sa religion par principe et par amour, à cette belle religion des martyrs de Rome payenne, comme il tient au sol que lui ont transmis ses ancêtres. Il tient à tout ce qui constitue son caractère national à sa langue, à cette langue que
parlaient ses pères, que parlent ses enfants et que parle encore la France moderne ; à la langue des Bossuet et des Mirabeau, des Veuillot et des Montalembert ; à cette langue qui conduisait les vieilles légions de l’Empire à la gloire et à la mort et dans laquelle fut rédigé le contrat qui donnait l’empire de l’Europe au martyr de Ste. Hélène.
Ne l’oublions pas : en perdant la religion et la langue de ses pères, le Canadien-Français perd sa patrie : malheureux et exilé, en mourant i ne pourrait que raconter à ses fils, en une langue qui ne serait pas la sienne, les malheurs de la patrie, ses remords et le deuil national. | is
Rome et Athènes, Sparte et Carthage sont tombées le jour où elles consentirent à ensevelir dansle tombeau des aieux les belles institutions qui avaient fait leur grandeur. |
C’est en vain que l’ambition formerait des projets pour nous perdre ; c’est en vain que sous le prétexte de nous grandir l’on voudrait nous donner la mort: la patrie c’est la terre natale, avec la langue, les mœurs, les institutions et la religion nationales : la patrie, c’est la nationalité; pas de nationalité sans ces grandes choses, et pas de patrie sans nationalité.
Nous ne pouvons pas plus renoncer àces grandes choses que nous pouvons consentir à mourir. L'on ne peut pas plus nous donner la mort que l’on peut nous empêcher de porter, de temps à autre, un regard d'amour, au-delà des mers, vers la vieille et noble
France, dont les traditions, les conquêtes et les gloires sont celles de nos pères. La patrie des ancêtres ne s’oubiie pas : le bon fils n’oublie jamais sa mère, Et notre mère à nous elle est trop belle, trop grande, trop glorieuse pour que nous l’oublions. Le drapeau de la France, que ce soit le drapeau à fleurs de lys, ie drapeau des nobles traditions et des vieux souvenirs, ou bien que ce soit le drapeau tricolore, le drapeau des gloires et des libertés, c’est toujours le drapeau de la France, le drapeau de la patrie de nos pères, le drapeau des héros de Rocroi, de la Vendée, d’Austerlitz et de Montebello.
Laissez-moi reposer un instant mes regards sur cette fleur, si, belle, que j’aperçois au sein de la patrie et qui en est un des principaux comme des plus brillants ornements, Laissez-moi contempier ‘cette fleur de l'humanité que l'on nomme la femme, cet ange aux grâces si suaves, aux teintes si délicates, aux formes si attrayantes.” Car parler de la patrie sans parler des femmes du pays, c’est décrire un parterre et oublier les fleurs qui l’ornent et l’embellissent.
La femme c’est la beauté et eomme telles, les femmes d’un pays en sont le premier ornement. Mais la femme est aussi la gardienne du berceau et voilà qui
définit le rôle de la femme dans la société, dans la patrie. La [patrie place de grandes espérances dans le berceau qu’une jeune femme protége de son amour ; aussi à la femme, à certains égards, est confié l’avenir de la patrie parce qu’à elle sont confiées les mystérieuses douceurs de l’amour et la garde du berceau.
La femme joue un grand rôle dans l’histoire de ce pays, comme elle joue un grand rôle dans l’histoire de tous les peuples civilisés. Nos annales militaires redisent bien des faits accomplis par nos héroïnes Canadiennes dont les noms sont passés à la postérité à côté de ceux des plus grandes figures nationales.
Je ne blesserai pas votre modestie, Mesdames, en répétant les louanges que vos grâces et votre beauté inspirent aux étrangers ; je me contenterai de dire que les admirateurs ne vous manquent pas et que vous en trouvez surtout de bien sincères dans votre pays, chez vos compatriotes.
Pour moi, Mesdames, vous me, permettrez un aveu naïf. J’aime les femmes de mon pays avant tout et o’est une des institutions que j’admire le plus dans ma patrie ; et je dirai volontiers que si la patrie a été mon premier amour, Ça n’a pas dû être le dernier.
