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L.\ CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS A LONDRES

Que va-l-on faire, k Londres, dans cet étrange colloque d'ambassadeurs, installé derrière la porte du salon, oii les négociateurs orientaux feront semblant de discuter librement? \oilà la grande question de l'heure présente. M. Poincaré l'a posée très nettement dans son exposé de la politique extérieure. « Les oppositions de points de vue entre certaines puissances et les alliés, ou entre les puissances elles-mêmes, ne pourront sans doute se résoudre pacifiquement que dans un débat d'ensemble, où tous les problèmes seront envisagés dans leur connexité et oii seront

' 9 décembre 1912.

posés tous les éléments d'échange. )> Il a ajouté aussit(M : a Je ne puis m expliquer davantage pour le momenl. » El il faut admirer la gravité avec laquelle, au lendemain du retentissant discours de M. Belhmann-Holhveg, il a noté le devoir de discrétion que lui imposait l'exemple des autres nations. On ne saurait donner plus élégamment une leçon de réserve diplomatique.

M. le Président du Conseil s'est cependant, et je l'en loue, expliqué un peu plus qu'il ne l'annonçait. C'est, il mes yeux, la meilleure et la plus importante partie de sa déclaration. 11 a revendiqué, « au-dessus » des intérêts économiques et financiers qui justifient l'intervention de la France dans les affaires d'Orient, « le patrimoine moral et traditionnel » qu'elle doit sauvegarder. Ce sont des mots qu'il ne faut pas laisser perdre. Cet <:< au-dessus » et ce ce patrimoine » expriment tout un programme. Ils donnent a la politique de la France son véritable caractère, celui qu'elle devrait avoir, non pas seulement en Orient, mais dans le monde entier, qui la garde, par la force de la tradition, contre la surprise des événements, et qui la défend, par l'empire des idées morales, contre les suggestions de l'intérêt cosmopolite.

11 faut rendre celle juslice à M. Poincaré qu'il a appelé les choses par leur nom, et, si simple que paraisse un tel langage, on doit, par le temps qui court, en signaler la hardiesse. Il a parlé de a nos droits séculaires » et du « protectorat catholique » de la France. Il a revendiqué le patronage des chrétiens du Liban ; il a placé c< sous l'égide de la France », de la France qui, par une amère ironie, les chasse de son territoire, les établissements hospitaliers et scolaires des lazaristes, des assomptionnistes, des frères des écoles et des filles de la Charité. L'hommage était opportun à l'heure oii tous poursuivent, làbas, leur œuvre magnifique avec un dévouement infatigable, dont les blessés bulgares et ottomans font la douce expérience, et dont le comte Jean de Gastellane, ambassadeur de la Croix-Rouge à Sofia et à Philippopoli, vient de rapporter le touchant témoignage.

Ces paroles sont des actes qui engagent, par avance, l'attitude de la France dans les conférences de Londres. M. Poincaré a achevé de la préciser, en lui donnant comme double objet la (c mise en pratique attentive et persévérante de nos alliances et de nos amitiés », et a la résolu-

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