M LE PRÉSIDENT, MESDAMES ET MESSIEURS
Par une nuit noire et froide du mois de décembre, ily a quelques dix ans, la population de XXX, joli vilage situé sur les rives pittoresques du Richelieu, était soudainement éveillée par le cri : au feu ! feu ! En un instant guidée par la lueur sinistre d’un incendie la foule, se précipitant à travers les rues du village que je viens de nommer, se trouvait en face d’une belle maison que le feu avait déjà envahie de toutes parts. La flamme s’échappait de toutes les issues ; la fumée s’élevait ::rs le ciel en sombres colonnes et formait de nouveaux et lugubres nuages dans un ciel pourtant déjà
assez noir.
Surpris au milieu du sommeil, les habitants de cette maison n’avaient eu que le temps de sauver leur vie, abandonnant aux fureurs de l'incendie tout ce que la maison contenait : son riche mobilier et ses riches souvenirs ; reliques précieuses de plusieurs générations.
Tous les efforts pour arrêter l’incendie furent inutiles et après quelques minutes de lutte désespérée on dut renoncer à l’espoir de sauver la maison.
N’éprouvant plus de résistances ni de retard, le feu eut bientôt envahi toutes les parties de la maison qui avaient pu jusque là être préservées. Le spectacle devint alors saisissant : et la foule le contemplait avec cet œil indifférent aui regarde toujours le malheur d’un autre.
Tout à coup la scène change.
Un cri, parti d’une des fenêtres embrasées de la maison en fe, vient de faire frémir cette foule tout à l’heure si insouciante.
Une jeune fills du haut du dernier étage, les cheveux en désordre, l’œil hagard, tend des bras supliants vers la foule qui la regarde avec terreur.
Chaque cri que l’infortunée fait entendre a un écho dans le cœur de chacun des assistants ; le danger est imminent ; la flamme entourre sa victime d’un cercle rougeûtre.
Encore un instant et c’en est fait; la jeune fille, unique espérance d’une des premières familles canadiennes, est ensevelie sous les décombres de la maison qui mepace déjà ruine. :
Tout le monde se regarde, maïs personne ne se dévoue, car tenter le salut de cette jeune filie, c’est courir vers une mort certaine ; c’est vouer deux victimes aux flammes, c’est creuser deux tombes.
Mais l’infortunée que la mort semble déjà marquer de son terrible sceau, voyant qu’elle ne peut plus espérer de secours de la terre,porte ses espérances ailleurs et, élevant ses beaux yeux vers le ciel, elle demande aux anges, ses frères, de la sauver.
Car mourir quand on est jeune, c’est si triste! Comment renoncer à ses illusions, comment dire adieu à ses espérances, à son bonheur! mourir quand on aime, quand on est aimé, c’est hélas impossible !
Reportant un regard plus résigné sur la foule qui ne la voit plus qu’à travers un nuage de feu et de flammes, Louise, c’est son nom, semble chercher quelqu’un au millieu de ceux qui la voieni mourir sans pouvoir la sauver.
Louise est plus calme ; elle a prié. Et la prière, c’est l'oubli des souffrances, c’est la force dans le malheur, c’est l’espérance, c’est le salut.
Tout-à-coup Louise fait entendre un nouveau cri; mais celui-ci n’est plus, comme les autres, un cri de désespoir ; c’est un cri d’espérance, presque de bonheur.... elle a prononcé un nom.
La foule vient d’ouvrir ses rangs pressés et donne passage à un jeune homme qui, écartant tout obstacle avec des bras vigoureux, se précipite vers la maison.
C’est un inconnu ; personne, autre que Louise et sa vieille gouvernante, ne l’a jamais vu.
Il est grand et beau, il a l’air noble et distingué.
Il ne dit pas un mot ; seulement ses lèvres sont pâles et trei..blent.
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Lui aussi murmure un nom; mais si bas que ce n’est presque rien qu’un souffle. Il s’approche de la maison en feu.
Il reste immobile et glacé ; il tremble pour la première fois de sa vie. Louise a disparu aux millieu des flammes.
Léon, c’est le nom du jeune étranger, regarde le ciel | comme pour lui reprocher son désespoir : il y a dans ce regard quelque chose qui ne s'exprime pas.
Puis, sa main saisit une échelle, l’applique à la
maison qui n’est plus qu’un vaste brasier ; on n’entend que le pétillement des flammes : Léon s’élance vers la fenêtre où la jeune fille avait en vain tendu des bras suppliants et disparait au milieu des flammes, devenues son tombeau.
Ce fut un moment de sublime et terrible silence, un moment d’angoisse.
Le feu sortait avec plus de fureur que jamais de cette fenêtre où deux victimes venaient de s’engloutir : la flamme de l'incendie tourbillonnait sous les yeux des spectateurs qui tremblaient de voir à chaque instant crouler les ruines qu’ils avaient devant eux.
Cinq minutes s’écoulèrent ; pas un cri, pas un murmure ; le langage lugubre de l'élément dévastateur seul, accomplissant son œuvre de déinolition, se faisait entendre.
Chaque spectateur était un martyr; la terreur était peinte sur tous les visages ; l’anxiété était à son comble.
On comprenait qu’à deux pas dans cet immense bra
sier, une lutte venait de s’engager ; lutte d’un héros contre la mort ; lutte de deux géants, se disputant une femme ! .
Tout à coup un long frémissement perce les rangs de cette foule.
Chaque poitrine semble soulagée d’un poids énorme : le jeune héros vient de paraître portant dans ses bras une femme inanimée.
Louise respire encore ; on l’entourre de soins ; elle ouvre les yeux et sourit à son sauveur, non, toute fois, sans que le rouge de la pudeur colore son beau front.
Léon est entourré et félicité ; il souffre, car il porte d’héroïques marques de son dévouement.
Mais ses douleurs sont bientôt oubliées ; l’amour jette sur ses plaies un baume réparateur: il a sauvé la fiancée de son cœur. En exposant sa vie au milieu des flammes, Léon a fait un acte d’héroisme.
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Voilà, mesdames et messieurs, une ancedote, prise, au hasard, dans mes souvenirs d'enfance ; en vous mettant sous les yeux un héros, et en le fesant agir devant vous, je vous ai défini L'HÉROISME qui fera le sujet de ma lecture ce soir. Cette définition, péche sans doute, par sa longueur, mais l’essentiel, c’est qu’elle soit comprise et qu’elle soit vraie.
Définir c’est peindre ; quelque fois c’est la philoso- ‘phie qui donne les couleurs, quelque fois c’est la poésie.
A mon âge, encore, on préfère souvent les sourires que l’imagination présente au cœur, aux caresses, un peu graves, que la philosophie offre à l’intelligence.
Si les hommes sérieux, les graves philosophes que j'ai l'honneur de voir au milieu de cet auditoire distingué, voulaient me chercher querelle, et me lancer les foudres d’un syllogisme invincible, sous forme de condamnation, je serais bien forcé de répondre avec PEcole : Concedo majorem et minorem ; maïs arrivé au : consequens et consequentia, je risquerais une distinction, sous forme d’appel, que j’adresserais au tribunal de la poésie et des fleurs ; et j’ai la conviction, peutêtre un peu prétentieuse, mesdames, que je trouverais quelques sourires encourageants chez mes juges que J'aurais eu le soin de choisir parmi la plus belle moitié de mon auditoire.
Permettez maintenant que je renonce aux fleurs de l'imagination, permettez que je déserte l'idéal et les chants pittoresques du roman pour étudier avec vous le mot dont je vous ai donné une définition anecdotique.
Nous verrons d’abord les différents caractères que présente l’héroïsme, ceux de l’héroïsme payen et ceux de l’héroïsme chrétien ; après quoi nous considérerons lhéroïsme dans les plus grands types que présentent la religion, la société et la famille.
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Quand on contemple, Mesdames et Messieurs, et qu’on étudie l’homme, cette créature que Dieu fit après s’être inspiré de toutes les merveilles que son génie divin avait fait sortir du néant ; quand, jetant un coup d’œil sur l’histoire du monde et des siècles, on interroge les actes des premiers hommes, comme ceux des hommes qui vinrent après eux, et même nos propres actes ; quand on suit pas à pas la marche des sociétés tant anciennes que modernes, et qu’on parcourre les tristes pages des annales des bagnes et des prisons, ou les glorieuses pages des annales religieuses et. militaires, on est bien forcé de reconnaitre qu’il y a, dans la nature de “ cet ange déchu qui se souvient quelques fois des cieux,” deux êtres parfaitement distincts: un être qui est grand, noble et élevé, et un être qui est petit, rampant et dégradé: produit singulier de cette singulière union, de ce mariage mystérieux de deux principes contraires, dont l’un semble sans cesse tourné vers le pôle négatif du mal, et l’autre, vers le pôle positif du bien ; principe, dont l’un a l’âme pour siége, avec le cœur et ses autres facultés sensibles, et l’autre le corps avec ses organes matériels, siége des bassesses comme l’âme est le siége de la noblesse.
