LES SAUVAGEONS S
De la scabieuse, Chasseur ingénu, Qu'es-tu devenu ?
(.< Dès que je m'éveille, Tes paroles d'or Comme un son de cor Frappent mon oreille.
Oiseau du printemps.
C'est toi que j'entends.
« La pierre des fées Vire lentement.
Un bruissement De voix étouffées, Et je t'aperçois, Pervenche des bois.
« Alouette franche, Au ciel prends ton vol ; Chante, rossignol, Sur la verte branche, Que mon bien-aimc En soit consumé.
a Marguerites folles.
Voici mon époux; Vite effeuillez-vous.
Et que vos corolles
Volent sur les jeux Du maître joyeux.
« Je veux qu'il repose Jusqu'au matin bleu Sur ma couche en feu, Mes lèvres de rose, Sans que mon baiser Puisse s'épuiser...
(c Ah ! toujours l'attendre Au bord de l'étang!
Pourquoi tarder tant, O mon amour tendre?
As-tu déserté Le cercle enchanté?
« L'amandier que l'âge N'a point trop pâli, L'amandier joli.
L'amandier sauvage, Voudrait refleurir Avant de mourir ! » —
Elle a fini. Ses pleurs, comme une fraîche ondée,
Inondent lentement sa figure ridée.
A voir son désespoir, qui ne s'attendrirait?
Les oiseaux bigarrés qui peuplent la forêt
Se sont tous éveillés pour lui rendre courage.
Le torrent dont le bruit est pareil à l'orage
LES SAUVAGEONS 8f
Murmure à petits coups comme un ruisseau des champs. Il semble qu'on entende au loin de vagues chants. Au plus épais du bois, dans les hautes fougères, Passent, en soupirant, mille formes légères. C'est partout comme un tendre et lent susurrement; Mais la troisième sœur se lève brusquement : Tout son geste menace et sa voix irritée Retentit sourdement dans cette nuit hantée:
— « Hélas ! Il est mort, ils l'ont égorgé! L'enfant radieux, l'enfant de notre âme. Et son doux esprit ressemble à la flamme Qui plane au-dessus d'un bourg saccagé!
« Plus de lâches cris, de vaines prières. Que sert d'appeler de nos bras tremblants ? Il ne viendra plus, avec ses chiens blancs. Boire à l'eau qui dort au fond des clairières.
« Le front couronné de volubilis, Il ne viendra plus, comme un faon sauvage, A l'eau des torrents baigner son visage, Beau comme une rose au milieu des Ivs.
« L'homme vil a peur de la poésie, Le hibou s'effare au lever du jour; Ils l'ont égorgé, l'enfant de l'amour.
Son rire insultait leur hvpocrisie.
« O maître des cœurs, frêle adolescent Qui faisais rêver la forêt superbe, Ton corps adorable est couché sur l'herbe Et tes cheveux d'or traînent dans le sang.
« Tes beaux cheveux, blonds comme une saulaie, Un matin d'avril, dans les prés fleuris, Tes cheveux d'amour, les voilà flétris.
Comme ils t'ont fait mal! montre-moi ta plaie,
« Montre ton front pâle et ton cœur charmant. Tes yeux sans regard, ta bouche entr'ouverte ; O gentil seigneur de la combe verte, Dormiras-tu donc éternellement ?
« Quand le jour s'apaise et que la nuit tombe Entre les bouleaux du bois endormi. Ne verrons-nous plus se perdre à demi Ta forme légère, ô blanche colombe?
« Chut!... Là-bas, là-bas, dans cette clarté Qui baigne les pieds de la forêt brune. Comme un rossignol dans un rais de lune. Chante doucement le cor enchanté.
« Est-ce toi qui viens, prince du mystère. En son abandon parler au cœur las?
Est-ce toi qui viens, branche de lilas. De son lourd sommeil éveiller la terre?