L'URGENCE DES PREMIERES MESURES I
discussion de la loi de 89. J'ai fait alors tout ce que j'ai pu.
Mais l'heure n'est ni aux regrets ni aux efforts inutiles. Si le gouvernement croit pouvoir, d'ici à un mois, enlever le vote du service de trois ans pour tout le contingent, je suis prêt, ma voix lui est acquise. Lui seul peut le faire. L'intiative parlementaire est sans force, en un tel objet. Il n y a que le ministre, que le chef même du gouvernement, qui puisse dire à la tribune le mot décisif, au nom du salut public.
En attendant ce mot, que j'appelle de tous mes vœux, faisons un premier pas. L'infanterie a des effectifs insuffisants. On peut tout de suite les renforcer en votant le service de trois ans pour la cavalerie, qui laissera, tous les ans, neuf mille hommes disponibles à l'infanterie. Voilà la réforme simple, pratique, que je réclame avec instance. Elle peut être résolue presque sans débat.
M. Etienne sait que je n'ai pour lui que de la sympathie. Je ne doute ni de sa clairvoyance, ni de sa bonne volonté. Je fais appel à sa résolution. La réforme que j'ai dite a été préparée par M. Millerand. Quand le complot du 12 janvier l'arracha de son poste, on nous promit que son œuvre serait continuée. Il faut qu'elle le soit.
i^S l'heure décisive
Prétendre esquiver le service de trois ans des cavaliers, avec les engagements et les reengagements, c'est se payer de mots. L'expérience est faite, et l'échec constaté. Ce n'est pas seulement cela, c'est enlever à l'armée coloniale sa principale ressource, à l'heure même où la menace continentale la rendra plus nécessaire. Le nombre des réengagés ne s'accroîtra pas : on n'aura fait que déshabiller Pierre pour habiller Paul. Je m'excuse de ces formules rapides. J'écris sans apprêt, avec mon cœur, qui est plein.
Et pendant que j'y sais, il faut encore que je dise une chose, et que je la dise avec quelque brutalité. Les journaux ont annoncé qu'une grande maison de banque française avait promis de l'argent à l'Allemagne, et que cette nouvelle avait mis en liesse la Bourse de Berlin. Je demande si cela est vrai.
Si oui, il faut qu'on mesure l'émotion, ce n'est pas assez dire, l'indignation qu'une telle opération soulèvera, dès qu'elle sera connue, dans les ccjcurs français. Quoi! l'Allemagne fait un effort immense, non pas pour son commerce ou pour son industrie, mais pour son armée de terre, pour l'augmenter au point d'en faire pour nous