L’un de ces principes répond à cet héroïsme sublime qui relève l’homme et le f::* grand.
La meilleure réponse que l’on pourrait peut-être faire à cette œuvre des Misérables, que l’exilé de Guernsey a puisé dans ses souvenirs amers des misères de l’humanité, serait la peinture de toutes les grandeurs de l’homme, de tous les actes d’héroïsme dont fourmille l’histoire du genre humain. Le tableau des Héros pourrait faire oublier celui des Misérables : ce serait deux peintures que l’homme étudierait et comparerait dans ses loisirs; ce serait deux miroirs dans lesquels il pourrait voir avec quelque surprise deux ombres qui représenteraient sa figure, prise séparement, mais à des époques peut-être assez rapprochées.
L’héroïsme, c’est le reflet du héros ; ce sont les traces qu’il laisse derrière lui, ce sont les tableaux qui re présentent ses nobles actions.
L'héroïsme c’est une grandeur d’âme peu commune ; et cependant l’héroïsme n’est pas le fait seul du guerrier qui tombe sur le champ de batai!le, c’est encore le reflet de la grandeur de la femme, c’est quelque fois celui de la faiblesse de l’enfant; car, Mesdames, l’histoire compte ses héroïnes comme elle compte ses héros; et sil’on a voué un culte aux Regulus, aux D’Assas, on a su mettre a l’abri de l’oubli les Mary Stuart et les Jeanne d’àrc.
Si la Religion. Chrétienne a son divin héros elle a
aussi son héroïne vierge.
La faiblesse comme la force a son héroïsme ; la s0ciété, comme la religion ; et la familie,; comme l’une et
l'autre.
L’héroïsme suppose toujours ia grandeur d’âme dont elle est la plus haute comme la plus sublime expression ; mais la grandeur d’âme ne s’élève pas toujours jusqu’à l’héroïsme. Celui-ci diffère de celle-là en ce qu’il permet d’admirer quelques vertus d’éclat qui excitent votre étonnement et qui vous enlèvent votre admiration.
Ily a l’héroïsme de l’intelligence, l’héroïsme de la sagesse, comme il y a l’héroïsme du cœur et du sentiment. Il y a un héroïsme de paroles comme il ya un héroïsme d’action ; il y a un héroïsme de générosité et de dévouement, comme il y a un héroïsme d’impétuosité et de vaillance. C’est ce dernier héroïsme qui faisait dire à Montesquieu ‘ qu’un héroïsme de principes est plus funeste qu’un héroïsme d’impétuosité.”?
Cet héroïsme a ses grandes figures dans l’antiquité, comme dans les temps modernes ; l’antiquité nous présente Antigone, Cornélie et Eponinne ; les temps modernes nous offrent Mesdemoiselles de Sombrenil et Loizerolle et Madame de Levergne ; ce sont autant de types de l’amour filial, maternel et conjugal.
Chez les anciens il y a Zopyre, chez les modernes Strafford et Malesherbes comme exemple de dévouement élevé jusqu’au plus sublime.
Regulus, Thomas Morus et Duranti sont les héroset les martyrs du devoir civique comme D’Assas, Desilles, que je nommais tout à l’heure, sont les héros et les martyrs du devoir militaire.
L’héroïsme de l'humilité et de la charité chrétienne a aussi de beaux et nobles types dans un Charles Borrommé, dans un Balzance et dans un Vincent de Paul.
L'amitié, ce noble lien, cette belle fleur qui charme la vie en en fesant oublier les douleurs et les peines,
l’amité présente comme type de son héroïsme Damon et Pythias, forçant Denis, le tyran de Syracuse, à reconnaître l’existence d’un noble sentiment, Lauzus et Phanor, arrachant, à un autre {yran, un pardon qu’ils auraient en vain sollicité sans l’acte héroïque qu'avait inspiré leur amitié.
Le Christianisme a donné au monde un héroïsme nouveau, un héroïsme que l’on chercherait en vain dans les annales, pourtant quelque fois si glorieuses, des paiens : c’est l’héroïsme de la vertu. Cet héroïsme défie tous les autres héroïsmes ; ici, comme ailleurs, le christianisme fait pâlir le paganisme ; ici, comme ailjeurs, les héros chrétiens effacent les héros de Rome et
de la Gréce.
Le Paganisme présente plus de fables ; le Christia. nisme plus de vertus encore que d’héroïsme. L'explication de cette différence essentielle est facile à donner: les dieux des payens étaient un mélange ridicule de vices et de passions, le Dieu des chrétiens résume l’idée la plus pure et la plus sublime que l’homme puisse avoir de la perfection.
“Il y a un côté respectable et frappant de notre religion,” a été forcé de dire Voltaire, “c’est le pardon toujours héroïque des injures :” et “ Ja vertu seule,” disait avant lui Massillon, “forme des hommes héroiques. ”
L’héroïsme porte en lui-même un tel cachet de grandeur et les héros laissent quelque fois après eux des traces si éclatantes et si imposantes, qu’on a vu les payens, saisis d’un vertige idolâtre et, ne distinguant pas suffisamment, dans leur intelligence livrée à ellemême, l’héroïsme de la divinité, la grandeur héroïque de la grandeur divine, se prosterner devant des hommes qui s’étaient distingués par quelqu’acte d’éclat.
Le Christianisme, en régénérant les idées, a relevé l’homme, et le Christ, en se fesant héros, a révélé an monde les caractères qui distinguent l’héroïsme de cenx qui distinguent la divinité; en adorant le Dieu du calvaire les chrétiens n’ont pu qu’admirer et vénérer les héros de la terre. Ils ont élevé des autels au premier, mais ils se sont contentés d'élever aux derniers des statues et des monuments.
Chez les Payens le vice plus que la vertu avait son héroisme et ses adorateurs ; chez les chrétiens la vertu plus encore que l’héroisme a ses admirateurs.
En Egypte un roi qui s’immolait pour sa patrie était uu Dieu ; sa tombe devenait un autel, où l’on égorgeait des victimes humaines.
Depuis l'héroisme du Calvaire un homme qui sauve son pays, en payant son salut de sa propre vie, n’est plus un Dieu, ce n’est qu’un héros.
Aujourd’hui il y a un sommet que l’homme ne saurait atteindre ; une grandeur vers laquelle les grandes âmes aspirent inutilement; autrefois ily avait l’immortalité des dieux, aujourd’hui il n’y a plus que l’immortalité des héros.
La religion chrétienne offre à l’admiration comme à l’adoration du morde le plus beau type, le plus beau modèle de l’héroisme que l’imagination du poëte puisse rêver et que le patriotisme le plus grand et le plus sublime puisse demander.
Le divin héroisme du Calvaire efface le plus grand héroisme dont les nations puissent se glorifier. C’est le sublime dans toute sa beauté; c’est la divinité élevant l’héroisme jusqu’à elle tout en s'abaissant jusqu’à l'apparence d’un esclave ;
c’est un homme, résumant en lui seul tout ce que le cœur humain peut avoir de plus sublime et de plus grand en fait de dévouement, ce que l'intelligence peut concevoir de plus hardi et de plus grandiose ; et, s’appuyant sur les forces de la divinité pour mettre à exécution une semblable conception.
J’aime à contempler le génie, j’ai pour ses œuvres un respect qui rendrait quelques fois idolâtre. Jeune encore, j’aimais à aller, le soir, entretenir une lumière au pied de fa statue de ce génie qui fit la conquête du monde et que les souvenirs des récits que j'avais entendus dans mon enfance avaient fait si grand, dans mon esprit d'enfant. Cet homme fut réellement grand, malgré ses fautes ; il avait reçu du ciel un don puissant : celui de pouvoir dominer ses semblables et de leur imposer sa volonté. Cette puissance il sut s’en servir à Ste. Hélène comme à Austerlitz ; dans sa défaite il triomphait encore : ses ennemis ne pouvaient soutenir son regard.
