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A PROPOS DE L'INCIDENT DE NANCY

J'aime mieux ne pas parler de l'affaire de Nancy. Je ne pourrais le faire qu'avec des paroles attristées. Jean Herbette a dit, samedi, tout ce qu'il y avait à dire. Il a exprimé, en termes contenus, la pénible surprise causée par des mesures que n'expliquent ni la nature de l'incident, ni les résultats de l'enquête officielle, et qui semblent des satisfactions injustifiées, offertes à d'illégitimes réclamations. Dans tout le pays, dans tous les partis, celte surprise a été douloureusement ressentie. La froideur des journaux, les moins suspects d'opposition, fait suffisamment entendre cette intime révolte de l'opinion. Le

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silence des peuples n'est pas seulement la leçon des rois. Les gouvernements impersonnels euxmêmes doivent le méditer. Il n'est plus permis, à cette heure, même pour se débarrasser d'un incident désagréable, de blesser la juste susceptibilité de la nation. C'est le premier enseignement de cette triste affaire.

Il y en a d'autres. El, d'abord, il ne faut pas que ces choses-là recommencent. Le patriotisme est une force sacrée que nul n'a le droit de gaspiller dans les manifestations bruyantes, moins encore de profaner en de louches bagarres. A quelque chose malheur est bon. L'incident de Nancy sera l'heureuse faute, si chacun de nous en tire de salutaires réflexions. La première fois que j'ai vu un uniforme prussien sur une scène française, j'ai eu le cœur serré d'un anxieux pressentiment. C'était il y a quelques années, dans une pièce, traduite de l'allemand, dont le titre m'échappe. J'ai senti le danger d'une exhibition, humiliante si l'indifférence des spectateurs constatait leur résignation, périlleuse si leur émotion laissait éclater leurs invincibles espérances. L'émotion l'a emportée, et je m'en réjouis : car j'aime mieux le péril que l'humilia-

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tion. Mais il ne faut pas jouer avec celle éaiolionlà; il le faut moins que jamais. Les nerfs sont trop à fleur de peau des deux côtes des Vosges. Le gouvernement fera bien d'y veiller, comme il aurait bien fait de veiller à l'organisation de la police de Nancy, à celle de la gare surtout, par où passe la rouie de Melz. Cela lui épargnera, et cela lui eût épargné, liier, les douloureux lendemains. Nancy, joyau de la frontière, devrait cire une place forte, jalousement gardée, non un lieu de plaisir, ouvert à tout venant. Il faut en dire autant de la France elle-même. Elle ne peut pas être une forteresse, mais elle ne doit pas être une balle, propre seulement à la fête et aux affaires. On le croit trop en Allemagne, et c'est pourquoi il y a tant d'Allemands chez nous, confiants dans notre généreuse et profitable hospitalité. Je demande qu'on y pense à Paris, un peu mieux qu'on n'y a pensé à Nancy. Des incidents comme celui d'hier ne peuA^ent pas se renouveler, parce qu'ils nous exposent au danger, et, ce qui est pire encore, — nous en faisons l'expérience, — à l'obligation de le conjurer. Le meilleur moyer. de les éviter est, par la vigilance, d'en préveni les occasions. C'est le second enseignement que nous donne l'affaire de Nancv.

Le troisième est ]e plus grave, el tous les Français doivent l'entendre. En nn instant, quelques heures après l'incident, une agence allemande, officieuse, l'avait publié, amplifié, translormé, d'une querelle de brasserie, en un outrage national. Sur ce mot d'ordre, les journaux d'Allemagne, sans hésiter, sans attendre, partaient en guerre, en quels termes, avec quelles insultes, je ne veux pas le redire. Ce n'était rien. Le surlendemain, avant toute enquête, le ministre des affaires étrangères de l'Empire montaii à la tribune du Reichstag, et dénonçait avec une violence froide et calculée, a les conséquences que peuvent amener en France les agissements chauvins ».

\oilà les faits. Je n'y ajoute rien. L'Europe a assisté à ce spectacle. Elle sait aujourd'hui à quoi tient la paix, et comment on procède quand on veut la rompre. C'est une répétition. Attendronsnous, hypnotisés par ie destin, que le rideau se lève sur le drame, pour organiser notre défense?

