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II

Je dois encore deux mots de réponse à M, Jaurès, pour lui montrer que, tout de même, je sais à peu près de quoi je parle. ?sous serons ensuite d'accord, je pense, lui et moi, pour revenir à la question, qui est de savoir si, en

' iS avril iqi3.

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face de la nouvelle loi allemande, la loi de deux ans donne à l'armée française des eflecliTs et des encadrements suffisants.

Donc, M. Jaurès a prétendu me convaincre de ((deux grosses erreurs matérielles», l'une sur le corps d'armée colonial, l'autre sur le 19'' corps. Il assure qu'il n'y a pas de corps d'armée colonial, a C'est un mot illusoire, dit-il, cjui désigne seulement les régiments coloniaux résidant en France, pour la relève. » Le corps d'armée colonial existe si bien, qu'il est à trois divisions, qu'il a son commandant en chef et son étatmajor, et que, chaque année, à l'époque des manœuvres, on peut voir ses unités se gonfler de réservistes. Qu'il ait une partie de son effectif hors de France, cela est évident. Mais qu'au moment de la mobilisation, il doive être porté au même chiffre que les autres par l'adjonction des réservistes, cela n'est pas plus contestable. Or, c'est de l'emploi des réservistes, au moment de la mobilisation, qu'il s'agit.

M. Jaurès me reproche, en second lieu, d'avoir compté le 19'' corps, occupant l'Algérie, dans le calcul général de l'armée mobilisée. Il se trompe. Afin de préciser, pour répondre à ses propres calculs sur l'inutilisation de 200,000 réservistes, le nombre de ceux-ci, nécessaires à

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la mobilisalion de l'armée active slalionnec dans la métropole, j'ai pris pour base — et il n'y avait pas d'autre méthode rationnelle — l'évaluation numérique de l'armée mobilisée. Je l'ai donnée de 8/|0,ooo hommes environ, représentant 21 corps, chacun de /io.ooo hommes. J'aurais dû dire plus de 21 corps. Car le corps d'armée, suivant les données adoptées en France et en Allemagne, consiste essentiellement et normalement en deux divisions homogènes.

Surtout, quand il s'agit d'un calcul d'effectifs, c'est sur cette base qu'il faut raisonner.

Or nous avons en France, actuellement, 17 corps normaux à deux divisions, 2 corps anormaux à trois divisions, plus le corps colonial, également à trois divisions, soit en tout A 3 divisions, qui équivalent à 21 corps d'armée normaux et demi, près de 22. Le 19'' corps n'y est pas compris.

Ainsi tombent les deux allégations dont M. Jaurès a prétendu m'écraser, et, du même coup, toute l'argumentation par laquelle il a voulu mettre mes calculs en opposition avec le chiffre de 48o.ooo hommes, donné, pour l'effectif de l'armée active, par l'affiche de ÏEc/io de Paris, et d'ailleurs indiqué, comme tel, à la commission de l'armée.

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M. Jaurès a encore essayé de discuter sur les formations, non comprises dans les corps d'armée, qui, au moment de la mobilisation, recevront des réservistes en grand nombre, et que je lui reprochais, que je lui reproche encore d'oublier, comme il oublie les troisièmes divisions des G'' et 7' corps, et le corps colonial, et le génie, et, en général, tout ce qui peut gêner son raisonnement.

C'est sur les régiments de forteresse qu'il exerce, cette fois, sa casuistique. Escomptant l'application de la récente loi des cadres, qui devrait porter les compagnies de ces régiments à ii5 hommes comme ceux des autres corps de troupe, M. Jaurès en fait état dans les 17P) régiments d'infanterie qu'il a pris pour base de son calcul dutilisalion des réserves. Mais cette base est caduque, comme tout le raisonnement qui s'y appuie. Il faut bien, quelque aride que soit cette discussion, que je le montre encore par des chiffres .

M. Jaurès acompte 2.076 compagnies, représentant 173 régiments à 12 compagnies. Pour les porter de 110 à 2 5o hommes, il leur a attribué 290.000 réservistes. Il en a ajouté

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«environ 20.000 )) pour les Si (?) bataillons de chasseurs, et il a produit un total de 010,000 réservistes utilisés par la mobilisation. Mais il a oublié quelques petites choses, encore ! Il a oublié les 12 régiments de coloniaux, à 12 compagnies chacun ; les 3 bataillons de zouaves, stationnés en France, à ^ compagnies ; les quatrièmes bataillons de plusieurs régiments d'ancienne et de nouvelle création. Tout cela ajouté aux 173 régiments, et aux 3o bataillons de chasseurs, donne pour l'infanterie un total de 2.'iio compagnies environ, qu'il faudra, au moment de la mobilisation, pourvoir de réservistes, i5o par compagnie normale, 100 par compagnie renforcée, plus les quinze pour cent sur l'eflectif de guerre total, nécessités par les déchets. Les 3 10,000 réservistes de M. Jaurès deviennent au moins /l 00. 000.