Mais, comment exalter l’héroïsme de nos grands hommes quand on s’arrête, un instant, pour contempler lPhéroïsme sublime de l’humble fils de Marie? Le souvenir d’un homme qui sauve sa patrie, emporte, enthousiasme. Une œuvre grandiose, un empire puissant, fondé par la main d’un homme, excite l’admiration : on se sent transporté, attiré, fasciné, ébloui par tout ce qui est grand, noble et élevé.
Mais l'esprit ne conçoit rien de plus grand, de plus vaste, de plus sublime que l’œuvre de la rédemption ;
rien de plus héroïque que la divine victime qui, il y a ‘bientôt 2000 ans, donnait sa vie pour le salut de la grande nation humaine.
Le divin Héroisme du calvaire a ses autels et ses monuments. Dans le plus riche temple, dans la plus belle basilique comme dans la plus humble chapelle, vous voyez un autel au sommet duquel vous appercevez un monument, représentant une croix à laquelle est suspendue l’image d’un homme ; sur votre route, à travers la campagne, dans tous les pays chrétiens, vous appercevez une croix devant laquelle vous vous découvrez ; c’est là le monument qui redit au monde l’œuvre héroïque et sublime de la rédemption.
Le divin héroisme du calvaire a enfanté l’héroisme de l’apostolat; comme le christianisme avait enfanté l’héroisme de la vertu.
Jl est un homme, Mesdames et Messieurs, que, jeune encore, et sur les genoux d’une tendre mère, que quelques uns pleurent mais dont tous chérissent le nom, nous avons appris à aimer, à respecter, et à vénérer. Il est un homme qui, renonçant aux joies pourtant si belles et si pures de la famille, s’est voué au culte des âmes ; un homme qui en pensant n'être que vertueux s’est fait héros ; le nom de «2: :omime votre bouche l’a
murmuré alors que vous étiez encore enfant ;le nom de cet homme vous l'avez entendu comme une caresse alors que vous regardiez avec vos regards enfantins cet ange qui se penchait amoureusement sur votre berceau comme une ombre mystérieuse, comme un génie tutélaire......cet homme : c’est le prêtre.
Là bas, loin de la demeure des hommes, au milieu d’un bosquet solitaire, tout plein de poésie, s'élève la demeure de cet être mystérieux qui a béni votre berceau comme il bénira votre tombe, comme il a béni la tombe et le berceau de votre aïeul. Cette demeure est à l'ombre du temple, à l’abri des passions, à l’abri de leurs tempêtes ; l’homme qui l’habite a fait un pacte solennel avec la divinité ; et ce pacte constitue son héroisme. Et les passions frappent en vain à la porte de cet asile sacré. La foule s’agite, s'ébranle, s’6meut, se transporte de tout côté, comme les vagues courroucées d’une mer agitée par les vents, mais l'orage gronde, la foudre éclate, le tourbillon passe et resprcte la demeure de l’homme de Dieu.
La poésie a ses charmes et ses grâces comme l’héroisme a ses grandes et splendides beautés. Le sacerdoce à son héroisme comme le sanctnaire a sa poésie.
Où trouver une poésie plus belle que celle qui remplit le sanctuaire? Un temple où s’assemble le peuple pour prier Dieu, une chaire où se répête la parole d'un Dieu qui se fit héros ; un autel où se représente dans une figure emblématique le plus grand acte d’héroisme dont la terre n’ait jamais 6t6 témoin.
. Oui, Messieurs, il y a dans le prêtre un caractère de grandeur qui fait penser à la divinité et qui conduit souvent l’homme qui en est revêtu jusqu’à l’héroïsme. fl y a dans le prêtre quelque chose qui fait instinctive« ment incliner votre front quand vous le rencontrez sur votre chemin ; et l'écrivain qni souille sa plume et fétrit son cœut, en dénigrant le prêtre, ne peut souvent le faire qu’ea invoquant le secours d’une intelligence qui doit le peu de lumière dont elle brille, au zèle dévoué de ce prêtre dont il voudrait faire sa victime.
N’avez-vous jamais pleuré avec les larmes dù cœur, avec une mère dont les pleurs étaient les vôtres, sur le départ d’une sœur unique, demandant au cloître un tombeau et à la religion un abri? Ah! si jamais vous avez versé de ces larmes vous comprendrez l’héroisme que la religion peut inspirer ! Une jeune fille, belle et riche, remplie d’illusions comme de poésie, l’ornement de la maison paternelle et de la société au milieu de laquelle elle vivait, comme elle était la rivale des fleurs du jardin avec lesquelles vous la confondiez quelques fois; une jeune fille à qui le bonheur ouvre des bras séducteurs, à qui l’amour présente ses chastes voluptés; à qui les tendres souvenirs, comme les riches espérances ont souri tant de fois,repousse la coupe enchanteresse
qui se présente à ses lèvres, porte un regard amoureux sur la Madone que la piété a mise à son chevet, gardienne de ses nuits et idéal de ses chastes rêves ; sa lèvre murmure une prière ; elle se relève héroïne. Elle s’arrache aux caresses de sa mère, résiste aux larmes de ses amis et le cloître se referme sur une victime de l’héroisme religieux.
Rome a ses grandeurs historiques ; le reflet de sa gloire a traversé les siècles et vient parfois éblouir encore l’astre pourtant si brillant de notre civilisation. Chaque page de l’histoire de Rome est un tableau vivant où vous voyez apparaître un César, un Régulus, un Brutus,un Auguste,un Pompée ou un Scipion; mais, je vous le demande, qu’admirez vous le plus de Rome payenne ou de Rome chrétienne? quelles sont les annales de cette grande et pompeuse cité qui vous font tressaillir le plus? sont-ce les annales toutes remplies du faste des empereurs, ou bien sont-ce les annales glorieuses, écrites avec le sang des martyrs de la foi chétienne, à la lueur des flambeaux des catacombes ? qui admirez-vous le plus, des persécuteurs ou des persécutés ? Vous qui avez traversé les mers qui nous séparent du vieux monde et qui êtes allés dans la ville éternelle, dites nous sur quelles tombes
vous êtes vous agenouillés de préférence ? dites nous quel monument a fait naître dans votre cœur plus de nobles palpitations? Vous avez sans doute contemplé ces superbes monuments, ces inscriptions pompeuses, ces constructions gigantesques de la pensée et de la gloire humaines qui disent aux voyageurs que Rome . fut puissante et que Rome eut des héros ; mais vous avez fait plus que contempler l’humble pierre qui abrite les cendres d’un martyr, vous avez prié sur cette tombe sacrée, vous avez donné une larme à la mémoire du héros du dévouement ; de cette victime d’une sainte croyance.
L'homme qui meurt pour sa patrie est un héros, s’il meurt héroiquement ; l’homme qui meurt pour une cause qu’il croit sainte est encore un héros, si l’hérois» me inspire ses derniers moments ; mais l’homme qui meurt pour un principe, pour sa foi, pour sa croyance est mis dans la liste des héros, sans qu'il soit nécessaire de chercher une justification du nom qui lui est décerné, dans la légende de son dernier acte.
Voyez vous même ce que c’est qu’un martyr.
L’amphithéatre des Romains eroûle sous le poids de plusieurs milliers de spectateurs ; à la loge impériale apparait un César ; le peuple a frémi et battu des mains ; un jeune homme, encore à la fleur de l’âge, une jeune fille belle et pure comme l’ange, qui voile, de ses ailes, les charmes de sa pudeur alarmée ; ou bien une mère, tenant dans ses bras un enfant de quelques mois, a para dans l'arène. Un mugissement formidable a répondu
au cri que la foule a fait entendre ; un lion apparait à son tour ; l’œil en feu, la tête altière. D'un bond il se précipite sur sa proie et la dévore sous les applaudissements d’un grand peuple.
Vous assistez aux spectacles des Romains ; le lion, le jeune homme, la jeune fille, la mère et son enfant ; voilà quels sont les acteurs de cette sombre tragédie -qui amuse la grande Cité. Le monument que vous contempliez tout-à-l’heure redit les gloires d’un des héros Romaïns que vous venez d’appercevoir dans la loge impériale ; et l’humble pierre sur laquelle vous ‘avez prié, en vous agenouillant respectueusement, re- ‘couvre les cendres d’un de ces héros dont vous retrouwez le nom dans le martyrologe chrétien.
Le clergé catholique a ses martyrs et ses héros comqe il a ses orateurs et ses savants ; et souvent vous avez vu un homme sortir des rangs les plus élevés ‘comme les plus humbles de notre clergé Canadien ; se jeter au sein d’une épidémie qui creusa bien des tom- ‘bes et fit verser bien des larmes parmi nous, et mourir ‘auprès du cadavre livide auquel il avait rendu :4 vie.
