MONSEIGNEUR
MONflEUIl OU Mf 8SIRC
ZOROBABEL PIRONDESKl
Liber Baro Aoff Camplos Eot Graff Yon Eoziska unt ISiîfrisko, GoloDel d'un régiment de Yisigots pour le
seryice de Son Altesse serenissime Chimin Janos demy-duc de Transilvanie, et premier valet de g<v4e robe de defuiit monsieur son pçre BfLgoski etc.
Farciu eoBo^posé la plus belle lettre de eir-
constance qu'on ait jamais faite pour une personne qu'on n'a jamais Teuë, et je n'en attendois rien moins qu^une de change de cinq à six cent rixdalles (car je ne m'adresse pas à un gueux eomme vous pouves juger par récliantillon); mais comme nous sonames tous mortels, et que tel qui mange aujourd'hui des ortolans sera demain rongé des vers ; par le plus grand malheur de la te»e pour moy, et encore plus pour Ivlj, mon pauvre Mecenas a pris la peine de se laisser mourir, et justement (témoin Re-
nMidot en sa gasetCe fiiiaiero 5739), oonone
on acheyoit d'imprimer la dernière feuille de mon livre à Paris en France, a rendu le dernier soupir de sa yie à Buflaw en Silézie, au grand regret de ses créanciers, et au grand plaisir de ses héritiers. De sorte qu'estant maintenant dans un estât, où il a plus besoin de prières que de louanges, et d'epitaphes que de panegiryques : j'ay fait de mon epistre dedicatoire un sacrifice mortuaire à ses mânes, et suis présentement sot comme un mousquetaire qui a pris un rat devant le roy (car de dire comme un fondeur qui a fondu sa cloche devant celuy qui Ta fait faire, ce seroit ne servir que d'echo à Scarron qui s'en est servy une fois fort à propos), avec un livre à rendre ou i donner au plus offrant et dernier enchérisseur» J'aurois quazi dessein de chercher ailleurs mon mieux : le monde est si grand qu*il me semble que je n'aurois pas grand'peine à trouver un protecteur vivant qui valut le trépassé et haye au bout. Mais de peur de tomber de fièvre en chaut mal, et de changer mon cheval borgne en un aveugle tout à fait; j'aime mieux me tenir comme je suis, et ne dédier ny moy ny mon livre à personne. Ne vous fâchez donc point, messieurs les lecteurs, si vous ne trouvez point icy d'epistre dedicatoire, la Parque vous fâchera assez sans cela; vous voyez bien que ce n'est pas
ma faute ; que j'ay fait ce que j'ay pu pour bien faire, et que je ne pouYois pas m'adresser à un seigneur plus qualifié. Mais puisque Dieu a voulu que mon Heure du Berger se rencontrât avec Theure de sa mort» je crois que vous le voudrez bien aussi. Il ne vous sera pas bien difficile de vous consoler de cette perte, car c'est autant de peine épargnée pour tous ; il n'y a que moy, misérable qui en ay dans l'aile, et qui en tiens, pour mon compte : car outre la peine d'avoir travaillé pour le Turc, outre la douleur d'avoir veu mourir mon Mécène à la veille de son immortalité, et de me voir haut et puissant seigneur, ay encor le desplaisir d'estre si enrumé que j'aurois toutes les peines du monde à me faire entendre, si Ton parloit à la fin des lettres quand on dit ;
Je suis vostre très-liiunble serviteur.