PRÉFACE
Telle quelle^ et aussi ennuïeitse que longue tout au moins.
Payois fait mon livre assez bien, je Ta*-
vois fait décrire assez mal; je Tavois donné au libraire assez généreusement; dédié à un gros mylowr assez ayantageusement ; corrigé cbez l'imprimeur assez exactement, et prié mesme assez instamment quelquesuns de mes amis de faire des vers à ma louange (plus par coustume que «yaine gloire toutefois), afin d'alonger le papier, et de rendre le volume plus considérable :
Enfin j'avais fait sans reproche ponctuellement toutes les fonctions de ma nouvelle charge d'auteur. Je croyois que ce fut une affaire faite que celle-là; toutes les fois qu'on heurtoità ma porte, je m'imaginois que c'estoit Robinet qui m'appoitoit mes
trois douzaines d'exemplaires, etc. (comme
il est plus amplement porté dans Taccbrd fait entre nous) et je n'attendois plus qu'après luy et mon habit neuf pour aller faire en bonne couche mes présens à mon Meeene généreux : mais helas 1 qu'il est bien Tray que l'homme propose et que Dieu dispose, et qu'on n'est pas au bout de ses maux quand on achève de faire un troi* sième livre, et qu'on n'a pas encore commencé à faire la préface du second. Ha ciel ! qu'un honneste homme a de mal en ce monde pour gaigner sa chienne de vie , que le mestier de Tesoritoire est un mestier incommode, et que c'en est un de vivre de ses rentes : Mais j'ay beau pindariser, j'ay beau crier 6 temps ! ô siècle I A mœurs ! ô mœurs 1 ou plustost ô libraire 1 ô typographe 1 ô lecteur 1 point de nouvelles, c'est philosophie perdue, c'est morale inutile.
Autant en emporte le vent, ils ont des yeux et ne voyent goûte, ils ont des oreilles et ne m'entendent point ; il faut avaler ce calice, et bon gré mal gré que j'en aye, faire une corvée, je veux dire une préface :
Mais quoy? n'y a-t-il pas moyen de s'accommoder ensemble, suis-je jugé prevotalement?Ne puis-je appeller de cette sentence ? £st*ce une chose si nécessaire qu'un avant-propos dans un livre, que les lecteurs ne s'en puissent passer une fois ? He '
de grâce, messieurs! je donne cent vers de bon cœur au commencement de tous mes livres, et pour la sainte amour de Dieu, qu'on ne me parle point de prose et qu'on ne me demande jamais de préface :
Qu'on ne m'oblige point à me désobliger, et qu^on ne fasse point consister mon houneur à faire une sottise : j'aime mieux?...
QWaimay-je mieux? Attendez que je songe un peu* et ne promettons rien que nous ne puissions tenir.
Ouy, j'aime mieux (et je le dis haut et clair) faire le demj roman tout entier, et n'en parlons jamais. £st*ce me mettre à la raison ?
Est-ce en agir de la belle manière ? Eh point de quartier, dites vous, impitoyables et inhumains que yoMa estes?
Bonne ou mauvaiie» il faut une Pre&ce, Soit que Fauteur ou le diable la fane, Point de raisonB, la Raison ne reçoit; Tout lenB commim soit la règle commone»
Bref, à quelque prix que ce soit,
N*en fut il point. 0 en faut une«
Où sommes nous ma muse? Comment il en faut une? c'est discourir bien impérieusement! Quoy! vous me prendrez à la gorge, et yous me ferez faire un prologue malgré mes dents? N'en déplaise à la mode et au Sixain, il n'en sera que oe qui me
plaira; Que dis-je! il n^en sera rien dù tout : et comme ou ne sçauroit faire boire un asne s'il n'a soif, on ne sçauroit (sans comparaison) faire écrire un auteur s'il n'en a enyie. J'aj une teste aussi bien qu'un autre ; et c'est mal débuter pour obtenir quelque chose de moy de me rompre en yisière par un il faut ou un Je vetix. La civilité passe partout et les belles paroles n'écorckent point la langue : si Ton sV estoit pris d'un autre biais, je ne sçay pas ce que j'aurois fait. Qui sçait si je n'en aurois pas peut-estre déjà fait une, et si un' poco di buona creanza ne m'auroit pas fait accorder à la complaisance, ce que je se donneray qu'au dépit (supposé que j'en donne une). Par Pegaze, cheval de main de Phœbust tous estes donc de bons chevaux de carrosse? je ne sçaurois m'empescher de songer à cette plaisante incartade.
Sçavez-vousbien que quand on me met en colère, je me fâchef que quand je suis fâché, il j paroist? si la yengeance est le plaisir des grands seigneurs, c'est aussi quelque fois celuy des pauvres gens (et partioulièretnent de moy indigne). Et si je prends le livre, le libraire et l'imprimeur,
par la mort non pas de mà Yie je Mais
alte à la colère, ce n'est qu'une chaleur de foyoj il y a déjà un quart d'heure que j'écris, et ce n'est pas en vain ; faisons un
coup de partie, et à tout hazard habillons ce discours en préface ; qu'on en dise tout ce qu'on TOudra> nous n'en écouterons que ce que nous voudrons*
Dans ee liècle où Juitioe ledief VoU le pauTTe droit tout torta.
n iàat faire de tout bois flechet
Et de nécessité yerta I
Ma foy, ce n'est point mal pensé»
Et je suis plus heureux que sage.
Tout sert en écritnre aussi bien qu'en ménage fit quand fauray finy eomme j*ay oommenoé Et dit trois moto de mon Ourrage, Je crois que le labeur sera bien avancé.
Et le lecteur bien content ou peu sage»
Je VOUS diray donc que mon demy roman est le travail de deux jours et demi (et j'en prens à témoin mon frère, mon libraire, et noBtre serrante» qui sont tous gens irré-»
prochables); que j'en ay pris le nom dans pion caprice» et l'invention dans mon esprit : et pour me justifier de quelque infi-^ délité qu'on me pourroit reprocher que je ne l'ay fait que pour servir de plan kunàe mei amis qui a dessein de s'y divertir plus à loisir. Voila qui ya bien» j'en suis quitte à meilleur marché que je ne croyoist Dieu soit loué dans tous les siècles des siècles.
Il n*y a personne qui ne prenne ceci pour
ime préface, ou je n'y entends rien, quand
j'auray dit {adieu lecteur),