L'existence d’un pays repose tout autant sur mm principe que sur la force et la richesse matérielies -eb le principe sur lequel s’appuie notre existence nationale est le principe des nationalités.
Le principe des nationalités est un principe sacré que les nations anciennes comme les peuples modemes ont toujours été jaloux de faire respecter. L’histoiredes peuples a éte écrite au milieu des luttes qui ont: été faites, l’épée à la main, pour la sauvegarde, la dé-fense et la protection de ce grand principe. Esæ peuples ont des droits à protéger comme ils ont des: devoirs à remplir, et l’histoire contemporaine de PEu-rope se résume dans les luttes des nationalités.
Les nations ont droit à la vie tout autant que Îles is— dividus, et l'Angleterre dont nous avons emprunté-le constitution, chef-d'œuvre de sagesse politique, nm» grandi qu’en s’appuyant sur les bases des libertés quela magna charta, ou grande chartre, octroyée en 1245. par Jean sans Terre et sanctionnée quelques ax 6es plus tard par le parlement britannique, sous Henri HE, fils et successeur de Jean, avait accordée au peuple: anglais.
Le génie de cette constitution préside à nos destinées: C’est avec elle que nous avons conservé notre auto nomie sociale et religieuse, c’est avec elle que nous: sommes restés Français comme nous l’étions en 2759,
alors que la victoire, indécise en face de deux tombes, se réfugia sous le drapeau d’Albion; c’est avec elle que nous pouvons continuer à grandir et prospérer, si le principe des nationalités qui lui a servi de bases, dès son origine, est respecté et maintenu haut : lsrine,
Cette constitution dont l'application nous a été si salutaire dans les temps difficiles que nous avons traversés depuis 1763 est, à coup sûr, celle de toutes les constitutions modernes qui, reposant sur le principe démocratique, accorde au sujet la plus grande somme de libertés. Aussi, Blackstone, célèbre jurisconsuite anglais, dit-il dans ses précieux commentaires sur. les loisde la Grande-Bretagne, que ‘‘ la jouissance de tonus les droits et de toutes les libertés nous est assurée par notre naissance, car,’ dit-il, ‘“ chacun de nous est libre de faire tout ce qu’un honnête homme peut désirer de faire. Les vérités énoncées par ce profond légiste justifient pleinement l’observation judicieuse de Montes- Güieu, qui, dans L’£sPRiT DES Lois, déclare que l’Angleterre est la seule nation dans le monde dont la constitution ait pour but direct la liberté politique et civile.
Je ne suis pas un admirateur bien enthousiaste des systèmes constitutionnels appliqués chez les mndernes ; car, souvent je trouve de sanglants sareasmes dans l'application de ces systèmes qui, quelque fois, tyrannisent les peuples sous le prétexte spécieux de les protéger; mais je n'hésite pas à dire que le pays peut trouver son salut dans ke système constitutionnel anglais
si nous savons l’adapter à notre caractère et le faire
servit habilement à la conservation de nos institutions politiques et religieuses.
Müis de même:que l’'Itlande, la noble et vieille-Irlande, est tombée avec les martyrs de sa sainte cause etque le génie si populaire du grand O’Connell fut impuissant à sauver sa patrie de la ruine à laquelle le vote de son propre parlement l’avait vouée ; de même aussi, serons-nous impuissants à soutenir nos institutions nationales, si menacés dans nos droits, nous les sacrifions à des arrangements fratricides. Le vote du parlement Irlandais en 1801 a été un suicide national ; c’est une faute qui doit instruire les hommes d'Etat des autres pays, c'est une trahison que nous: sommes appelés à méditer et à flétrir comme les autres peuples.
Il'est bon de nous instruire à la grande école de l’expérience et de demander aux peuples plus anciens que nous les leçons que notre histoire ne saurait nous fournir. Les rois qui ont faibli à l’heure du danger et qui ont fait des concessions auxquelles ils n'auraient jamais dû souscrire dans l’intérêt des peuples sur lesquels ils régnaient, sont tombés avec les peuples qu’ils croyaient sauver, mais qu’ils n’ont su que perdre.