Les recommencements de l'histoire sont étranges. La conférence qui va se tenir à Berne

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réveille les échos du passé. Au début, les socialistes seuls se montraient disposés à répondre aux invitations du pacifisme. A présent, voilà le groupe parlementaire, dit de l'arbitrage international, dont M. d'Estournelles de Constant inspire les conceptions, qui s'en mêle à son tour. Des députés et des sénateurs, en face des armements allemands, pensent qu'au mois de mai prochain ils n'auront rien de mieux à faire, de plus utile pour leur pays, que d'aller en Suisse palabrer sur la fraternité des peuples et l'entente franco- allemande. Le Temps lui-même applaudit au mouvement; il félicite M. le président du Sénat de son adhésion! C'est a qui, tout à l'heure, s'empressera sur la route de Berne.

Il y a quarante-cinq ans, d'autres aveugles y allaient, conduits parles mauvais bergers d'alors. Ce fut le congrès de 1868 qui vota, sur une proposition d'origine germanique, «l'engagement de ne participer d'aucune façon à la guerre». L'été d'après, en 18G9, on se retrouva à Lausanne. Victor Hugo présidait. 11 disait : ce L'ennemi, c'est l'incarnation sinistre du vieux crime militaire et monarchique... » M. Ferdinand Buisson en était, et aussi Jules Ferry, qui allait, un an plus tard, désavouer les utopies dont la folie déjà l'inquiétait.

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L histoire recommence. Je le dis depuis six mois, je le répète avec une angoisse croissante, après les paroles du Reichstag, dont la gravité est encore accrue par l'accueil disgracieux fait, au premier moment, aux mesures excessives du gouvernement français.

A oilà qu'elle recommence aussi pour la loi militaire, comme au temps du maréchal Niel. Il y a deux mois, quand fut annoncé le projet allemand, toute la France, d'un seul coup, a vu clair. La loi de trois ans, réclamée par les chefs de l'armée, demandée par le chef de l'Etat, proposée par les ministres, apparaissait comme la loi de salut. Il n'y avait qu'un geste à faire, un mot a dire, c'était fini, compris, accepté. Le pays attendait le mot décisif, l'Europe guettait le geste résolu.

Mais les politiciens veillaient, Il fallait gagner du temps. La loi électorale offrit le prétexte. Le ministère renversé, l'intimidation commença près de celui qui prenait, avec sa succession, l'héritage forcé de la loi militaire. Encore à cette heure, un mot pouvait tout décider. Le gouvernement recula, hésistant, troublé. La Chambre

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paillt, clans rindécision, laissant le pays incerlain. C'était ce qn'on voulait.

A présent, chacun peut voir oii nous ont conduits la faiblesse du gouvernement et les défaillances parlementaires. La loi de trois ans est livrée, d'un bout à l'autre du pays, atout l'effort d une propagande qui ne recule devant aucun moyen. D'une question de patriotisme et de concorde nationale, on a fait une question de politique, de haine et de passion. Toutes les armes qui servent à la basse besogne électorale ont été ramassées, la réaction, la République menacée, le cléricalisme lui-même! UEcho de Paris a publié, hier, l'enveloppe ignoble que V Avenir du Puy-de-Dôme a affichée dans sa salle de dépêches, et qui sert à colporter, dans l'injure et le mensonge, la propagande contre la loi militaire.

Voilà contre quoi se heurte la défense nationale! A-t-on appris que le gouvernement, quelque part, par un acte public, par la parole d'un ministre ou d'un préfet, ait protesté contre cette campagne odieuse, Tait flétrie au nom de la patrie? Non. 11 laisse mettre son œuvre en lambeaux, sous ses yeux. Il nous laisse, nous, qui la défendons par amour du pays, nous, qui

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n'avons rien à attendre de lui, (jui ncn avons reçu que la pcrpéluilo des discordes religieuses et qui, pourtant, comme des soldats autour du drapeau, nous sonmies serrés autour de lui pour soutenir la loi, parce que c'était le devoir envers la Patrie, il nous laisse seuls en face de la féroce propagande des antimilitaristes, sans dire : ce Assez! Assez d'outrages, assez de violences, assez de disputes. Il ne s'agit ni de la réaction, ni des curés; il s'agit de la France!»

