‹ L'heure du Japon:Chapitre 37 sur 85 · SI L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU · texte numérisé non relu

SI L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU

p^nsonnellement, il en est qui nous regardent, nous autres, ses alliés, ses francs amis. Dans Pintérét des deux parties, nous ne pouvons pas ne point nous demander si ces difficultés vont se résoudre par une évolution vraiment philosophique, par un recul historique, ou par une révolution sociale.

Je pose la question avec une entière franchise aux hommes d'État, aux Japonais éminents qui m'accueillent. Chez tous je constate d'abord ces deux sentiments : une surprise non déguisée que, dans les complexités de l'heure présente, un étranger s'intéresse à ce cas de conscience, et puis, d'autre part, en ce qui les concerne euxmêmes, c'eôt l'aveu d'une préoccupation grave.

J'ai noté, dès mon débarquement, l'impression que j'ai éprouvée en trouvant sur la colline qui domine Yokohama le culte shintoïste et le culte bouddhiste mstallés l'un à côté de l'autre. On le sait, le shintoisme, mot à mot « le Chemin des Dieux », est la forme reli^euse la plus anciennement enracinée sur ce sol. Est-ce vraiment une religion? Est-ce seulement une institution patriotique? Ceci est certain, le shintoisme ne s'étaye ni sur des livres sacrés, ni sur un code moral défini.

Pour ne remonter qu'à cinq siècles avant le Christ, on ne distingue pas au Japon la religion de la politique ou des mœurs, telle une institution

séparée. Le peuple rend hommage aux dieux, c'est-à-dire aux ancêtres de la famille impériale et puis aux mânes des défunts illustres, dans le même sentiment d'obéissance passive qu'il adore le Mikado vivant. Nulle notion d'un paradis ou d'un enfer. Il y a des dieux bons; il y en a de méchants ; de vagues prêtres sont chargés de louer les uns, d'apaiser les autres. Sans doute quelques infiltrations des idées chinoises sont évidentes à travers ce culte politico-religieux. On serait embarrassé de les isoler et d'assigner une date à leurs manifestations premières.

L'événement de l'histoire religieuse du Japon est, au milieu du sixième siècle après le Christ, l'entrée en scène du bouddhisme. Nulle résistance n'est possible. La métaphysique du bouddhisme, l'ampleur de ses cérémonies, la beauté qu'il traîne après soi, submergent les rites archaïques du shintoîsme. Elles les enveloppent d'autant plus sûrement que le bouddhisme, au lieu de rompre en visière avec le culte primitif, a la sagesse politique de l'absorber tel quel. Gela nous conduit jusqu'au [ début du dix-huitième siècle.

A ce moment-là le shintoîsme renaît soudain de ses cendres. Toujours pour des raisons politiques. L'irritation contre le bouddhisme se confond, en effet, avec la réaction contre ces puissants a Maires du Palais », les Shoguns, qui ont mis à

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