RUE DE MÉDIGIS, PARIS
// a été tiré de cet ouvrage
douze exemplaires sur Vergé d* Arches ,
numérotés à la presse de 1 à 12.
Copyrigth 1915, by Société fraoçaise d'Édition et de Librairie, proprietor of Nouvelle Librairie Nationale.
Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation
réservés pour tous pays.
Depuis longtemps désillusionnée sur Tidéalisme de ma trop aimée République, croyant toujours passionnément à la Revanche, mais dans un avenir que mon âge ne me permettait pas d'atteindre, j'avais pris ma retraite.
A cette heure, rentrée dans Tarmée des combattants hardis et passionnés de notre France, je me crois le droit de rappeler mes états de service, de rééditer ce que fut ma lutte de vingt ans contre celui qui a fait TAUemagne plus teutonne encore et dont le teutonnisme diabolique n'a eu, durant toutes les années de son omnipotence qu'un but, un seul : détruire à tout jamais notre France.
Et cela, par les moyens les plus bas, les plus traîtres que la paix recouvre et par ceux les plus monstrueusement préparés que la guerre découvre.
Mes états de service! Ma lutte contre M. de Bismarck dans la Nouvelle Revue que j'avais créée pour cette lutte et où j'écrivais la a Politique Extérieure », l'inspirant et la dictant d'abord, puis la signant à partir d'octobre 1885 pour que M. de Bismarck n'en ignorât.
Cette lutte, je l'ai soutenue sans un arrêt, jusqu'à la chute du chancelier de fer, et continuée vis-à-vis de sa « créature » (je ne trouve pas d'autre mot) Guillaume II, dans la Nouvelle Bevue^ et dans la Parole Française à r Etranger durant vingt-cinq années.
La réédition des coupures de mes Lettres sur la Politique Extérieure dont une grande partie fut toujours consacrée à M. de Bismarck devrait avoir pour titre : Le Lion et la Fourmi.
Lisait-il mes Lettres sur la Politique Estérieurel Oui I
M. Herbette, notre ambassadeur à Berlin, m'a raconté que, plus d'une fois, il n'avait pas brisé lui-même la bande de la Nouvelle Revue^ M. de Bismarck la faisant chercher dès son arrivée.
C'est là pour ma haine un titre glorieux que je ne changerais contre aucun autre.
Une amie secrète, donnons-lui le nom de
comtesse Vasili, me disait que lorsqu'elle venait à Paris et voyait M. de Bismarck au départ, — elle était Berlinoise, — le chancelier lui conseillait de voir « cette diablesse de femme » et ajouta plus d'une fois : « Qui m'en débarrassera? »
Résolue à reprendre la suite de mes mémoires avec le titre : Aux aleniows de la Revanche^ je raconterai « l'attentat bismarckien » dont je fus victime à Laybach, chez mes amis Slovaques. C'était à mon entrée en Hongrie où je venais, invitée par les amis de Kossuth, les républicains de 1849, qui, en exil, avaient eu pour amis dévoués Edmond Adam et moi. Je fus blessée au visage et mes « petits morceaux noirs, appliqués sur mes blessures », ne contribuèrent pas peu à me rendre plus sympathique à Budapest.
Je m'étais donné la mission, ayant rapporté de mon voyage en Russie les preuves diplomatiques de la félonie de l'empereur d'Autriche et de la hauteur d'âme de Nicolas i^\ de réconcilier les vaincus de 1849 et la Russie. Je conterai cela en même temps que d'autres attentats, ayant eu le très grand honneur, bien français, de valoir la peine d'être haïe par...
Bismarck ! Je dis Bismarck! Monsieur et Prince allant mal au monstre vomi par le vieux dieu Thor, et Fauteur responsable de tous les crimes présents d'une Allemagne pétrie par lui.
Mais j'ai tenu ma vengeance, moi la Fourmi!
J'ai vu enchaîné, j'ai entendu gronder de rage le Lion après avoir répété et écrit : « Je ne veux pas que notre ennemi luciférien meure, je veux qu'il assiste à sa déchéance et qu'il en pleure des larmes de sang. »
Dieu, notre Dieu éternellement jeune, permettra que je puisse répéter ces mêmes paroles pour Guillaume II protégé du vieux dieu Thor et que Bismarck a pétri à sa ressemblance.
L'heure vengeresse des crimes bismarckiens sonnera en même temps pour les crimes de Guillaume de HohenzoUern.
Ces pages rééditées de ma Politique Extérieure ont une mission à laquelle je compte qu'elles ne failliront pas : celle de contenir pour l'heure de la victoire une leçon éclatante de haute moralité historique.
Les dites pages consacrées à M. de Bismarck prouveront que la déloyauté, le mensonge, les basses trahisons, le crime, quels que soient l'au-
dace, le cynisme, la puissance des ressources qui les mettent en œuvre ou les recouvrent, aboutissent aux condamnations que les victimes réclament des lois éternelles de justice et de vérité.
Parler de M. de Bismarck, le suivre dans ses combinaisons louches, dans ses mensonges, dans l'avilissement qu'il exige de ses créatures, dans rabaissement qu'il impose à ses alliés, dans sa férocité criminelle et lâche contre ceux qui lui résistent, c'est faire l'histoire de la lutte du Bien contre le Mal.
Guillaume II est le bénéficiaire des œuvres de M. de Bismarck; plusieurs de leurs crimes, comme celui des tortures subies par Frédéric m, leur sont communs. C'est donc dans les œuvres du grossier forgeron de la monstrueuse Allemagne « au-dessus de tout » que le Kaiser doit être puni, comme c'est par Guillaume que Bismarck a été précipité.
Deux héritages sont recueillis à cette heure : celui de Bismarck (car Guillaume I®^ n 'a été qu'un porteur de sceptre) et celui d'Alexandre III, l'un endetté de mensonge et de bassesse, l'autre riche de loyauté et de hauteur d'âme.
Guillaume II, malade de la maladie de son
père, pour lequel il a été atroce, est puni dans son fils : son orgueil le fait courir à fond de train vers la déchéance.
Nicolas II s'auréole des hautes vertus de la loyauté, de la grandeur d'âme d'Alexandre III.
L'action lui donne les vigueurs d'un père honoré, vigueurs que la paix laissait inactives.
Guillaume s'agite et le diable ou le dieu Thor, au choix, le mène. 11 marche dans l'orgueil triomphal de la défaite vers la folie.
Nicolas II, calme, s'achemine vers la victoire, guidé par les trois Alexandre, ses aïeux, tous trois amis de notre France.
La sainte Belgique, son Roi, sa Reine, martyrs, appellent sur nous les bénédictions divines.
L'Italie vaillante se souvient que combattre l'Autriche avec la France, c'est marcher à la victoire.
Et notre Jeanne, ô miracle, salue de l'épée l'armée anglaise. Fer à fer, France et Royaume Uni bouteront hors de France, hors de Lorraine*, hors de Belgique, l'ennemi de tous :
l'Allemand !
1. Si je n'ai pas dit hors de /'A/sace-Lorraine, c'est que je veux dédier ce livre, dont chaque page écrite a contenu ma pensée vers elle : A l'Alsace.