QUELQUES CHANSONS
Puisque le jour S'habille en rose, Je suis ta rose, O mon amour.
Vois, à l'orée Du bois dormant, Venir gaiement L'aube dorée.
En plein ravon Qui vole, vole?
C'est l'aile folle Du papillon.
Ah ! turlurette, Que vois-je ici? C'est le souci Et l'amourette.
iMon joli roi, Je te désire; En un sourire Embrasse-moi.
Doucement cueille.
Sous l'oranger.
Mon cœur léger Comme la feuille.
Çbii
BiBLIOTHECA
lOO L HEURE ENCHANTÉE
Que je t'aime, Joli berger,
Plus léger Que l'amour même!
En tes yeux Où le ciel passe,
Que de grâce.
Enfant joyeux!
Sur ta bouche Oh! quelle fleur,
Enjôleur Que rien ne touche!
Trop souvent Ton cœur s'envole,
Plume folle.
Au gré du vent.
A chacune Tu ris un brin,
Pèlerin Du clair de lune.
QUELQUES CHANSONS lOI
Mais ce jeu Nous plaît encore ;
On t'adore, Et puis adieu.
Sur la branche A l'abandon.
Cueille donc La rose blanche.
Marion s'est endormie, A l'ombre d'un églantier.
— Apprends-moi le dou.\ métier, .Marion, ma belle amie.
Le soleil est à l'entour Qui lui caresse la joue.
— Montre-moi comment on joue, Marion, le jeu d'amour.
D'un brin de muguet fleurie, Sa chevelure est au vent.
— Marion, rends-moi savant En l'art de folàtrerie.
I02 L HEURE ENCHANTEE
Marion, c'est Nicolas Qui voudrait bien, mais qui n'ose.
Marions-nous sous la rose, Sous la rose et le lilas.
Chiffon, chifFonnette, Lève, en souriant.
Ta blanche cornette Et ton nez friand, Chiffon, chiffonnette, Ma jolie Annette.
Chiffon, chiffonnette, Que de fleurs! Holà !
L'épine vinette N'a pas ce teint-là.
Chiffon, chiffonnette Ce teint de nonnette.
Chiffon, chiffonnette, J'ai lu dans tes yeux; Comme une rainette Mon cœur est joyeux.
Chiffon, chiffonnette, Ètes-vous honnête?
QUELQUES CHANSONS lO]
Chiffon, chifFonnette, J'ai, pour te loger, Une maisonnette En bois d'oranger.
Chiffon, chiffonnette.
En bois d'épinette.
Chiffon, chiffonnette, Tra déri déra, Bientôt, ma brunette, Ton pied poussera, Chiffon, chiffonnette, La barcelonnette.
Qu'il fait bon voir.
Quand vient la brune.
Danser la lune Sur l'abreuvoir!
Une fillette En jupon blanc S'en va, filant Sa quenouillcttc.
Un gas la suit Comme son ombre, Dans le bois sombre Qu'emplit la nuit.
Elle se montre:
11 est tout près.
Sans faire exprès, L'on se rencontre.
Ah! quel tourment D'aller ensemble!
La belle tremble; Aussi l'amant.
On peut oser Plus d'une chose.
Vive la rose Et le baiser!
Mon Dieu, que les garçons Ont de peine en ce monde,
Tourne la ronde.
Envolez-vous, chansons!
QUELQUES CHANSONS lOf
Tous, leur sort est le même; Les belles font aussi
Trop de souci A celui qui les aime !
On n'est jamais content Du jour où l'on courtise ;
Quelle sottise De les regarder tant!
Leur amoureux langage Nous tient à leurs genoux ;
C'est fait de nous Si notre cœur s'engage.
Vous écoutez leur voix :
C'est comme une musique,
Mais leur doigt pique Comme le houx des bois.
— « Mets-toi là, je t'en prie, Je veux t'apprendrc un jeu.
Regarde un peu Si ma rose est fleurie. »
Et quand on vient, friand, Tâter leur gorgerette.
Sous la coudrette Elles fuient en riant.
io6 l'heure enchantée
De ce dur esclavage Je me veux préserver.
J'irai trouver Le rossignol sauvage.
— « Cousin, j'ai tant pleuré!
Chante-moi ta romance.
Allons, commence, Je t'accompagnerai.
« Ma mignonne est si folle !
J'en ai trop de tourment.
Dis-moi comment Au bois on se console. »
J'aurai soin d'emporter Un flacon de vin rose.
Aucune chose Ne vous fait mieux chanter.
Je rirai de la blonde Et de la brune aussi.
Plus de souci :
Tourne, tourne, la ronde!