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LA GUERRE AUX CONSCIENCES

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M. Alfred Brard va répondre. Hier inconnu, le voilà, tout à coup, l'homme du jour. On l'interroge, on l'écoute, le gouvernement s'inquiète de ses projets. Que dit Brard .^^ Qu'est-ce que Brard va faire .^ Car M. Brard est une force. Il parle au nom du parti radical, dont il apporte la volonté. Et cette volonté, c'est que la défense laïque passe avant la défense nationale. Il faut obéir à M. Brard.

Voilà pourquoi, dans quelques heures, quand le pays attendait, de ses représentants, devant le péril extérieur, un beau geste d'union patriotique, il les verra se ruer à la pire des discordes. Ce que sera cette discussion, tout le monde, en effet, le sait d'avance.

Pour justifier leurs projets tyranniques, les éternels ennemis de la pensée chrétienne ramasseront contre nous toutes les accusations, depuis trente ans entassées par la calomnie, exploitant avec une joie mauvaise tous les incidents que suscite au village leur odieuse tyrannie. Provoqués, les catholiques répondront. On n'attend pas que, devant le menace et la haine, ils se taisent et désarment. L'honneur le leur défend, le devoir le leur interdit.

Ils répondront, ils diront, eux aussi, les violences endurées et les outrages subis. Dans ce

combat ranimé, qui commençait à lléchir, oii s'usèrent durant tant d'années les forces vives de la nation, le fossé, une fois de plus, se creusera entre les âmes blessées et les cœurs meurtris. Ainsi, pour le lendemain, deviendra plus difficile l'union nécessaire.

Que les radicaux l'aient ainsi voulu, cela peut indigner, non surprendre. Que le gouvernement Tait permis, cela doit étonner, attrister plus encore.

Il faut parler net. Personne n'est dupe de la c( défense laïque )), pas môme ceux qui en font leur cri de ralliement, ceux-là sans doute moins que tous les autres. Un instituteur courageux, M. Tliéodoric Legrand, qui n'est point un défenseur de l'école libre, mais un ami de l'école publique, sincère autant que réfléchi, écrivait hier : « C'est un immense ce bateau », monté par des gens qui éprouvent le besoin de faire une nouvelle expédition anticléricale. »

M. Brard en est le pilote. Il a tracé la marche de l'expédition. Jiinlas, hier, l'expliquait en quelques mots : « Il y a encore un million d'enfants qui fréquentent l'école privée, il faut les conquérir. On fermera l'école privée :

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les élèves seront conquis. » Cela est simple autant qu'odieux.

Voilà ce dont, toute aiïaire cessante, la Chambre va s'occuper, pendant que rAllemagne, sans perdre un jour, prépare contre nous une armée de 800.000 hommes.

J'ai le droit d'écrire que c'est un scandale. J'en ai le droit, parce que, depuis près de deux ans, depuis qu'a paru devant Agadir le pavillon allemand, je donne ici, peut-être avec quelque mérite, moi qui suis un catholique ardent, un autre exemple aux ennemis de ma foi.

Résolument, j'ai écarté loin de ma pensée, de ma parole, de mes écrits, non seulement toutes les préoccupations de parti, mais toutes les récriminations, tous les ressentiments, jusqu'aux plus légitimes. Je n'ai songé qu'à la patrie, à sa grandeur et à sa force, et, dans la mesure de mes moyens, j'ai tout fait pour que ce seul souci dominât les esprits.

Mais c'est trop parler de moi. Si je me permets de rappeler ce que j'ai fait, c'est que, durant ces longs mois de rude labeur, j'ai eu la conscience d'avoir, dans toute ma conduite, répondu à l'intime pensée de cette foule anonyme, qui, dans la diversité des opinions et des

tendances, forme le bloc des catholiques de France.

Rien n'est plus noble, plus généreux que leur attitude. Ils sont traités en vaincus, ce n'est pas assez dire, montrés au doigt comme des suspects, rejetés du pouvoir, écartés des fonctions publiques, au grand détriment d'un pays où les luttes politiques ont dévoré les hommes, et, souffrance bien plus cruelle, destitués de leurs droits les plus sacrés, privés des libertés les plus saintes, de celles qui font la vie même de la conscience. Il faudrait des pages pour écrire leur martyrologe. Leur nom est sur eux, comme une marque de proscription.

