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LA CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS

tion ferme et calme de faire respecter nos droits et de maintenir hors de toute atteinte notre dignité nationale ».

J'ai détaché ces points essentiels de l'exposé ministériel, dont la partie rétrospective n'a plus qu'un intérêt historique, parce qu'ils ouvrent, avec la prudence naturelle chez un chef de gouvernement, des perspectives sur lesquelles je puis insister plus librement.

Je reprends donc ma question. Que va-t-on faire à Londres ? Je la reprends non sans inquiétude, car je garde, très présent, le souvenir du congrès de Berlin, et j'ai peur que nous ne nous laissions, dans un avenir prochain, conduire à quelque renouvellement de cette douloureuse exécution. Le congrès de Berlin fut une des premières et très vives émotions de ma vie publique; j'ai conservé les notes que j'avais recueillies alors, avec l'intention de prendre la parole à la tribune contre le traité, ce que j'aurais fait certainement si, pour la seconde fois en deux ans, l'invalidation de mon élection n'était venue m'en empêcher.

J'ai relu ces notes et j'y retrouve l'état d'esprit où, après trente années, je suis encore

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aujourd'hui. Nous étions allés à Berlin, nous, les vaincus de la veille, trop pressés, à mon avis, d'échanger, dans l'assemblée des nations, la place qui, dix ans plus tôt, était la première, contre celle où le malheur nous avait réduits, et nous avions ainsi, sans nécessité, sanctionné Tordre nouveau que la puissance germanique imposait à l'Europe orientale,

Les situations paraissent changées. Le « débat d'ensemble » ouvert entre les puissances, suivant le mot de M. Poincaré, commence dans des conditions diiïérentes ; le lieu même oii il va s'instituer marque une évolution dans les influences : l'Allemagne l'aborde, non plus en arbitre souverain, mais en défendeur inquiet et irrité. Et pourtant, avec des apparences nouvelles, c'est le même jeu qui se prépare.

Un mot m'a troublé dans l'exposé de M. Poincaré. Il a parlé de l'accord établi entre les puissances « pour reconnaître que les opérations militaires ne constituaient pas des faits accomplis ». Le Times d'hier se félicitait de voir ainsi le premier ministre français se ranger « aux vues exprimées par M. Asquith et sir Edward Grey, et adoptées par le chancelier et le secré-

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taire d'Etat aux affaires étrangères d'Allemagne. » Ces ce vues » m'inquiètent. Si, dès le premier mot, on donne une telle base au colloque de Londres, je crains que la pcnle n'en devienne très vite singulièrement glissante,

C'est de la même « vue », ordonnée par l'Allemagne, acceptée par l'Angleterre, obéie, hélas ! par la France, qu'on est parti, à Berlin, pour anéantir le traité de San-Stefano, et, de la Turquie vaincue, refaire, pour les chrétiens des Balkans, sous la vaine condition de réformes illusoires, une Turquie prête à l'oppression. Est-ce que l'horrible déception va recommencer ?

Les alliés vont traiter avec les Turcs. Pourquoi à Londres et non chez eux, sur le terrain de leurs victoires, loin des conseils perfides, des suggestions intéressés et des compétitions européennes? Je ne le comprends pas, et, de tous les mystères qui enveloppent d'obscurité le dénouement de l'épopée balkanique, c'est un des plus troubles. S'il fallait voir, dans le choix d'une capitale éloignée, une marque des funestes divisions dont il semble que, déjà, soit menacée l'union des vainqueurs, ce serait assez pour le déplorer.

Quoiqu'il en soit, les combattants vont traiter, et, déjà, le Temps publiait, hier, la nouvelle carte de la péninsule, où la muette indication d'une teinte blanche marque, il est vrai, la place des explosifs qui peuvent, demain, disperser les négociateurs. A quoi bon traiter, s'il est, d'avance, entendu que les arrangements conclus par ceux qui ont versé leur sang, seront aussitôt revisés par ceux qui, sans sacrifices, veulent retenir le profit?

On m'a reproché, après mes derniers articles, de vouloir écraser les vaincus et de point sentir assez combien la Turquie est précieuse à l'Europe. Je l'avoue, je ne le sens point. Après Berlin, on annonçait que la tutelle européenne allait assurer aux chrétiens des Balkans l'honneur et la liberté, dans un statu rjuo renouvelé par les réformes. Les réformes sont devenues, pour l'Europe, comme le statu quo, un sujet d'humiliante raillerie. Après la révolution de 1908, on annonçait que la Turquie régénérée allait étonner le monde par sa féconde et généreuse vitalité ; elle a stupéfait ceux-mêmes qui doutaient d'elle, parla rapidité de sa chute et la profondeur de son anarchie.

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