‹ L'heure du Japon:Chapitre 2 sur 85 · DANS LE PACIFIQUE · texte numérisé non relu

DANS LE PACIFIQUE

quant, sur les paquebots de la « Pacific Mail » et des compagnies congénères, des équipages de toutes les couleurs, notamment des matelots jaunes. Les électeurs américains se sont plaints à Washington d'une concurrence qui fait baisser les prix du travail. Une loi, imprudemment bâclée, a mis les Compagnies américaines dans l'impossibilité de soutenir la concurrence que leur font les Compagnies de Navigation japonaises. Comme elles n'espéraient pas faire aboutir leurs plaintes auprès du législateur, elles ont déclaré qu'elles cesseraient d'exploiter la ligne du Pacifique. On croyait que c'était forfanterie, on a été stupéfait de voir mettre ces menaces à exécution. Je dis « stupéfait », car, avec le retrait de ces paquebots de la « Mail », le steamer américain disparaît complètement du Pacifique. Il va falloir confier la poste, à qui? Aux Compagnies japonaises qui, désormais, contrôlent seules le trafic de l'Ouest.

Le Shinyo Maru avait déjà ses listes de passagers closes quand ce bruit fâcheux s'est répandu. J'ai usé d'un subterfuge. Je me suis adressé à M. Rockefeller lui-même qui, comme chacun sait, est aux États-Unis une puissance à laquelle on ne résiste point. Ce demi-dieu a daigné étendre son bras, au loin, sur la mer. A l'aide du « sans fil », il a demandé au Commandant du Shinyo Maru qui faisait route vers San-Francisco de réserver

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pour un ami, dont il voulait assurer le départ, la cabine d'un des officiers du bord. Il va de soi que quand on est qualifié d' « ami » de M. Rockefeller on ne doit pas marchander le prix des faveurs exceptionselles qui,. du coup, vous sont accordées. On me l'a bien fait voir.

Les salons, les ponts sont envahis. On dort partout dans des conditionB de fortune. Si un typhon, quelque folle violence de tempête couchait notre paquebot sur le flanc, un quart des passagers, tout au juste, trouverait place dans les embarcations.

Personne n'y songe. Nul périscope ne viendra, nous le savons, percer ce plancher bleu, nulle torpille ne poussera vers notre coque sa pointe ■le mort.

Les- éléments et leur fureur sont devenus moins edoutables à l'homme que la perversité de homme.

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