Mais le reste? la cavalerie, l'artillerie montée, l'artillerie à cheval, l'artillerie de montagne, les nombreuses batteries à pied, l'artillerie lourde, le génie, les parcs, etc. etc., M. Jaurès continue à vouloir que 5o.ooo réservistes y suffisent ! I Je dis, moi, qu'il en faudrait au moins quatre fois plus. Or, c'est le fond du débat, puisqu'il s'agissait pour M. Jaurès d'établir avec des chiffres, que, par un «défaut sinistre d'organisation». 200, .000

réservistes seraient inutilisés, au moment de la mobilisation.

Je crois que nous avons, maintenant, l'un et l'autre, à peu près tout dit sur ce sujet, et que nous risquerions tous deux, en poursuivant cet interminable débat, de fatiguer nos lecteurs, sans nous convaincre mutuellement.

Car, je le disais en commençant, je le répète en finissant, la question est ailleurs. M. Jaurès n'en doute pas plus que moi. Son article d'aujourd'hui, presque entièrement consacré à une polémique sur l'emploi des réserves avec M. le capitaine Pierre Félix, dont je connais assez les écrits pour être assuré qu'il est de taille à la soutenir, conclut enfin par un retour à la loi de trois ans, soumise à la Chambre, et source de toute cette discussion.

Il est temps, en eiTet, d'y revenir. Voilà près de deux mois que le Conseil supérieur de la guerre, sous la présidence de M. le Président de la République, l'a déclarée nécessaire à la défense nationale, près de deux mois que le ministre de la Guerre en a apporté la proposition à la Chambre, au milieu des outrages et des vociférations des députés socialistes.

Pendant ce temps-là, le Gouvernement allemand, tranquillement, résolument, a poursuivi son œuvre, sans se laisser troubler par les protestations de pure forme des journaux socialistes.

Cette œuvre, j'ai précisé ce qu'elle était : une augmentation formidable de l'armée active, dans tous ses éléments. Le Conseil fédéral l'a approuvée ; le Reiclistag l'aura votée dans très peu de jours, après une discussion sommaire, où le chancelier de l'Empire l'a caractérisée, en déclarant qu'elle répondait a un plan préconçu, arrêté depuis le mois de novembre 19 12.

En face de cette situation, dont nul ne peut nier la gravité, que va faire la France ? Il n'y a pas d'autre question. M. Jaurès aune conception, celle de l'armée de milices, dont, hier, le général Cherfds a montré, autant qu'il peut l'être, le mécanisme rudimentaire. Que M. Jaurès en explique, enfin, clairement, pratiquement, les méthodes et les résultats ! C'est ce que je ne cesse de lui demander, et qu'il n'a pas fait jusqu'ici.

J'en demande autant à ceux qui, répudiant son système, affirment cependant que la loi de

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trois ans est inutile. M. Caillaux a prononcé^ dans le département delà Sarthe, au banquet de Saint-Gervais-en-Belin, un discours dont je n'ai pu, à mon regret, trouver le texte intégral. J'ai vu seulement qu'il écartait l'idée des milices et que, n'Iiésitant pas entre l'armée de métier et la nation armée, il n'entendait pas revenir en arrière.

Ce sont de vagues déclarations. Comment M. Caillaux et ses amis entendent-ils la nation armée, puisqu'ils ne veulent pas de milices ? Si c'est, comme je le suppose, par la loi de deux ans, comment entendent-ils, avec elle, parer à l'indéniable pénurie des ellectifs ? Je demande qu'ils nous le disent, afin que nous puissions discuter. *

Notre système, a nous, est très clair, très net. Nous ne l'avons pas inventé. Il est fondé sur l'avis formel des chefs responsables de l'armée, et il repose sur la fixité des effectifs nécessaires, d'où dépend la durée du service. La loi de trois ans n'a pas d'autre justification, mais elle suffit.

11 faut répondre à cela par des systèmes précis. La réaction, le boulangisme, le nationalisme ne prouvent rien que la faiblesse de nos

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adversaires. Ce sonl des mois. Nous attendons des raisons. LMc//o/i rapporte que M. Caillaux, au banquet de la Sarthe, a dénoncé le patriotisme de ceux dont les ancêtres émigrèrent àCoblentz. Ce sont des armes qui retombent sans frapper. Teliim imhelle !

Ni M. Poincaré, ni ses ministres d'hier et d^aujourd^liui ne sont, que je sache, des petitsfils d^émigrés, non plus que des réactionnaires, ou d'anciens boulangistes. Ce sont eux, pourtant, qui, disposant de tous les moyens d'informations militaires et diplomatiques, réclament impérieusement la loi de trois ans, au nom de la défense nationale.

Nous les soutenons ardemment malgré tous les dissentiments qui nous séparent, pressés par le plus pur patriotisme. Ce n'est pas avec des invectives qu'on peut nous répondre, c'est par Texposé des méthodes qu'on prétend opposer aux nôtres. Je n'accepte plus, quant à moi, d'autre terrain de discussion.

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