Qui de vous n’a pas parcouru avec une attention et ane anxiété fiévreuse les pages ensanglantées de l’histoire de cette hécatacombe humaine qu’on nomme la
Révolution Française? vous avez pu y voir que si le drapeau de la liberté a couvert de son ombre les héros d’une grande armée, il a parfois aussi abrité des Jâches et des bourreaux, et que si la France eût à cette époque ses martyrs d’un patriotisme nouveau, elle eut aussi, ses victimes du dévouement et de la fidélité à la royauté et à la foi religieuse.
Tout en applaudissant aux nobles aspirations d’un peuple on ne saurait s’empêcher de gémir au souvenir: des actes qui leur servirent de trophée.
L’archevêque d’Arles est traqué par une horde d’é- 80rgeurs, ivres de sang et de carnage ; il peut échapper à la mort qui le menace, mais en sauvant sa vie il sacrifie celle de trente prêtres qui le protégent : proportion injuste pour un homme de cœur. Il marche hardiment au devant de ses bourreaux, devenus ses juges et leur dit : “ Je suis celui que vous cherchez et mon sacrifice est fait; mais Épargnez ces dignes prêtres ; ils prieront pour vous sur la terre et moi dans le ciel,”
Un autre illustre prélat, l’'Evêque de Saintes, priait aux pieds des autels pour ses bourreaux qui l’'appe-
laient pour lui faire subir le sort de l’Evêque de Beauvais son ami et son Compagnon, victime du patriotisme révolutionnaire, « Messieurs, leur dit-il, en les bénissant, je ne refuse pas d’aller mourir avec mes frères
mais une balle m’a cassé la jambe, aidez moi à marcher.”
L'œuvre de la propagation de la foi a jeté sur les plages lointaines, au sein de peuples barbares et cruels des eentaines de héros que nous nommons missionnaires et que les sauvages, dans leur langage simple, appellent robes noires ; et la modeste offrande que l'enfant dépose entre les mains de son chef de dizaine, dans la poétique œuvre de la Ste. Enfance, conduit au martyr, en les expatriant et en les enlevant à une famille chérie, ces hommes incompréhensibles qui montent noblement sur un échafaud, pour la consolation de verser
l’eau sainte du baptême sur le front d’un enfant à moitié dévoré par les pourceaux.
Voulez-vous voir encore de l’héroisme religieux ? voulez-vous admirer l’œuvre d’ure grande pensée ? Jetez un coup-d’œil sur ce champ de bataille, le canon gronde, les bataillons Sébranlent, les bombes éclatent, la mitraille écrase des milliers d'hommes et creusent de larges sillons de sang ; la mort est vomie par des centaines de bouches de l'instrument dont le génie de la guerre a doté l'humanité.
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Au premier rang tombe votre père, votre frère, votre ami: vous tremblez! vous frémissez! ah! regardez bien ce carnage ; à travers la fumée, à travers la mitraille, à travers la mort, ne distinguez vous pas cette jeune femme qui, oubliant ses faiblesses, sa frayeur et sa timidité, se penche sur chaque blessé, console son ‘âme, panse ses plaies, soulage ses douleurs et lui parle de sa mère, de son village et toujours avec ces paroles ‘mystérieuses de douceur angélique dont la femme à seule bien le secret ?
Cette femme vous l’avez reconnue, c’est la sœur de Charité, c’est l’humble enfant de ces maisons qui, comme celle que nous possédons ici, sont la joie et l'espé- ‘Trance des pauvres et des malades.
Vous parlerai-je maintenant de ces héros du monastère, de ces hommes qui, comme le dit Châteaubriand,“ chaque jour bêchent leur tombe’? ?
Mais en ne m’arrêtant pas ici je serais trop long et ‘abuserais de la bienveillance que vous prodiguez toujours à ceux qui vous demandant votre attention.
Permettez, Mesdames et Messieurs, que je change de ‘scèneet, qu'après avoir contemplé l’œuvre héroïque d'une pensée religieuse, j’étndie l’héroisme dans la s0-
ciété pour arriver ensuite aussi promptement qu sera possible, à l’héroisme dans la famille,
La société vous montrera l’honime d’état, le soldat, l’orateur, le médecin et l'écrivain ; la famille vous présentera à son tour comme sa plus belle et sa plus gracieuse figure, la femme, épouse et mère.
Une société, dans un sens général, se compose de: trois êtres distincts qui se complètent mutuellement. L'un demande la liberté, l’autre la conseille en loffrant épurée du soufle des passions, le troisième Paccorde. Le premier s’appelle le peuple, le second le ministre, le troisième le pouvoir. Voilà l’idéal que je me fais de toute société bien organisée.
Le peuple aspire vers la liberté comme à un droit, comme au bonheur ; être esclave ce n’est pas vivre ; mais la liberté n’est pas la licence ; et voilà la raison d’être d’une autorité, d’un pouvoir qui doit représenter : le peuple et par conséquent la liberté.
Mais le pouvoir est par fois éloigné du peuple et souvent vous appercevez de grandes distances, des distances difficiles à franchir, entre le peuple et les abords du pouvoir : dans cette distance vous placez le ministre et alors vous pouvez la franchir sans crainte si le devoir: et le patriotisme inspirent ce dernier.
il me-
Il est bien vrai que vous vous exposez peut-être à ce que le ministre devienne pouvoir. Mais vous seriez encore plus à plaindre si le pouvoir devenait ministre. Il y a entre ces deux existences une ligne de séparation qui ne s’est jamais brisée impunément pour la li-
berté des peuples. Lessociétés posenttoujours leur existence entre deux abîmes qui s’évitent difficilement : l'anarchie et le despotisme ; abîmes que la fable représente, avec un esprit satyrique, dans les classiques Casibde et Scylla.
L'homme d’Etat c’est l'âme de la société, c’est le génie qui la protége, c’est l'intelligence qui éclaire, c’est la pensée qui l’anime. Il se trouve alternativement dans le ministre et le pouvoir. En France il est dans le pouvoir, en Angleterre il est dans le ministre, ici, il est un peu nulle part et partout. Il est rare qu’il soit concurremment dans les deux, ilest rare aussi qu’il s’en rencontre plus d’un dans une génération, au sein d’un même peuple.
L’homme d'Etat s’élève quelquefois jusqu’à l’héroisme, mais il est rare que cet héroisme soit reconnu avant sa mort. Les haïines qui ont entourré son existence publique ne disparaissent que sur son tombeau ; il ne reste alors de lui que la grandeur de ses œuvres et l’héroisme de ses idées.
L’homme d’Etatest quelquefois héros, mais c’est quelquefois un traitre ; héros, quand il combat avec la force de son puissant génie contre les ennemis de la patrie, tant contre ceux du dehors que contre ceux du dedans; traitre quand il prostitue son intelligence au service de la tyrannie et de l’anarchie ; quand il la prostitue pour asservir sa patrie et lui ravir des libertés qu’elle n’a conquises qu’en répandant son sang le plus pur et le plus généreux.
L’homme d’Etat s’appuie sur le soldat, la force intel
lectuelle s’appuie sur la force physique, sur le courage et le dévouement ; l’homme d’Etat donne la liberté au pe uple, le soldat en fait la conquête sur le champ de bataille. L’homme d’Etat c’est la pensée, le soldat c’est l’action.
La patrie va périr, l’ennemi est aux frontières, il est puissant et terrible, il s’avance fier et menaçant.
Le peuple est consterné, gémit et implore le Ciel pour sa liberté et son bonheur. La mort est son partage ou les fers son ignominie: ses champs, ses mois- ‘sons, ses villes, ses temples, son commerce, ses richesses, son existence nationale; tout est voué à la des-
truction, encore quelques instants et ce peuple n’existe
plus, son nom est rayé du livre des nations.
Un homme sort de la foule, il s’arrache des bras d’un vieux père courbé par l’âge et les infirmités, d’une d’une épouse dont il est le seul soutien, l’unique
(A . me ressource ; cet homme saisit la vieille épée de ses ancêtres, illustre trophée de sa famille ; s’élance vers la frontière, fait face à l’ennemi qui foule audacieusemeut le sol de la patrie : lui résiste, l’arrête et le repousse ; il tombe criblé de mille blessures, mais son cadavre est un rempart que l'étranger épouvanté n’ose franchir. C’est un héros! un laurier ceint son front; la gloire transmet son nom ; et voilà soldat.
