LES ROIS MAGES I I
Ah ! ce n'était pas un riche palais, Tout fleuri d'argent, d'or et de lumière ; Pas même la grange où rit la fermière, Au tomber du jour, avec ses valets.
Rien qu'un toit qui branle. Oh ! quelle demeure Pour la bonne Dame et pour l'enfant Dieu! Il vente, à grands coups, dans l'àtre sans feu, Et la Vierge chante à Jésus qui pleure.
Le loquet tiré, sont entrés les Rois.
Ils ont, dès le seuil de la bergerie.
Salué Joseph, salué Marie, Fait une risette au poupon, tous trois.
— « Fontaine d'amour où le ciel se mire. Perle qui brillez au milieu du foin, Pour vous adorer nous venons de loin.
Nous vous apportons l'encens et la mvrrhe. »
Derrière le bœuf, tout près de l'ànon Qui s'est mis à braire, en signe de joie, Ils sont à genoux. Jésus leur envoie Un baiser à tous de son doigt mignon.
Il6 L HEURE ENCHANTÉE
Aux fentes du mur on voyait l'escorte
Qui regardait tout de grande amitié;
De ces pauvres gens Marie a pitié.
Elle dit : — « Joseph, ouvrez donc la porte. »
Ils entrent. Chacun paiera son écot D'une chansonnette à la bonne hôtesse. Mais, pour le savoir et la politesse, Nul ne vaut Gaspard, le roi moricaud.
Comme un enchanteur agitant ses manches,
Il bat la mesure et conduit le chœur.
Il rit largement et de tout son cœur;
Dans sa face noire on voit ses dents blanches.
— « Voici quinze jours que je n'ai dormi. Pour te voir plus tôt, avec ma Fanchette. Si j'ai le cuir noir, mon âme est blanchette; Baille-moi cinq sous, mon petit ami. »
L'étoile d'amour, qui perce la brume.
Illumine encor la pauvre maison.
Un trait d'or soudain barre l'horizon.
L'Orient rougit et le jour s'allume.