DANS LE PACIFIQUE
9 septembre 1915.
Latitude 23o 50' N. Longitude 153o 45' 0.
Il y a aujourd'hui six jours que nous sommes entrés dans cette grande Mer Pacifique qui ne sépare plus ni les hommes, ni les mondes, et dont les diplomates disent, avec un pli de souci au travers du front :
— ... La Méditerranée de demain.
Vraiment, sous ce ciel de septembre, la ressemblance entre notre mer latine et cet océan démesuré se précise, d'une heure à l'autre : mêmes douceurs safranées à la pointe de l'aurore, mêmes splendeurs bleues tout le long du jour, mêmes apothéoses délicates dans les couchers du soleil. Seulement, depuis que nous nous sommes éloignés de la côte californienne, le cercle d'horizon
OÙ nous avançons avec lenteur est sans navires. Aucune fumée de paquebot ne trace sa petite ligne de fusain sur la marge du ciel ; aucune blancheur de voile ne ressuscite la frémissante audace des navigations d'autrefois.
Le steamer. japonais qui nous emporte est dit le Shinyo Marii^ c'est à savoir le Printemps de la Mer. Gomme ces Asiatiques se complaisent dan» la grâce des symboles, un grand panneau, tendu dans la cage du principal escalier, illustre cette dénomination. Cela représente un pommier qui, blanches et roses, trempe ses floraisons dans l'eau bleue.
Jusqu'à la dernière minute nous avons cru prendre passage à bord d'un des steamers dont la ligne américaine, la « Pacific Mail », rayait, hier encore, la carte marine. Une semaine avant- le départ, une note, insérée dans les journaux, nous a avertis, sans plus de cérémonie, que la Compagnie retirait tous ses paquebots du Pacifique et les faisait passer dans l'Atlantique. Cette brusque résolution est une riposte à une mesure que le parti démocrate s'est laissé arracher par sa clientèle politique.
L'Inscription Maritime n'existe pas aux États- Unis. Gela rend le recrutement des équipages de flotte assez difficile, celui des navires marchands impossible. On tournait la difficulté en embar-