Il y a des conditions dans la vie qui sont belles et grandes, celle du soldat est plus que tout cela, elle est héroïque. Affronter les périls, verser son sang, marcher à la mort en chantant un refrain du pays ; souffrir la faim, n’avoir d’autre couche qu’un champ de bataille d’autre atmosphère que l'atmosphère de la poudre, n’obéir à d’autre voix qu’à celle de la trompette et du canon, n'avoir d’autre abri que le ciel; il y a dans tout cela quelque chose de grand, de sublime qui conduit de soi à l’héroisme.
Un général dit à un soldat ; ‘“ soldat, tu iras te placer à la tête de ce pont, tu y resteras, tu y Mourras, nous passerons”.— Oui, mon Général, ” repond le soldat.
Bayard mourant, couché au pied d’un arbre et contemplant le champ de bataille où ses heros tombent en murmurant son nom, répond au Connétable de Bourbon qui s’est jeté dans le parti de Charle-Quint et des ennemis de la France, et qui, voyant mourir un si grand homme, laisse tomber une larme de regret : ‘ ce n’est pas moi qu’il faut plaindre mais vous qui portez les armes, contre votre Roi, votre patrie et votre serment.””
Vous connaissez tous le calembourg sublime du brave général Foye : ‘ Je ne connais pas les Jeux de la bourse,” dit-il à un ministre qui lui reproche d’exposer les intérêts financiers de la France, “ je ne joue moi qu’à la hausse de l’honneur national.” C’est le même. qui disait: ‘“ du cœur d’un soldat peut bien sortir la. colère mais jamais la traitrise.”
A Waterloo l’armée anglaise plie ; la victoire sourit traîtreusement à Napoléon. Appuyé à un grand orme, situé un peu en avant du vieux moulin du Mont St.Jean, Wellington se tient froidement héroïque comme dit un grand écrivain, parlant de Waterloo, Gordon est tombé; les balles, les boulets et la mitraille pleuvent autour du général anglais; Lord Hill lui dit : Milord quelles sont vos instructions et quels ordres vous vous faites tuer ?
Wellington .”?
nous laissez-vous si “De faire comme moi répond
Le cri de la vieille garde Française retentit encore aux oreilles des vétérans qui l’entendirent, Na. poléon est enfermé dans un carré, formé par cette héroïque phalange de braves, la terreur et l'admiration des étrangers. Druot, alors général de brigade, depuis Wagram, est à ses côtés avec Bertrand, Ney, Sout et quelques autres. L’anglais s’avance terrible ; Au cri: rendez-vous ! Le héros de la garde répond: « La garde meurt mais ne se rend pas.” néraux met la main à l'épée : moment pire croule pour la deuxième fois,
Vous avez pu lire dans l’histoire des guerriers, sous Charles VI, la répartie héroïquement spirituelle, de ce jeune soldat de 18 ans, nommé Boucicaut qui, à la bac taille de Rosbecque où les français furent victorieux, s’attaqua à un Flamand d'une taille gigantesque. Le . géant, d’un seul coup, fait sauter la hache des mains du jeune soldat et lui dit: « va petit, va te coucher dans ton berceau et reposer sur le sein de ta mère. Les
Chacun des gésolennel : l’em-
Français, sans doute, ont faute de gens qu’ils mènent des enfants en bataille.” Boucicaut tire sa dague et lP’enfonce sous le bras du Flamand qui tombe à la renverse : ‘‘ Et les enfants de ton pays, dit-il, s’amusentils à de tels jeux ? ”
Dans la journée du 5 juin 1881, raconte Victor Hugo, un jeune homme du nom de Jeanne, défendant une barricade, dit à ses amis qui, épuisés de fatigue, demandent à manger : ‘“ Manger! à quoi bon? il est 3 heures, à 4, nous serons morts ! ”
On discute la prise des isles de Lérins, dans cette fameuse guerre que Louis XIII soutint en 1637. Daguerre, dont l’a is est demandé sur cette capture réputée impossible, dit au comte d’Harcourt, commandanten chef de la flotte française : “si vous me dites que le soleil pénètre dans ces isles, mon régiment saura bien y descendre.”
Je n’en finirais pas, Mesdames et Messieurs, si Je voulais illustrer cette lecture de toutes les saillies héroïques qu’on rencontre partout en parcourant l’histoire des massacres et des guerres. Il me faudrait parler des Machabées, de ces héros de la Bible; de la glorieuse légion Thébéenne, de ces dix mille hommes, se laissant égorger, plutôt que d’obéir aux ordres injustes et contraires à la foi chrétienne que leur donne Maximien; de Beaudoin, Raymond, St. Gilles et St. Louis, de ces héros des Croisades; de ce Simon de Montfort, le vainqueur des Albigeois, en 1213; de Condée, ce grand guerrier chanté par un grand orateur; du mo-
deste Turenne qui disait après une défaite : ‘ j'ai perdu,” et après une victoire: “nous avons gagné’; d'Alexandre avalant la potion préparée par son médecin et dite empoisonnée ; il me faudrait aussi rappe- Jer Léonidas et ses trois cents Spartiates, répondant à Xerxès qui leur demande de livrer les armes: “ viens les prendre ;” maïs il est temps que je m’arrête dans cette nomenclature.
Qu'est-il besoin d’ailleurs, Messieurs, d’aller si loin chercher des actes d’héroïsme ? n’avons nous pas en Canada nos plaines d'Abraham, Carillon, Châteauguay, et St. Denis ? n’avons nous pas nos Champlain, nos Montcalm, nos Iberville, nos Salaberry et nos Nelson.
Oui, Messieurs, nous avons nos gloires nationales ; notre histoire a ses grandes figures comme elle a ses pages remplies de larmes et de deuil.
Si vous voulez ajouter une nouvelle admiration à toutes celles que vous avez déjà pour la femme Canadienne ouvrez l’histoire des premières années de cette Colonie, et vous verrez madame Verchères et sa fille sauver, par leur intrépidité et leur héroïsme, sauver deux fois le fort qui portait leur nom.
Souvent vous rencontrez sur votre chemin des vieillards courbés par l’âge et la misère, nobles et vieux dé-
bris de nos glorieuses légions, de cette illustre phalange qui, en 1812, à Châteauguay, renouvelèrent le drame héroïque des Thermopyles. Sous de vieux haillons vous voyez encore briller la médaille des braves, unis que et sarcastique récompense que la reconnaissance d’Albion accorde à ses héros.
Je pourrais vous demander avec le Général Foye : ‘ Qui de vous n’en rencontre pas tous les Jours qu’une noble pudeur force à cacher sous leurs vêtements dé. labrés des rubans que leur sang a rougis? qui de vous n’a pas déposé le denier de la veuve, dans les mains mutilées par le fer de l’ennemi ?”
Le cri d’indigence, Messieurs, que fait entendre le vieux soldat qui vous demande l’aumône est un cri accusateur, la médaille d'argent qu’il porte sur sa poitrine est un sarcasme sanglant jeté à la face d’une nation qui laisse crever de faim les héros qui se sont fait mutiler pour défendre son drapeau.
Triste émulation que celle qui est donnée au soldat de l'Angleterre, triste récompense promise à ces braves volontaires Canadiens qui se lèvent de toutes les parties du pays, de tous les hameaux, comme de toutes les villes de notre belle patrie, pour défendre des frontières quise vendent au rabais et à cinquante milles livres sterling dans le Parlement Anglais.
Le médecin présente un type d’héroïsme qui atteint quelques fois le sublime : type d’autant plus digne d’'admiration qu’il est plus modeste. Le médecin comme le soldat combat ; mais celui-ci donne la mort, celui-là l’éloigne et la repousse ; l’un coinbat avec le {er l’autre avec la science et le dévouement. Car s’il y à un peu de raison, il y a encore plus de malice, dans cette annonce d’un prétendu médecin de New-York, qui fesait savoir, avec eMmpressement,au public que pour la plus grande commodité de ses clients, il avait placé son bureau tout près du cimetière.
Le médecin c’est l’ami de la famille, l'espérance d’un père, d’une mère, d’un époux, d’une épouse, d’un frère, d’une sœur, d’un ami qui tremble de perdre un être chéri sur lequel la maladie a empreint de doulou- Teux ravages, que la mort a déjà marqué de son terrible sceau.