Est-ce que cela va durer? La commission de l'armée va reprendre ses séances. Dans quinze jours, la Chambre reprendra les siennes. Laissera-t-on l'obstruction, promenée dans tout le pays, s'installer encore au Palais-Bourbon.^ La France est avertie. La loi allemande sera votée pour la Pentecôte, qui est le 1 1 mai. L'incident de Nancy vient d'apprendre à tout le monde comment, lorsqu'il le voudra, lorsqu'il croira l'heure venue, le gouvernement impérial saura, sans rien attendre, tirer parti du plus futile incident pour nous placer entre la guerre et l'humiliation

Le gouvernement français permettra-t-il que, devant cette menace, la loi de trois ans soit mise en échec P Jamais le titre que je donne à ces articles ne fut plus justifié.

La commission de l'armée s'est réunie hier. C'est Je premier pas vers la conclusion du grand débat qui, depuis deux mois, tient le pays en suspens. Les polémiques sont épuisées. Elles n'ont que trop duré. La commission, je l'espère, ne les laissera pas se rouvrir devant elle. Avant de se séparer, elle a voté le principe du service de trois ans. Elle n'a plus qu'à déterminer ses modes d'organisation.

Il est temps, d'ailleurs, que chacun prenne position nettement. La mienne est parfaitement claire, et, si je n'ai le droit de parler qu'en mon nom, je crois cependant n'y être pas isolé. Dès le premier moment, j'ai adhéré à la loi de

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trois ans, pour deux raisons, desquelles je ne me suis pas départi. C'est d'abord une raison d'ordre politique et moral, la nécessité de donner au gouvernement français, par une réponse efficace aux armements de l'Allemagne, l'autorité dont il a besoin pour tenir en respect ses adversaires, pour inspirer confiance à ses amis, pour occuper, dans les conflits diplomatiques, la place que la dignité et l'intérêt de la France lui commandent de revendiquer. C'est, en second lieu, une raison d'ordre militaire et technique, l'impérieuse urgence, pour formuler cette réponse pratiquement, de réformer la loi de recrutement, suivant les leçons de l'expérience, eu assurant aux unités de l'armée active des efTectifs capables, par leur force et leur qualité, d'encadrer solidement les réserves, au jour de la mobilisation, et de leur conférer ainsi toute leur valeur.

Je n'ai pas un seul jour quitté cette position et c'est sur ce terrain que je voudrais, si j'étais membre de la commission, ramener toujours la discussion. Dans la mêlée, assez confuse, oii plusieurs s'avancent, d'un pas incertain, je me permets de distinguer, pour éclairer le débat,

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les deux principaux conibaltanls, M. Jaurès, suivi du parti socialiste, et M. Caillaux, soutenu par le comité radical- socialiste. Tous deux ont fait, jusqu'ici, cause commune pour une œuvre négative. Le moment est venu où il leur faut préciser leurs conceptions. Le désaccord commence ici.

M. Jaurès veut une armée de milices, dont il n'a encore exposé que la littérature, et non l'organisation. M. Caillaux en repousse l'idée, sentant bien qu'elle se heurte à d'invincibles obstacles, dont le moindre et le plus immédiat est le danger, dans les circonstances actuelles, d'une transformation profonde des mœurs so^ ciales et militaires de la nation, véritable saut dans l'inconnu.

Ecartant, d'un mot, cette proposition, M. Caillaux, dans ses discours de Saint-Gervais-en- Belin et de Tuffé, a, très sommairement indiqué les lignes directrices de sa pensée : point d'armée de métier, mais la nation armée. Ces brèves formules appellent une explication. Qu'estce que l'armée de métier, dont il n'existe plus guère d'exemple qu'en Angleterre, et dont personne, que je sache, n'a proposé chez nous le rétablissement? Je pense qu'il n'y faut chercher qu'un mot de polémique, destiné à faire appa-

raître les a réactionnaires » derrière une horde de prétoriens. Mais la nation armée? Là-dessus il faut bien s'entendre. Car c'est le terrain où M. Jaurès, abandonné sur celui des milices, rejoindra M. Gaillaux, et oii se livrera donc le combat décisif.

