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CLAIRS DE LUNE

Est-ce le grand jour Ou la jeune aurore Qui charme et colore Les blés d'alentour?

O nuit toute blanche, Nuit d'enchantements !

De purs diamants Sont à chaque branche !

Dodo, dodinette, Dors, marionnette !

La nuit est brune.

On entend le pipeau.

C'est dame Lune Qui garde son troupeau.

Dodo, dodinette, Dors, marionnette!

Ma petite âme, Envole-toi gaiement.

On te réclame.

Là-bas, au firmament.

i6o l'heure enchantée

Dodo, dodinette, Dors, marionnette!

Voici qu'on ouvre La maison du bon Dieu.

Pars et découvre Le nid de l'oiseau bleu.

Dodo, dodinette, Dors, marionnette!

Vois dans les roses.

Au milieu du jardin.

Les moutons roses Qui font dredin din din.

Dodo, dodinette, Dors, marionnette!

Pour toi, mon ange.

C'est fête en Paradis.

Chacun se range Devant tes yeux hardis.

Dodo, dodinette.

Dors, marionnette!

Jésus t'ordonne De venir l'embrasser.

Et la madone A voulu te bercer.

CLAIRS DE LUNE l6l

Dodo, dodinette, Dors, marionnette!

Tous les vains bruits se sont apaisés.

Dans l'or et le bleu du soir qui tombe, Doux comme l'appel de la colombe, Frémissent encor quelques baisers.

Bleu du crépuscule, ô bleu si tendre, Doux comme les yeux qu'on aime tant.

Robe que la nuit passe en chantant.

Dès qu'un rossignol s'est fait entendre,

Rais de lumière au-dessus des monts.

Plaintes d'angelus dans la fumée, Gazouillis d'oiseaux sous la ramée.

Pareils aux refrains que nous aimons.

Comme vous savez d'un autre monde Parler à mi-voix au cœur lassé!

Évoquez pour moi le cher passé.

Le cher passé mort avec ma blonde.

i62 l'heure enchantée

Tous les vains bruits se sont apaisés.

Le soleil expire et la nuit tombe.

Au firmament avec la colombe, Vite envolez-vous, derniers baisers.

Dans l'or et le bleu la lune rose, Comme autrefois, s'éveille à demi.

A sa lueur le bourg endormi Semble un insecte au cœur d'une rose.

Entrecoupé d'ombre et de clarté.

Le ruisseau d'argent bruit à peine.

On croirait entendre une âme en peine, Pleurant tout bas le temps enchanté.

Et l'air fraîchit et le vent se lève.

Un souffle a passé par la forêt.

Sous les bouleaux voici qu'apparaît, Dans l'or et le bleu, mon ancien rêve.

C'est la pâle fleur de mon printemps.

Cueillie à l'aube un jour de dimanche.

Un bouquet fané dans sa main blanche, C'est le triste amour de mes vingt ans.

Sa chevelure qui se défrise Nonchalamment flotte sur son cou.

Ses yeux, trop clairs, sont les yeux d'un fou. Son manteau brodé fuit dans la brise.

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