Sur le champ de bataille à côté de la Sœur de charité, que vous admiriez tout à l’heure, vous apercevez le médecin que le dévouement conduit et retient sous la bouche des canons,
Sivgulier rapprochement ! à côté du soldat qui donne la mort se trouve le médecin qui la combat et la Sœur de charité qui la rend douce.
Peu de professions demandent autant de force d’âme que celle du médecin ; peu aussi, il faut bien l'avouer, exigent autant de désintéressement.
Le médecin est au chevet du moribond avec le prêtre ; comme ce dernier il assiste l’homme à son berceau et à sa tombe. |
Dans les épidémies, l’homme de art s’élève souvent jusqu’à l’héroïsme ; souvent il tombe victime de son zèle et l’homme qui a sauvé tant de malheureux ne
saurait se sauver lui-même.
Si vous voulez maintenant, Mesdames et Messieurs détourner vos regards de ces champs de baixilie, ou vous n’avez pu admirer l’héroïsme du soldat qu’à travers un nuage de sang et, l’héroïsme du médecin qu’à travers les larmes d’une famille ; si vous voulez reposer vos regards fatigués, portez les sur cette chaire, sur cette tribune ou sur cette puissance qu’on nomme la Presse ; ici vous apercevrez l’Orateur et Ecrivain.
La tribune et la presse ; voilà deux grandes puissances qui souvent font et changent les destinées des nations modernes; qui tour-à-tour rappellent les peuples au devoir et les conduisent aux excès.
L’orateur et l’écrivain atteignent l’héroïsme quand, combattant pour la patrie, ses droits et ses institutions, ils ne craignent pas d'exposer leur fortune et leur vie, au soutien d’une si noble cause. L’oppression menace, la tyrannie fait violence, mais vous voyez un orateur,
vous voyez un écrivain, rester fidèle à son devoir tenir ferme, lever hardiment la tête en face des oppresseurs et soutenir une nation déjà prête à fléchir.
L’éloquence présente différents caractères: il y a l’éloquence sacrée, l’éloquence du patriotisme national et l’éloquence du barreau.
La première a des types parfaits dans un Paul, dans un Tertullien, un Jean Chrysostome et un Bossuet ; et Ja seconde et la troisième, dans un Démosthène, un O’Connell etun Malesherbes.
Le tonnerre de la révolution ébranle et le ciel si pur et le trône si beau de la France. La royauté lutterait en vain, car elle a faibli, un instant. On veut créer un tribunal qui décrétera la mort du roi. Les ministres ont un moment de sublime audace ; ils veulent détruire la foudre de la révolution, en détruisant l’assemblée qui la nourrit et la fomente. On menace, Mirabeau saute à la tribune et de sa voix dont l’insolence le dispute à l’éloquence il prononce ces paroles qui font trembler et le roietses ennemis : ‘ Allez dire à votre maitre que nous sommes ici par la puissance du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes .”?
Le sublime devient quelquefois de l’héroïsme ; c’est quand, inspiré par une situation qui met en danger sa vie, l’orateu: brave et menace cette même situation.
Le clergé Français, outragé et affaibli, se voit ravir une à une toutes les prérogatives qui ont fait sa force en même temps qu’elles ont crée des haines contre lui.
cf
Chasset, digne successeur de Chabrand chargé de faire le rapport du comité anti-ecclésiastique qui décrète le dépouillement du Clergé d'Alsace se présente devant l'assemblée avec sa prévention et sa haine. Les conclusions du rapport reçoivent l’approbation enthousiaste d’une majorité fanatique. Tout est perdu, personne n’ose reclamer ; au pied de la tribune se dresse un écha faud ; cependant l’abbé Maury prend la parole, sa vuix tremble mais son cœur est sûr et son dévouement, ferme ; et dans un de ces transports d’héroïsme qui s'emparent de l’orateur comme du soldat : ‘‘ je ne vous dénonce pas aux tribunaux, dit-il, puisque vous êtes inviolables, mais je vous dénonce à l'opinion qui vous doit une justice exemplaire de votre audace et de vos lches persécutions. Je vous dénonce à la France entière dont vous profanez la confiance et dont vous déshonorez le caractère national.”
C’est le même Orateur qui prononçait ces paroles dans une improvisation sublime qui le fit l’égal de Mirebeau : “ Messieurs, il est dangereux de faire des martyrs ; ilest dangereux de pousser à bout des hommes qui ont une conscience, des hommes qui sont disposés à rendre à César ce qui appartient à César, mais qui sont aussi disposés à rendre à Dieu ce qu’ils doivent à Dieu et qui en préférant la mort au parjure vous prouveront, par l’effusion de leur sang, que s'ils n’ont pasété assez heureux pour concilier votre bienveillance, ils savent du moios mériter et forcer votre estime .”?
Belle et noble éloquence, Mesdames et Messieurs,dont
nous chercherions en vain l'écho de nos jours, dans nos enceintesvarlementaires,ou impunément s’engloutissent et meurent, au gré des exigences d’un parti, les coustitutions des peuples avec leurs droits et leurs libertés ©
‘ Debout sur le sol de la patrie, dit Timon, ayant les cieux pour dôme, la vaste plaine pour tribune, un pew ple immense pour auditoire, pour sujet ce peuple, toujours ce peuple, et pour écho les acclainations universelles de la multitude, pareilles au frémissement de- : la tempête et au roulement des vagues sur les sables et: les rivages de l'Océan,” le grand 0’Connell devient ur héros à l'instar du peuple martyr pour lequel il combat.
A la chambre des Communes il regarde en face ses adversaires et les ennemis de sa pauvre et chère Irlan-de, et leur dit : Je ne commettrai jamais le crime de désespérer de mon pays : et aujourd’hui me voilà debout dans cette enceinte, vous répétant les mêiues: plaintes, vous demandant la même justice que reclamaient nos pères ; mais non plus avec la voix humble et suppliante, mais avec le sentiment de ma force et avec la conviction que l'Irlande désormais saura faire pour vous ce que vous aurez refusé de faire pour elle....qu’est-ce qu’une union avec vous? une uniom sur des parchemins, eh bien ! nous mettrons ces parchemins en pièce et l'empire séra scindé.”
Un jour il dit dans une assemblée publique: “Si, par:hasard, le parlement était sourd à nos prières alors: nous ferions appel à la nation anglaise et si celle-ei elle-même se laissait aller à d'aveugles prétentions nous:
centrerions dans nos montagnes et nous ne prendrions conseil que de notre énergie, de notre courage et de notre désespoir.”
Noble présent des Cieux, Mesdames et Messieurs, qu’un homme qui lutte contre les tyrans de sa patrie et triomphe avec son éloquence seule ; qu’un homme qui, s’il ne saurait arracher ses compatriotes à la mort à laquelle la fatalité semble les avoir voués, ni briser les chaines qui les attachent à leur triste destinée, leur permet du moins de croire que leur nom ne mourra pas entièrement et que leur nationalité n’est pas tombée avec ses derniers héros.
Il y a dans ces paroles de Pagés, l'élève et l’héritier de Benjamin Constant, une indépendance de caractère tellement héroïque, que je ne puis résister au plaisir de {es citer. ‘“ Esclave de toutes les lois justes,” dit-il, dans la séance du 13 Mars 1834, en repoussant une loi contre les associations, ‘ ennemi de toutes les lois iniques, entre les persécuteurs et les victimes je ne balancerai jamais ; je ne connais pas de pouvoir humain qui puisse me faire apostasier Dieu, humanité, la France ; je désobéirai à votre loi pour obéir à ma conscience .”
Le langage a son héroïsme dans toutes les classes ; l’éloquence n’est pas exclusive ; elle prête ses armes au pauvre comme au riche, à l’ignorant comme au savant, même vous trouvez dans l’humble demeure du paysan une éloquence sainte et sublime ; sans art mais puissante.
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Victor Hugo a peint en quelques lignes, dans Lucrèce Borgia, une scène belle par le charme du style et imposante par les paroles héroiques qu’il met dans la bouche d’un de ses acteurs.
Gennaro que se disputent à l’envie l’amour maternel et la mort, est en présence de ces deux tyrans personnifiés dans Lucrèce Borg'ia et dans Don Alphonse, Duc d'Este. Gennaro, ignorant sa noble origine a porté.une main sacrilége sur l’écusson de Lucrèce, et, pour satisfaire une haine insensée, est devenu sacrilège en profanant le nom de sa mère qu’il ne connaissait pas.
