TRISTESSE DE LA VIERGE I|I
La vierge rêve. Elle admire La parure des prés verts; En ses yeux divins se mire La fraîcheur de l'univers.
Son âme s'est envolée, Légère comme autrefois, Vers l'heureuse Galilée Où l'eau chante dans les bois.
Elle a connu cette aurore.
Quand elle était parmi nous ; Elle croit sentir encore Son enfant sur ses genoux.
A quoi bon le chœur des anges, Le Paradis et sa cour.
Puisque Jésus dans ses langes Lui sourit avec amour !
Délicate fleur du songe.
Que ton éclat dure peu !
Était-ce donc un mensonge.
Cette paix du grand ciel bleu ?
ifi l'heure enchantée
Sur le riant paysage Une ombre noire a passé ; L'homme a montré son visage, La vie a recommencé.
La vierge qui s'inquiète Se penche, et son cœur aimant Entend la plainte que jette Le monde éternellement.
Dieu, là-bas, tant de souffrance Et qui fait si peu de bruit!
Que d'êtres sans espérance Ont pleuré toute la nuit !
C'est grand'pitié. Notre Dame ' Soupire en joignant les mains.
Comme au temps où, pauvre femme, Elle errait par les chemins.
Elle se voit quasi morte De lassitude et d'effroi ; Chacun lui ferme sa porte; Son petit Jésus a froid.
Son enfant, tout son courage, Ah ! comment le protéger !
Les bourreaux sont à l'ouvrage, On va venir l'égorger.