Comment faut-il armer la nation? A oilk toute la question. M. Jaurès, M. Gaillaux, et la brochure du comité radical-socialiste, contresignée par MM. les généraux Godart et Percin, disent : ce En maintenant le service de deux ans, au plus, et en faisant ainsi résider la force principale de l'armée mobilisée, même de celle qui recevra le premier choc, dans les réserves faiblement encadrées. » Nous disons, nous, et notre opinion a pour elle le Gonseil supérieur de la guerre tout entier : a En portant la durée du service à trois ans et en donnant ainsi à l'armée mobilisée des éléments actifs plus nombreux, et plus aptes à encadrer solidement les réserves. ))

Voilà le débat, du moins le débat technique. M. Gaillaux, dans ses allocutions départementales, a emprunté à M. Jaurès le fameux c( dédain des réserves », qui a fait le fond de toute la récente polémique entre le directeur de

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l'Humanité et moi. J'ai, là-dessus, nettement et longuement répondu. Mes réponses subsistent dans toute leur force. Je n'y reviendrai pas aujourd'hui. Seulement, pour corser l'argument, M. Caillaux a ajouté, imprudemment : « Nous voulons nous inspirer de l'exemple des nations balkaniques qui ont triomphé d'Andrinople avec des hommes dont les plus jeunes avaient 35 ans. » M. Caillaux a parlé trop tôt; il n'avait pas encore lu les déclarations si frappantes, si décisives, de M. Messimy, son ancien ministre de la guerre, et de M. Benazet, a leur retour d'Andrinople et de Tchataldja.

c( Lieutenant ou colonel, capitaine ou général, tous les officiers que nous interrogeâmes sur la valeur de ces réserves, pourtant si exceptionnellement préparées à la guerre, furent unanimes à nous mettre en garde contre leur utilisation immédiate, dès le début des hostilités. A Tchataldja, le chef d'état-major de l'armée bulgare nous dit, avec toute l'autorité que donnent l'expérience et la victoire : ce Je suis maintenant l'adversaire acharné des régiments de réserve employés dans les premiers jours de la mobilisation. »

Ainsi parle M. Bénazet. C'est la confirmation absolue, éclatante, par l'expérience et par la

victoire, comme dit mon collègue, de la thèse que je soutiens ici depuis un mois. Et il s'agit des Bulgares, dont M. Bénazet a, dans le même article, si bien décrit l'exaltation patriotique, des Bulgares, préparés, façonnés à la guerre, par la passion de tout un peuple, aspirant, de génération en génération, à raffranchissement, à la délivrance des frères opprimés, s'exerçant d'ayance à toutes les privations et faisant « de chaque A^illage une caserne ». Que dire de nos paysans, de nos ouvriers, de nos étudiants, tout entiers au labeur des champs, de l'atelier ou de la carrière, déshabitués, par quarante ans de paix, de toute idée belliqueuse?

Ainsi, par les faits d'hier, comme par les leçons du passé, nous voilà ramenés à la question d'encadrement, de laquelle on peut dire qu'elle est celle de l'armée elle-même, et c'est-àdire à la question de qualité, qui est, bien plus que celle du nombre, comme je l'écris ici depuis deux mois, la vraie justification de la loi de trois ans. Raisonner autrement, c'est s'enfermer volontairement dans l'illusion.

*"* Et ce qui est vrai de la raison militaire, l'est aussi de la raison politique. Pourquoi une

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armée? Pourquoi la charge financière, le fardeau personnel qu'elle impose a la nation ? Parce qu'il faut donner à la France le moyen de se défendre contre une agression, toujours possible, de se préserver d'une humiliation, toujours menaçante. Nul ne veut davantage, mais, cela, tous les Français le veulent résolument. Agression, humiliation, de qui peuvent-elles venir?