Lucrèce Borgia demande à Don Alphonse la mort de l’audacieux qui a touché à l’honneur de ses armes, et à peine le Duc a-t-il signé l’acte qui doit ouvrir une nouvelle tombe que la mère infortunée reconnait son fils dans celui qui va mourir.
Gennaro parait devant ses deux bourreaux.
Lucréce le supplie,;au nom de sa mère, de sauver sa vie par un mensonge ;‘‘ dites un seul mot, il vous rend
. à la liberté au bonheur, et à vos amours,” lui dit-elle.
Gennaro lève fièrement la tête et quand le Duc lui demande: si c’est lui qui est le coupable, il répond avec une héroïque grandeur : ‘“ Duc Alphonse, les pêcheurs de Calabre, qui m’ont élevé et qui m’ont trempé tout jeune dans la mer-pour me rendre fort et haraï, m'ont enseigné cette maxime avec laquelle on peut risquer sa vie, jamais son honneur ; ‘ fais ce que tu dis, dis ce que tu fais.” Duc Alphonse, je suis l’homme que vous cherchez.”
XXH.
Comme la tribune Française, Mesdames et Mes.
sieurs, la tribune Canadienne a eu ses héros. Les pages de notre histoire sont richement illustrées, des paroles héroïques que prononcèrent dans les mauvais jours de notre existence nationale, les défenseurs de nos (iroits : les Bédard, les Lafontaine, les Morin et les Papineau. Le nom de ce dernier restera longtemps après sa mort dans le souvenir des cœurs patriotiques qui aiment à sa rappeler nos grands hommes ; et, malgré les dissidences qui ont pu s’élever plus tard entre sa manière de penser et celle d’autres hommes, ce serait être aveugle ou injuste que de contester à l’Honorable Louis Joseph Papineau les titres qu’il possède à l'estime et à la vénération de ses compatriotes, C'est une belle figure nationale, un beau type d’orateur et de patriote, c’est un de nos hommes publics qui a fait le plus pour la conservation de cette belle nationalité française dont nous sommes si fiers, de cette belle langue que nous parlons avec tant de bonheur, de cette foi que nous nous faisons gloire de professer.
Il y aurait de belles pages'à couvrir avec les paroles héroïques que nos grands hommes prononcèrent en ces jours de deuil national, où une nation puissante, oubliant l’henneur de sa parole et les serments des traités, cherchait à bannir la langue française des enceintes parlementaires, et à ravir les derniers lambeaux des
libertés d’un reuple qui avait versé son sang .sur le champ de bataille, à côté de l’anglais, pour la défense d’un drapeau vainqueur devenu le drapeau d’un oppresseur. Les fameuses 92 résolutions dont la pensée est attribuée au chef du parti national et, la rédaction à l'écrivain de ce noble parti, Monsieur le juge Morin, m’apparaissent comme le plus beau monument de l’héroisme de nos hommes publics de cette époque malheureuse, (1)
Le docteur Nelson, dont la tombe vient à peine de se fermer, est un de ceux dont la conduite fut la plus noble et la plus courageuse.et dont la parole fut la plus héroique. Le vainqueur de St. Denis était encore en Charabre en 1849, quand vint la question du Bill d’indemnité. La discussion fut vive, acerbe ; on alla jusqu'à prononcer le mot de rRatTRe. Îci le noble vieillard se leva et prononça ces paroles énergiques qui respitent:la colère d’anbrave se sentant'outragé : “ Ceux qui appellent mes amis et moi TRAITRES en ont menti par la gorge; et ici et partout ailleurs, jé me porte responsable de cette assertion. Mais, Monsieur l’Orateur, si aimer ma patrie presqu’autant que moi-même, si être artdemment attaché à la couronne d’Angleterre et à notre glorieuse Souveraine est un crime de haute
(1) Ce'grand citéyen répose dans: la tombe depuis quelques jours, La ‘mort de l’honorable Monsieur: Morin a causé un deuil public car elle a‘enlevé au pays une de ses plus belles illustrations.
trahison, alors je suis un traître et un rebelle. Je dirai à ces messieurs, je leur dirai à leur face, que ce sont eux et leurs semblables qui amènent les révolutions, qui renversent :"s trônes, trainent les diadêmes dans la boue et détruisent les dynasties. Ce sont leurs vils actes qui soulèvent les peuples et les poussent au désespoir. Pour ce qui est de mes grandes pertes, faites de gaieté de cœur comme elles l'ont été, gaiement je les abandonne et ne fais aucune réclamation pour elles ; mais je fais un appel auprès de vous afin que vous payiez les propriétés que vous avez détruites dans mes mains ; pour moi je suis heureux, car j’ai la confiance qu’avec la protection de la Providence, je pourrai encore vivre honorablement avec mes propres ressources, payer mes dettes, tout avancé en âge que je suis. Mais ily a des centaines de personnes dont les espérances: sont moins encourageantes que les miennes, dont le seul crime fut d’avoir eu confiance en l’homme qu’ils aimaient ; indemnisezces pauvres malheureux, je ne: demande rien de plus.”
Un de nos meilleurs écrivains Canadiens s’est montré héroiquement courageux dans ces jours, où une parole patriotique était punie par la mort ou par exil: je veux parler de ce vétéran de la presse canadienne qui, en 1837, tenait la plume éditoriale du Canadien, cette, gloire de notre journalisme. “ Canadiens, disait-il, on travaille à vous forger des chaînes ; il semble que l'on veuille vous anéantir ou vous gouverner avec un
sceptre de fer. Vos libertés sont envahies, vos droits.
violés, vos priviléges abolis, vos réclamations méprises, votre existence politique menacée d’une ruine totale...... Voici que le temps est arrivé de déployer vos ressources, de montrer votre énergie et de convaincre la mère-patrie et la horde qui depuis un demi siècle vous tyrannise dans vos propres foyers, que si vous: êtes sujets, vous n’êtes pas esclaves.”
Il y a une grandeur héroïque dans les dernières paroles du brave chevalier de Lorimier qui restent comme un sarcasme jeté à la face de ses bourreaux. Il termine ainsi son testament politique qu’il laisse comme un dernier souvenir à sa patrie : ‘* Quant à vous, mes compatriotes, puisse mon exécution et celle de mes compagnons d’infortune vous être utile. Je n’ai plus que quelques heures à vivre, mais j’ai voulu prrtager mon temps entre mes devoirs religieux et mes devoirs envers mes cornpatriotes. Pour eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier : Pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, de mon épouse chérie : et pour euxje meurs en m’écriant: vive la liberté ! vive l'indépendance ! ”
Nobl: et saint héroisme, messieurs, que celui d’um homme, qui monte fermement sur un échafaud et donnegénéreusement sa vie pour le salut de sa patrie opprimée. |
Comprenez-vous ce qui donne assez de force à un homme qui se sent fort et jeune, qui a une femme, des enfants et des amis, ce qui lui donne assez de force pour monter de lui-même sur un échafaud, sans que ses.
bourreaux le soutiennent, sans que ses forces le trahis. sent ? !
Nous chercherions en vain l'explication de ce mysière étrange, de ce phénomène de courage humain, si nous a’avions pas, dans notre jeunesse, sur les genoux de notre mère, entendu l’histoire sublime du divin h6roisme du calvaire, La croix est une inspiration comme elle est une force : elle a fait vaincre Constantin ; clie a soutenu les martyrs de notre nationalité comme elle avait inspiré les martrys de la foi chrétienne.
Je ne puis passer à la dernière partie de ma lecture sans dire un mot de ces hommes héroïques que l’on aperÇoit dans toutes les villes, au milieu d’un incendie ; de ces braves pompiers qui exposent si généreusement lsar vie pour sauver la fortune et la propriété de leurs
‘oncHOYEns .
Et sous ce rapport, Messieurs, je crois que St. Hÿacinthe peut se glorifier de son organisation de pompiers; nos braves compagnies nous: ont prouvé, en maintes
#ecasions, ce que le courage et le dévouement pou-
“aient leur inspirer.
Parler de la femme, Messieurs, c'est être assuré d’avance d'être compris de l’homme ; parler de sa beauté c’est patler d’une puissance dont les plus jolies de nos
faiblesses rendent volontiers témoignage, parler de sa constance, c’est, peut être, toucher une corde délicate et éveiller des souvenirs où il pourrait bien y avoir un peu d’amertume, comme c’est peut-être s’exposer à quelques uns de ces regards suppliants qui n’admettent pas de résistance ; mais parler de l’amouride la femme, de la beauté de ses sentiments, de la grandeur de son dévouement, de la sublimité de son héroisme : c’est prévenir toute critique ; c’est aller au-devant de toute contradiction. L'amour de la femme,’ comme épouse et comme mère, est un type d’héroisme que nous pouvons plus admirer que comprendre ; l’amour de la femme flatte toujours, même quand il rend victime d’une trop grande confiance.