Cependant, dès qu'a retenti le clairon qui sonnait au drapeau, tout s'est tu, tout s'est enfermé dans leurs âmes, plaintes, souffrances, humiliations. Partout, on les a vus debout, prêts à soutenir, à aider ceux qui annonçaient une politique nationale. Et quand la nécessité, soudain est apparue d'un dur sacrifice demandé aux plus jeunes d'entre eux, ils ont répondu c( présent » avec l'entrain joyeux d'une généreuse émulation.

h' Echo de Paris publiait, hier, les déclarations

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de l'Association catholique de la jeunesse et de la Fédération des patronages. Pas un mot qui réveille les discordes, qui fasse même allusion a l'ostracisme cruel, aux injustes méfiances. Une simple parole : a La patrie a besoin de nous, nous voilà ! »

J'ai souvent, ici, fait allusion aux lettres qui m'encouragent dans ma campagne patriotique. Toutes ont le même accent. Et, au fond de ces âmes, neuves et sincères, en qui n'a pas creusé son sillon lamer souvenir du passé, et d'où monte, vers l'avenir, la confiante espérance, on sent qu'un cri s'échappe, à peine formulé : (( Enfin, l'heure est venue, n'est-ce pas, oh la France croira en nous, et, nous voyant l'aimer d'un si grand amour, saura qu'elle n'a pas de fils plus dévoués. » C'est à ces jeunes hommes que, tout à l'heure, une poignée de sectaires va jeter en réponse le cri haineux de la guerre religieuse.

Que veut- on qu'ils pensent? Et il faut élargir la question : que Acut-on que pense le pays? Car, hors des cénacles professionnels oii M. Brard et ses amis façonnent leur mentalité, qui, a cette heure, dans la France saine et vivante, n'a, jusqu'à la nausée, le dégoût des passions sectaires?

Pourquoi cette France a-t-elle voulu l'élection de M. Poincaré? et, par une irrésistible pression, l'a-t-ellc imposée aux hommes politiques? Pourquoi l'a-t-elle acclamée ? Pourquoi, dans les plus humbles villages, les pavoisements improvisés au soir de l'élection? Pourquoi, l'autre jour, à Paris, sous le grand soleil, le déhlé triomphal?

Dans l'enthousiasme universel, il y avait plus qu'un liommage personnel. 11 y avait autre chose même que le frémissement des cœurs patriotes. Il y avait, par-dessus tout, l'aspiration de tout un peuple, las des discordes meurtrières, et qui saluait l'irrémédiable défaite de leurs artisans infatigables, dans l'éclatante victoire de l'homme qu'ils avaient passionnément combattu. C'est pourquoi M. Poincaré apparut, au-dessus des partis, tout chargé d'espérances.

Je le lui ai dit, avec quelque émotion, au lendemain de son élection. J'ose le lui redire avec une émotion plus vive encore : la France a voulu l'union de ses enfants, devant le péril national. Il ne faut pas qu'elle soit déçue.

M. Aynard. dans la scandaleuse séance de jeudi soir, où fut ordonné le douloureux débat,

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a jugé raltitude des radicaux d'un mot qui restera sur eux comme une flétrissure : a Jamais vous n'avez été aussi éloignés des pensées de la France ».

Oui, cela est vrai. A chaque pas s'accuse davantage et plus irrémédiable, le désaccord entre le Parlement et le pays. M. Aynard a eu le courage de le dire, et, après lui, M. Bouge. Pourquoi le gouvernement leur en a-t-il laissé l'honneur,^

Quel applaudissement, même dans cette Chambre abaissée, quel applaudissement, le lendemain, dans le pays tout entier, si le chef du cabinet était monté à la tribune, pour rappeler à la pudeur les hommes de discorde ! Quel discours, quelle vibrante apostrophe à ceux qui détournent du devoir national leurs yeux et leur pensée, pour les borner au triste horizon oii, depuis tant d'années, se traîne leur courte vue! Quel réconfort pour les uns, quelle leçon pour les autres, et quelle préface au grand débat, d'oi^i la France sortira, prête ou livrée!

Nous n'avons pas eu ce spectacle hier. Je crains que nous ne l'ayons pas tout à l'heure, et, pour dire toute ma pensée, c|ue la liberté

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religieuse ne soil oflerle aux sectaires comme la rançon de la défense nationale. C'est un faux espoir. Car on ne fonde pas l'union patriotique sur la discorde des âmes. Mais c'est aussi un mauvais calcul. Car le pays jugera durement, un jour, ceux qui, à l'heure critique oii nous sommes, n'auront pas su réduire à l'impuissance les organisateurs de sa ruine.

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