‹ L'Heure enchantéeChapitre 6 sur 13 · LES SAUVAGEONS · texte numérisé non relu

LES SAUVAGEONS

« Ah ! tout nous accable, et nous languissons Loin du clair soleil et de la rosée.

Nos cœurs ont à tous servi de risée; Le temps est fini des belles chansons.

« Ne diras-tu pas le mot qui délivre?

Ainsi qu'autrefois, parle en souriant;

De tes flèches d'or crible l'Orient,

Fais qu'on aime encore et qu'on puisse vivre! »

Les trois sœurs maintenant chantent à l'unisson.

Dans la forêt, où passe un magique frisson.

On dirait qu'un oiseau vole de branche en branche,

Et voici que la jeune Lune, en robe blanche,

Paraît, cueillant les lys du céleste jardin.

Elle semble, en passant, faire un signe. Et soudain

La nuit se fait plus douce encor, plus caressante.

Le monde, comme aux jours de sa grâce naissante.

S'épanouit sans crainte et redevient heureux.

Les arbres enchantés, qui murmurent entre eux,

S'éveillent à la fin du sommeil séculaire;

Le vent a pour toujours oublié sa colère.

Voyez, voyez : Là-bas, dans le ciel incertain.

Qui donc surgit parmi les roses du matin ?

C'est lui, le précurseur de l'éternelle aurore,

Lui qui dit au printemps silencieux d'éclore,

Qui fait que l'oiseau chante et qu'embaume la fleur,

Lui, le chasseur divin, l'immortel oiseleur

Dont l'arc épouvantait les bêtes de mensonge,

Le jeune homme adorable, aux yeux couleur de songe.

Qui souffle son ardeur dans les vents embrasés

Et sème à pleines mains l'amour et les baisers!

(Quelques chansons

QJJELQJJES CHc4C^S0C^S

LE printemps, couronné de folles marjolaines, Sur la pointe des monts a mis son pied léger; Une flûte à la main, comme un jeune berger, Du pays de l'azur il descend vers les plaines.

Qi-ielque musique flotte à l'horizon lointain. Pareille à l'oiseau bleu qui jamais ne se pose, Et la colline d'or se perd dans le ciel rose Comme un rêve d'amour dans la paix du matin.

Douce foret, profonde et m\stique chapelle. Ouvre ton porche vert à qui vient en ami; C'est l'heure tendre; éveille-toi, bel endormi. Eveille-toi, mon cœur, au désir qui t'appelle.

C'est le mois des mois.

Les rosiers boutonnent; Voici que fleuronnent Les arbres des bois.

L'épine vinette Commence à pousser; On va voir danser La bergeronnette.

Les ruisseaux chantants De pourpre se teignent; Des saules y baignent Leurs cheveux flottants.

Dites-moi, Rosette, Pourquoi riez-vous? Que vos yeux sont doux, Ma folle amusette !

J'entends un oiseau Perché sur ce hêtre ; Je vois apparaître Une fleur dans l'eau.

Page 1