Il ne s'agit pas de se placer en face d'un adversaire imaginaire, mais en face de celui que désigne l'implacable réalité. On nous dit, on nous répète, à nous qui demandons pour la France une armée puissante, une politique extérieure résolue, on nous dit que nous poussons à la guerre. C'est la calomnie qui se propage d'un bout à 1 autre du pays.

Les faits répondent pour nous. L'Allemagne, seule, est menaçante. Elle l'est militairement par les armements successifs qui, en pleine paix, tandis que nous nous endormions dans l'inertie, vont porter son armée active à près de Qoo.ooo hommes. Elle l'est diplomatiquement par la prétention, publiquement affichée, à une hégémonie contre laquelle la France est, pour l'Europe, la barrière nécessaire. A cause de cela, et c'est notre honneur, elle l'est contre nous, spécialement, comme le seul examen de

la carte et du dispositif des corps allemands suffit à le faire entendre, sans même qu'il faille rappeler le langage de la presse, et celui que tenaient, hier, les plus hautes autorités de l'Empire. Cette menace, enfin, comment se traduitelle ? Par une loi militaire qui va donner à l'Allemagne une armée de premier choc, presque exclusivement composée d'hommes de l'armée active.

Voilà les faits qu'il faut avoir toujours présents à l'esprit et au cœur quand on parle, en France, de la question militaire.

Et ce n'est pas tout. La question militaire se lie étroitement à la politique extérieure. J'ai commencé cette longue série d'articles au moment où les premières et foudroyantes victoires des alliés, en détruisant la Turquie d'Europe, en bouleversant tout l'Orient, ouvraient tout à coup, devant les Puissances, les plus troublantes perspectives.

J'ai suivi, pas à pas, les événements, essayant de montrer les situations nouvelles qui allaient en sortir : l'amoindrissement des influences germaniques dans cet Orient transformé, le trouble profond de la monarchie autrichienne, surprise par une cruelle déception, les conflits de sympathies irrésistibles et d'ambitions tradi-

tionnelles qui allaient paralyser la Russie, les intérêts particuliers qui, pour l'Angleterre comme pour Tltalie, viendraient peser sur leur politique générale, les suites inévitables enfin, en Asie et dans la Méditerranée, de ces mouvements confus et contradictoires.

Au milieu de cette révolution universelle, j'ai conseillé, sans trêve, au gouvernement de la République, de témoigner une ferme et efTicace sympathie aux libérateurs de l'Orient, investis désormais, dans le futur équilibre de l'Europe, d'une si large part d'influence, de préserver, contre les heurts des tendances opposées, en lui gardant une fidélité gouvernée par le souci supérieur de notre dignité, la solidité de la Triple-Entente, essentielle garantie de notre sécurité, et, par-dessus tout, en vue du lendemain sombre et incertain, de pourvoir énergiquement à la défense nationale. La loi de trois ans a surgi, sur ma route, comme l'inéluctable conclusion de cette politique.

J'arrête aujourd'hui cette première partie de ma campagne. Je la continuerai au fur et à mesure des incidents que pourront faire naître.

et la situation extérieure, et la discussion de la loi militaire.

L'Europe est plus profondément troublée que jamais. La paix des Balkans sera, plus que la guerre, féconde en surprises dangereuses. Déjà la prise de Scutari, qui achève la victoire des alliés, ajoute une complication nouvelle à toutes celles que les interventions précipitées des Puissances avaient créées depuis six mois, en faisant, chaque jour, apparaître plus clairement la fragilité de leur entente.

Cette fragilité était facile à prévoir. L'Allemagne Ta discernée, dès le premier jour. Sa loi militaire est née de cette prévision, au lendemain des premiers succès balkaniques.

Où en est la nôtre? Va-t-elle sombrer dans l'anarchie parlementaire? Où en est notre politique extérieure? A a-t-elle expirer dans l'étouffement international qui se prépare à Berne ? Un avenir prochain le dira. L'heure décisive est bien près d'être écoulée. Puisse Dieu nous épargner celle du châtiment!

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