En arrivant à cette dernière partie de ma lecture, je sentirais rigoureusement la nécessité de m’excuser auprès de mes aimables auditrices pour ne parler d'elles qu’en dernier lieu, si je w’espérais avoir une justification dans la coutume que chacune de vous, Mesdames, met en pratique avec tant de grâces, de ne présenter, à ses hôtes, que les derniers de tous, les fruits les meilleurs et les plus suaves.
Si cette excuse ne me justifiait pleinement, je serais forcé de recourir à un procédé rigoureux de recuser les juges que je me choisissais au commencement, et de demander protection à mes co-hommes qui, j'en suis sûr, me pardonneraient volontiers, d’avoir gardé pour la dernière, la plus belle fleur que l’héroïsme puisse leur . présenter.
:« Les femmes dans leur faiblesse.” dit Dainville, auteur des Reautés de PHisioire du Canada, “ les femmes trouvent souvent en elles un courage, une résignation, une patience dont serait fier le sexe dominant, le sexe de la force et de la guerre ......:: ....tout ce qui est dévouement, sacrifice, héroïsme est facile aux fem: mes plus irritables et plus sensibles.”
y a de l’héroïsme dans les douleurs comme dans l'amour de la femme ; elle “ si faible, si fragile, qu’un léger souffle Pagite comme la liane sur $a tige ” résiste avec une force qui étonne, avec une persistance qui vous fascine, avee un héroïsme qui vous transporte, aux souffrances, à l’abscence, à la misère même quelque fois.”
Et, contraste singulier! caprice incompréhensible d’une belle nature ! dans les petitschagrins ; la femme pleure, gémit et souffre, dans les grandes douleurs elle g’exhaltera jusqu’à l’héroisme. Refusez à votre femme un cachemire, un ruban, un diamant, vous la ferez pleurer ; que la misère lui refuse les choses nécessaires à la vie, quelque fois le pain, vous la verrez 8e redresser en face de l’infortune et jui refuser ces larmes dont un rien l’a trouve si prodigue.
‘La mort, le temps et V’inconstance font souvent une héroïne de la jeune fille et de la femme.
Proud’hom, parlant, dans son étude analytique des forces morales de la société, parlant de la femme, de celle ‘que l’univers adore, que l’enfance ne peut regarder sans extase, l4 vieillesse, sans regrets,” dit : ‘ Je
me souviens d’avoir vu dans le frontispice de je ne sais quel livre d’érudition, une vignette représentant Hercule avec ces mots: Labore et constantia. Oui, l’homme a la fotce ; mais cette constance dont il se vante en sus, il la tient de la femme. Constance, patience, longue espérance, sont surtout la vertu des faibles, c’est leur force. L’homme dans l’adversité d’abord s’irrite, bientôt se rebute ; la femme pleure et dans ces pleurs de la femme il retrempe son courage. Par elle il est donc constant et apprend le véritable héroisme, A l’occasion elle saura lui donner l’exemple: alors elle sera plus sublime que lui, l’amazone l’emportera sur le héros car elle est la force dans:la faiblesse :
Et dans un faible corps s’allume un grand courage.
L’opinion de cet écrivain, sur la constance des femme, les venge d’une épithète désagréable que les hommes leur présentent souvent dans ces moments où la déception les rend injustes.
L'amour de la femme porte un cachet de tel grandeur qu’elle fera volontiers pour celui qu’elle aime les sacrifices les plus pénibles, les plus douloureux ; vous la verrez sacrifier tout : parents, amis, richesse et quelque fois même jusqu’au bonheur,
Voyez la femme dont un accident, un revers de fortune a plongé le mari du sommet du bien être dans la plus extrême des misères ; elle qui aurait besoin de force et de consolations, en distribuera à tous ceux qui l'entourent, c’est elle qui consolera la famille ; c’est elle qui séchera les larmes qu’elle voit verser autour d’elle,
La femme n’a alors de pleurs que pour elle-même, pour ceux qu’elle aime elle n’a que le sourire, l'espérance, le bonheur.
Quand la femme aime c'est en héroïne qu’elle le fait. Pas de ‘craintes; ses caresses seront vraies comme sa beauté : c’est que la femme, voyez-vous, loyale elle-même, croit toujoure confier son amour à l'honneur et à la loyauté.
Voyez l’héroïsme de cette femme qui est obligée de subvenir elle-même, par son travail seul, aux besoins de sa famille dont le chef croupit dans la paresse et la débauche. Ce malheureux reviendra à la maison ivre et brutal ; il deviendra même lâche au point de lever une main sacrilége sur cet ange qui aura, pourtant encore, un sourire à donner à cet être dégradé. Et si vous pénétrez dans le cœur de cette femme vous y trouverez un reste d’amour pour celui qui l’a outragée.
L'amour c’est la vie entière des femmes ; c’est toute la femme : or l’amour c’est un héroïsme.
“ Excepté Dieu, a dit Leroux, l’amour est la plus grande chose qui ait un nom dans la langue humaine et la plus sainte et la plus intelligible en son mystère infini. L'amour est l’essence de la religion, de la sociét6.”
La femme est grande surtout par le cœur; elle est faite pour aimer, ajoutons, qu’elle est surtout faite pour être aimée. La femme n’est pas faite pour les dangers, pour payer de sa personne sur un champ de bataille ; elle n’a pas d’ennemis à combattre ; les femmes
n’ont d’autre guerre à subir que celle quel’on fait à leur cœur. Etsi'la résistance est de lhéroïsme, certaines femmes sont de grandes héroïnes dont les victoires ont quelque fois couté bien des larmes.
“ L'Histoire, dit Belouino, dans son incomparable ouvrage intitulé “ La Femme,” l’histoire a bien inscrit dans ses fastes les belles actions et les glorieux faits d'armes de quelques héroïnes qui s'élèvent pour quelques instants au-dessus de la faiblesse et des sus« ceptibilités de leur sexe, étonnant par leur bravoure et leur intrépidité. Les faits sont exceptionnels et prouvent que l’enthousiasme fait parfois des miracles ; mais ils n’établissent point que la femme soit faite pour la guerre et les combats ; c’est sur un autre terrain qu’elle montre son courage. ”
“ L’amour des mères, continue le même auteur, est le seul peut-être que rien n’efface, pas même la honte, pas même le crime ; etquand un malheureux, déshérité d’honneur, couvert de mépris, flétri de condamnation, jette un regard dans son passé et voit avec horreur, avec effroi le vide qui s’est fait autour de lui, un rayon consolateur brille dans cette obscurité ; C'est l’amour de sa mère qui plane encore sur lui comme Pange gardien du pécheur : elle est là la pauvre mère, voilée de douleurs et pénétrante des méfaits de son fils, Elle seule est entre lui et son Dieu qu’elle implore.”
Parler de l’amour maternel, Mesdames et Messieurs, c’est éveiller bien des souvenirs, doux sou venirs, souvenirs du jeune âge ! Quel est celui en effet qui n’ai-
me pas à se rappeler ces tendres caresses, ces soutires divins qu’une mère, amouréusément penchée sûr un berceau, donnait à sés premières ans ?
Je ne puis m'empêcher de rappeler un trait qui montre que si la femme est héroique dans son amour pour ses enfants, elle sait quelque fois s’élèver jusqu’à la hauteur des sacrifices les plus difficiles à $on cœur de mèré, en immolant sur l’autel du patriotisme les sentiments les plus sacrés. En ouvrant les annales de la dernière révolution d’talie vous voyez la marquise de Pimodan, à la nouvelle de la mort de son mari, s’écrier, en saisissant son jeune fils : “Toi aussi, mon fils, tu seras soldat.”
Je n’ai plus, Mesdames et Messieurs, qu’à vous re mercier de votre accueil bienveillant ; avec ce rernerciment, je dois vous démander pardon pour la longueur un peu inquiétante de cette lecture, en vous priant d’accepter pour excuse, qu’elle avait été préparée pour une circonstance où elle devait occuper seule l'attention.
Je pourrais peut-être vous dire, comme bonsoir, que si j'avais à recommencer ma lecture, j'aurais soin d’ajouter dans la liste des héroïsmes, celui dont vous avez fait preuve ce soir : l’héroïsme de l'attention.
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LA PATRIE
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