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Il faut y revenir, et y revenir avec insistance. Car vraiment la situation est trop grave. J'entends qu'on me dit : ce Mais quoi? qu'est-ce qu'il y a donc? Pourquoi tant d'alarme?» J'ai, dans mon dernier article, cité les paroles de l'empereur d'Allemagne à Kœnigsberg. Elles étaient déjà un assez sérieux avertissement. A présent, c'est le chancelier qui fait écho à la voix de son maître. Cette fois, la scène se passe au conseil national de l'agriculture, dans la pacifique assemblée oii l'empereur, soudain pareil au chantre des Géorgiques, venait d'offrir à son peuple le spectale paisible de ses étables opulentes
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et de son florissant poulailler. Le chancelier donna l'épilogue de ce discours champêtre.
Et curvœ rîgidum falces conflanlur in ensem.
«Messieurs, dit-il, en cette année qui commence, il n'est pas un fait, pas une solennité où les événements de 181 3 n'auront leur résonnance. » Pas une solennité! non, pas même celle-là, ou plutôt celle-là moins que toute autre, parce qu'elle rassemble, avec les propriétaires agricoles, les plus fermes soutiens de la monarchie prusienne. A ces fidèles, le chancelier redit ce que le roi a dit à ceux de la Prusse orientale : «Retenons, comme une leçon, l'esprit de sacrifice qui anima nos pères, il y a cent ans», et il s'explique nettement : « Nous devrons, cette année, renforcer nos armements sur terre. Sur ce point, tous les éléments responsables sont d'accord. Mais il en coûtera des sacrifices. Dieu a donné au peuple allemand une telle place sur le globe terrestre, et notre histoire nous a prédisposés de telle façon, que de grands sacrifices sont notre lourd héritage. Les supporter vaillamment, c'est notre fierté. » Et l'assemblée répond au chancelier par des applaudissements enthousiastes.
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Est-ce assez, cliers aveugles, mes compatriotes, prompts à vous laisser surprendre par la vaste conspiration qui dresse, autour de vous, une muraille de silence? Faut-il, encore une fois, après ces paroles menaçantes, vous montrer Fétat du monde oriental, agité d'une convulsion terrible, dont il est impossible, entendez-le bien, impossible que la secousse formidable n'ébranle pas nos frontières?
L'empereur d'Autriche a écrit une lettre au tsar, et le tsar lui a répondu; voilà sur quoi, depuis huit jours, se repose la confiance publique. Eh ! qui doutait des désirs pacifiques de ces deux souverains, rapprochés par la fraternité monarchique, l'un et l'autre exposés, dans leur propre empire, aux plus périlleuses complications? Mais que peuvent contre les faits, les désirs, inutiles barrages d'un courant impétueux? L'officieuse Fremdenhiatt, de tienne, dit bien que tout est au mieux, et que les alliés balkaniques ont mis les empereurs d'accord, en s'emparant du territoire où se heurtait leur vieille rivalité. Amère plaisanterie, pareille au jugement de Perrin Dandin, entre ces deux qui disputaient pour une huître !
Le prince Godefroy de Hohenlohe n'avait pas repassé la frontière que le tsar envoyait le prince Kotschoubey porter au général Skougarewski, président du grand banquet pans laxiste, un billet de remerciements ce pour les sentiments que les assistants avaient exprimes à l'endroit de leurs frères slaves». Notez que le ministre de l'intérieur de l'empire avait voulu interdire le banquet, autorisé cependant par la Aolonté du tsar, et qu'on y avait avec enthousiasme applaudi aux victoires balkaniques, exprimé «d'ardents souhaits d'achèvement de la grande œuvre commencée » , et déclaré nettement que « céder à l'Autriche-llongrie ou sauver la Turquie de la débâcle complète, c'est agir contre la dignité et les intérêts de la Russie)).
Ai-je tort de dire que ce sont les peuples qui mènent les rois, et trouvez- vous très étonnant que, malgré la lettre de l'empereur, l'Autriche soit restée sous les armes? Et vous savez bien que ce n'est pas tout, qu'à cette heure même, malgré toutes les raisons que j'ai expliquées ici il y a quelques jours, et qui devraient les déterminer à s'entendre, le conflit entre la Roumanie et la Bulgarie s'aggrave tous les jours. Vous
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savez bien, j'ai essayé aussi de le montrer, que la délimitation de l'Albanie future demeure, entre l'Autriche, la Serbie et le Monténégro, en même temps que dans la Triple-Alliance elle-même, un brandon allumé. Et je ne parle pas du reste, de l'agitation croissante en Asie-Mineure, déclenchée, comme par hasard, depuis que M. le baron de AA angenheim a, de Gonstantinople, étendu le bras vers l'Anatolie, en disant : Ao// me tangei^e. L'Allemagne suit, avec une âpre attention, cette révolution du monde oriental. Elle sait qu'elle ne peut s'accomplir sans que ses intérêts n'en soient directement menacés, donc sans qu'elle soit obligée d'intervenir. Et elle prend ses sûretés. Elle les prend contre nous, parce que nous sommes pour elle, à l'heure inévitable qu'elle prévoit, le grand, le suprême danger. Voilà la signification des paroles de l'empereur et de celles du chancelier. De tels hommes, en de telles circonstances, ne parlent pas pour la métaphore. L'évocation répétée de l'année i3 n'est pas une formule oratoire : c'est l'appel énergique au patriotisme allemand, en vue d'une action précise et prochaine. Si vous me dites que je prends les mots trop au tragique, je vous rappellerai comme on parlait, en 1869, dans les bureaux de la guerre, des rapports du colonel Stoffel : ce C'est un prussomane, disait-
on, que M. de Bismarck a fasciné. » Six mois plus tard, nous pleurions des larmes de sang.
C'est pourquoi je ne me lasserai pas. J'ai la conviction que j'accomplis mon devoir de Français. Je ne jette dans les esprits ni trouble ni découragement. Au contraire, tout mon eiïort s'inspire d'une seule pensée : la confiance dans l'énergie des volontés nationales. Seulement il faut que cette énergie trouve, le moment venu, les moyens indispensables à son action.
Je demande au gouvernement de les lui donner et de répondre, au moins par le service de trois ans dans la cavalerie, aux deux régiments et aux cinq escadrons nouveaux que l'Allemagne va créer en Prusse rhénane et en Bavière. On m'a reproché, depuis mon dernier article, de ne pas réclamer tout de suite le service de trois ans, pour tout le monde. Je sais très bien que cela vaudrait mieux. Si je disais toute ma pensée, je ne m'arrêterais pas là. Il n'y a jamais eu, en France, qu'une bonne loi de recrutement, celle de 1872, la plus efficace pour la défense nationale, en même temps que la moins lourde pour la nation. J'en ai donné les raisons à la Chambre, dans la