C’est pour avoir trahi les prérogatives de la éonronne que Charles ler est monté sur l'échafaud, et c’est pour avoir cédé ses droits que Louis XVT fat mrartyrisé:
£h! bien, ce qui est vrai pour les rois est v:ai pour les nations. Le principe des nationalités est un principe absolu ; c’est le principe des prérogatives popufaites : les concessions lui sont fatales et le jour où ce
principe est sacrifié est un principe de deuil et de mort pour la nation qui l’a méconnu.
Après cette déclaration sinoère, je ne craindrais pas de dire, que si le principe qui peut nous sauver était employé traitreusement à notre perte, la patrie n’aurait plus d’autres ressources que de demander la protection puis« sante du clergé qui pourrait encore la sauver comme il la sauva dans les mauvais jours de son histoire politique, en lui accordant sa force morale avec cet esprit de patriotisme sage et éclairé qui l’a toujours distingué et honoré.
Un grand écrivain Français disait en 1855 : ‘ Deux & mains ont fondé la France, deux mains l’on: grandie & et maintenue dans ses splendeurs, deux mains l’ont “ toujours relevée dans ses défaillances : la main du « prêtre et la main du soldat.”
Ces paroles si vraies et si mémorables s'appliquent admirablement bien à l’histoire du Canada ; elles s’appliquent à son passé, elles peuvent, elles doivent s’appliquer à son avenir.
En parlant du prêtre, je ne saurais oublier, sans m’exposer à faire un tableau complètement imparfait, de mentionner notre clergé canadien, si illustre par ses vertus et ses talents, comme étant un des membres inséparables de cette belle famille canadienne ; comme fesant si bien partie de cette PATRIE, que j'ai entrepris de vous peindre, qu’on ne saurait porter atteinte à son existence sans porter atteinte à l’existence même de notre nationalité. Notre clergé, Messieurs, occupe une
place distinguée dans nos souvenirs politiques et les pages de notre histoire qui rappellent les grands jours du passé, contiennent les noms de prélats que la reconnaissance nous fait un devoir de ne pas oublier.
Les peuples comme les individus ont des moments de solennelle grandeur ; et les nations, en s’acheminant vers les destinées dans lesquelles les pousse la main toute puissante de la Providence subissent de ces crises violentes, de ces transformations décisives, qui peuvent quelque fois garantir leur avenir, mais qui peuvent aussiles briser en anéantissant, d’un seul coup, leurs plus légitimes espérances, en détruisant tous les souvenirs d’un grand passé.
L'existence nationale des Canadiens-Français est menacée, mais elle n’est pas perdue. Nous avons déjà traversé des époques et des crises nolitiques diffciles, mais le passé nous a trouvés fermes, le présent nous trouve encore deboat, l’avenir, j'espère, nous trouvera intacts et vainqueurs. La nationalité canadiennefrançaise a deux dangers, deux écueils à éviter: l’anglification et l’annexion.
Nous serons protégés, nous serons puissamment aidés par les évènements et par la marche rapide des
peuples de ce continent: le principe de l’équilibre américain sauvera notre nationalité comme l’équilibre européen a sauvé beaucoup de peuples au-delà des mers.
Dieu a conduit les aigles victorieuses de la France au Mexique afin d’exercer une influence salutaire sur
les destinées des peuples de ce continent ; et, en arra-.
chant à l'anarchie et à ia barbarie un magnifique empire, le génie de l’homme quitient, entre ses mains, depuis 1852, les destinées de la France et celles du monde, a peut-être tracé une marche nécessaire aux évènements politiques de ce continent, comme il a peutêtre jeté sur nos difficultés et sur celles de l’avenir de notre nationalité, quelques germes d’espérances et de grandeur.
La grande lutte, la lutte sanglante qui déchire depuis bientôt 4 ans le sein de la Répubiique voisine, la noble résistance et l’épuisement glorieux des héros du Snd, la tactique suivie par la France {depuis le commencement de cette guerre, les sympathies réciproques, l’homogénéité des races et des institutions des peuples du Sud et du Mexique; tont semblerait permettre de croire qu’un jour, qui n’est pas éloigné, verra réunies sous un seul et même gouvernement, en un seul et
puissant empire, les provinces de l’Amérique du Sud :
et celle du Mexique. Dès lors le principe de l’équilibre politique en ce continent, s’opposera aux projets de conquête de nos voisins qui trouveront une barrière infranchissable dans l’union naturelle des deux puis-
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