‹ L'Heure enchantéeChapitre 2 sur 13 · U N E F É E II · texte numérisé non relu

U N E F É E II

Si le fait est prouvé, tu sais ce qui t'attend.

Nous ne te voulons plus chez nous. En un instant,

Comme ton bel ami, tu deviendras mortelle.

Plus de robes d'argent, d'or ou de brocatelle.

Plus de rondes, le soir, dans le cercle enchanté.

La bise, en peu de temps, fanera ta beauté.

Il te faudra bientôt, villageoise enlaidie,

Subir la pauvreté, le froid, la maladie.

Mener paître les veaux tous les jours que Dieu fait,

Et danser, ventre vide, en face du buffet.

Le front ceint de fenouil, de rue et d'amourette,

Nous irons, folâtrant et riant. Toi, pauvrette,

Tu tireras la langue avec ton étourdi. »

A grands coups de battoir l'auditoire applaudit.

L'enfant tremble et pâlit un peu. Toujours coquette.

Elle fait trois saluts comme veut l'étiquette,

Et murmure : « Madame, et vous, Seigneur... » — « Bon, bon.

Est-il vrai qu'on t'ait vue avec ce vagabond? »

Une faible rougeur est montée à sa joue;

Frémissante et superbe, elle répond : — « J'avoue.

« Mon gentil roi, Ma douce reine.

L'amour m'entraine ; Oubliez-moi.

« Et vous de même.

Esprits mutins.

Sylphes, lutins.

Frères que j'aime.

« Je n'irai plus Voir sur la lande La sarabande Des nains velus,

(c Au loin surprendre Le doux secret Qu'à la forêt Dit la nuit tendre,

« Faire, en soufflant, Quand l'aube approche Tinter la cloche Du muguet blanc.

« Adieu, fleurettes Au cœur rusé Dont j'ai frisé Les collerettes,

« Adieu, adieu, Beaux scarabées.

Perles tombées Du grand ciel bleu,

« Ombres légères Du bois joli Où j'ai mon lit Dans les fougères,

« Lune d'argent, Miroir céleste, Adieu, je reste Avec mon Jean !

« Combien sa bouche A de douceur!

Mon ravisseur N'est point farouche.

« D'un bras vaillant, Blanc comme neige, II me protège En souriant.

c( A la rosée, Plus de cent fois, Il m'a dit : Sois Mon épousée.

« Rire, jaser, La pauvre affaire !

Moi, je préfère Un franc baiser...

« Mon roi, ma reine.

Toute la cour, Vive l'amour Qui nous entraîne '

« De ce garçon Je suis coiffée. Adieu la fée Et sa chanson! »

Dans un pré semé de fleurettes jaunes,

Un pré qui scintille au soleil levant,

Je sais quelque part, sous un bouquet d'aulnes,

Une maisonnette à l'abri du vent.

Elle est fort ancienne et toute petite. Mais quand le matin point à l'horizon, Comme elle sourit, dans la clématite,' Avec son toit bleu, la chère maison /

C'est là qu'oubliant les métamorphoses De la lune pâle et du vent moqueur, L'adorable enfant effeuille des roses', Son fidèle ami tout près de son cœur!

Elle n'est plus fée, elle est toujours sage. Et, tendre et jolie, elle garde encor Un brin d'églantine à son fin corsage, Un nœud de ruban dans ses tresses d'or.

Le jupon troussé comme une bergère, Elle vole ainsi qu'un oiseau des bois!

Elle apaise tout de sa main légère; Un charme est encore au bout de ses doigts.

L'époux qui revient, au soir, de l'ouvrage. Les bras fatigués et le pied poudreux, S'arrête un instant et reprend courage.

Son cœur bat gaiement, son cœur amoureux.

Il a vu de loin sa mignonne blonde.

Douce comme un rêve au milieu des blés, Bercer, en chantant quelque vieille ronde, Un amour d'enfant aux cheveux bouclés.

Beau

page

de l

a reine

'BEcAU TcAGE VE LcA T{EIC^E

Qu'avez-vous, dites-moi, Beau page de la reine?

Qu'avez-vous, dites-moi, Gentil menin du roi ?

Madame a les yeux doux Et vous portez sa traîne, xMadame a les yeux doux :

Pourquoi donc pleurez-vous?

— Hélas! je ne suis rien Qu'un enfant qui soupire; Hclas! je ne suis rien, L'amour est tout mon bien.

Si je n'aimais pas tant, Comme il ferait bon rire!

Si je n'aimais pas tant, J'aurais le cœur content.

— Madame a dans les yeux Le bleu de la pervenche, Madame a dans les yeux Quelque chose des deux.

Madame entre ses doigts Tient une rose blanche.

Madame entre ses doigts Tient la rose des bois.

Et ses cheveux dorés Comme la fraîche aurore, Et ses cheveux dorés Ont la senteur des prés.

— Ah ! plutôt des Hlas, J'en pleurerais encore.

Ah ! plutôt des lilas, Mais ne m'en parlez pas.

— Bah! souriez un peu.

Beau page de la reine; Bah ! souriez un peu, Beau page rose et bleu.

— Non, j'ai trop écouté Le chant de la sirène; Non, j'ai trop écouté Le rossignol d'été.

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