SI L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU 13S
peu près dans l'ombre l'Empereur non pas « fainéant », mais « supplanté », le Mikado.
Les grands lettrés, Mabushi (1697-1769), Motoori (1730-1801), Hirata (1776-1843), soutiennent cette propagande. Avec la révolution de 1868, la victoire semble un instant définitive : le bouddhisme est détrôné, le shintoîsme s'installe avec la figure d'une religion d'État (1).
S'il est difiicOe de démêler dans quelle mesure le shintoîsme réussit à se maintenir en tant que culte, pendant le long 'triomphe du bouddhisme, il est aisé de toucher quelle part prépondérante son influence politique a prise dans la formation du caractère japonais.
Nous sommes placés en face d'une éducation à la Spartiate. Elle va à la destruction absolue du <( moi ». Il doit disparaître avec son égoïsme dans l'intérêt supérieur de la communauté. Cette éducation se donne d'abord dans la famille : elle façonne les enfants, la jeune femme, le jeune mari. Elle interdit les larmes. Elle ne permet pas l'amour, considéré comme un égoïsme à deux. Cette maison familiale où les parents commandent est de verre. Elle est surveillée, contrôlée par les voisins. L'avertissement charitable ne manque point à ceux qui, dans le développement de leurs passions indivi-
(1) Ernest Satow, The revivaX oj Pure Shinto ; Gham- BEBLAiN, Things Japanese ; Percival Lo wbll, Occult Japan.
duelles, risqueraient de s'écarter de l'idéal national. Le village est surveillé par un autre village. L'ensemble des villages est lui-même contrôlé par les représentants de l'esprit de clan. Et tous ces sacrifices^ en apparence sotiriants, enveloppés de révérences, colorés par les rites d'une politesse minutieuse, aboutissent à la religion de l'Empereur.
Aujourd'hui que les Samural, ces chevaliers japonais en qui s'incarnait cette discipline nationale, ont disparu^ la femme japonaise demeure comme le témoin de la puissance qu'une telle organisation sociale a eue dans le modelage extérieur des âmes. Dans sa vieillesse» la femme japonaise porte sur le visage un reflet de dignité qui rappelle les expressions de bienveillance et de complet détachement dont s'illuminent parfois chez nous les faces amaigries et fanées des Soeurs de la Charité. Et,, sans doate,^ quelque parfum de l'ancienne discipline chevaleresque survit pour l'homme dans la pratique de cette bravoure mili* taire, intégrale, que le vieux code d'honneur japonais nommait le bushido (1)* Très récemment on a demandé aux écoliers japonais, à ces petits gar- * çons coiffés de casquettes plates, que je vois s'engouffrer dans les écoles primaires» avec leurs car- Ci) laazo NiTOBX» The Japanete Nation,