A L'ALSACE
A rheure où Forage gronde, où les éclairs, quoique rares encore, permettent de voir au travers des nuages massés, à l'heure où l'Allemagne au-dessus de tout! devient une enveloppe fragile, c'est rheure où le voile du Temple prussien se déchire !
Les pins aveugles peuvent, à cette heure, découvrir la grossièreté des machineries dont les barbares tudesques se servaient pour refouler le noble essor de nos facultés gauloises, celtes et latines, sous toutes leurs formes, au profit des seules et lourdes conceptions germaines.
Aveugles, nous subissions la déformation de toutes nos découvertes de toute nature qui nous
4. Cette dédicace, publiée par le Figaro, reproduite cent fois dans la presseavec des commentaires y m'a donné la preuve que beaucoup de Français s'étaient laissés convaincre par la kulture teutonne du teutonisme de l'Alsace,
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revenaient brevetées à la prussienne. Dans les arts la lourdeur pédantesque était par nousmêmes baptisée puissance . Dans l'histoire n'avait droit à ^admiration que P historien allemand!
Le cliquetis des mots^ V allure de la conversation, le trait lancé et renvoyé, les exercices charmants des phrases à bâtons rompus, l'élégance de notre esprit français ne trouvait plus le choc en retour et s'épaississait. Plus de causeries dans les salons, plus de belles discussions littéraires, le respect du professeur laissait pénétrer le monologue, l'A . H- B. s'installait en France, l'esprit se gourmait, se solennisait, et la conversation française fuyait découragée.
Nous, les vieux, nous avions lutté pour la retenir! Mais bientôt nous nous heurtions, vaincus, à la « Conférence » /
(( Nos causeries n étaient pas documentées!.,, (( Elles se cantonnaient dans le bagout littéraire^ « tandis que la conférence dans les salons, sur « r histoire !.. . »
Et quand le conférencier citait M. Mommsen, « l'incomparable, le génial historien allemand, dont les découvertes tudesques mettaient « audessus de tout » les travaux des Universités prussiennes! A la bonne heure, on retenait
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quelque chose avec quoi on pouvait stupéfiei^ les ignorants! »
Le superlatif était d'avoir entendu citer M. de GobineaUy un diplomate français^ « écrivain de valeur )>^ qui confessait hautement la supériorité de la race germanique.
Combien de fois, pour échapper à ces humiliations, me suis'je enfermée dans ma vieille abbayey où furent instruites de choses purement françaises Mlles de Sévigné et Marie Racine !
Mais les milieux germanisants ou désertant la causerie française, qui seule entretenait les vitalités de notre esprit, devenaient toujours plus nombreux.
J'essayai, quoique perdant pied, de résister à fenlizement, et je me passionnai pour prouver, pour démontrer avec quelle patience, quelle rouerie savante, quelle continuité les travaux d'approche allemands nous dépossédaient des qualités de notre race.
En histoire, depuis des siècles, répéiais-je, ils ont contourné les indications, renversé la précision des textes, escamoté les preuves qu'ils ont puissamment enterrées.
Tout, partout et toujours, aboutissant en Germanie, à l'Allemagne « au-dessus de tout »,
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très naturellement F Alsace devait être germaine et sa patrie initiale rester définitive !
Rien de ridicule comme cette « Revanche »
française voulant reprendre à la Germanie l'une de ses provinces filiales entre toutes. Et en quel nom^ s'il vous plaît? Au nom des plus fabuleux droits d^une race gallo-celto-latine !
Que de convictions faites à ce sujet en France ! Et soutenues par plus d^un Français se croyant bien Français! Ceux-là mêmes admettant, au besoin, le désir de retrouver l'Alsace et les Alsaciens , (( Français de ccmr », ils admettaient de le reconnaître,
Lun de mes amis, diplomate comme M. de Gobineau, le baron de Ring, prit un jour la peine décrire pour moi tout un mémoire, duquel il ressortait ceci que f abrège, mais que je note, car il est un reflet des opinions ou vagues ou précises d'un grand nombre de Français :
<' La germanisation de l' Alsace-Lorraine re^ monte très loin, mais elle est suffisante si l'on se reporte au moment où César nous apprend que, de son temps, les tribus germaniques occupaient une partie de la Gaule belgique. Or, l'Alsace devait être à la même enseigne...
(( Comment se sont germanisés les pays de la
, . A l'alsacb. n
rive gauche du Rhin ? Le processus a lieu durant la domination romaine^ toujours par une infiltration, mais cette fois par une infiltration sui geaeris.
« Constamment en lutte avec les Germains durant quatre siècles, les légions romaines en ont pris et réduit en esclavage un nombre immense, et sur le nombre la plupart sont restés en Alsace pour échapper au voisinage de l'interminable guerre et pour Jouir à F intérieur de la « paix romaine ».
« Uun autre côté, des Germains venaient en Gaule librement et s'y engageaient comme colons.
« Im rive gauche du Rhin nest donc pas devenue germaine par conquête^ rnais par un phénomène d'endosmose ethnique, ce qui n'empêche pas qu'elle soit bien germaine sous le rapport du sang el de la langue. »
Le baron de Ring voulait bien reconnaître qu'il restait quelques gouttes de sang gaulois dans les veines alsaciennes, mais c'était comme bon Français qu'il s'obligeait à cette concession.
Et il ajoutait, inconscient de sa trituration allemande :
« L'Alsace qauloise, puis germanique, puis redevenant gauloise, il y a là des impossibilités ! »
IS A l'aLSACE.
Sauf, mon très cher utniy si foH n*êdMièt pas que r Alsace ait été Jamais germaine, réplifUdije au mémoire du baron, et je le prouve.
Ce ne peut être par des esclaves germains, comme vous l'affirmez, esclaves amenés par les légions romaines, que f Alsace s'est germanisée, puisque les légions n'en fixaient jamais près d'elles, mais les envoyaient à Borne ou dans les villes.
Le germanisme, pas plus que le (:eitisme, n'impo?'taient dans les provinces conquises un apport de sang. Les invasions aryennes, dé même que les invasions germaniques, n'orU amené en Alsace qu'un très petit nombre des leurs dont lés caractères physiques ont été immédiatement absorbés par les primitifs.
L'infiltration germanique s'est bien arrêtée au Rhin! En tout ca^, de Céèar à CharlemagHe, c'est-à-dire pendant dût s^les, il existe une différence radicale entre les gens de la rive droite et ceux de la rive gauche, latinisés et civilisés dix siècles plus tôt.
L'un des grands arguments tudesques est qu'il ne peut être nié que, durant tout le moyen âge, lès Alsaciens n'aient senti et pensé comme la (xermanieé
EL l'alsàce. id
Or^ il est nbsoinmeM fmit qtvè les Alsaciens aient jamais pensé et senti c^ntme les Alttmànds, il suffit ëe voir leur aPt fomûn et lêtèr gàût traditil^hnèl pour conclure.
Ce H' est pas seulement te cteur, fnais tous les élémeMs de lu ûimtisatkm qui sont ffançaiè chez les Alsaciens.
S'il est vrai que, durant le moyen dgè, l'Alsace ëft la iMraine aieM été rattachées à l'empire d'AllemagnCy ce qui paraît vague, l'Alsace ne présente que dei ressemblances ethniques, assez lûinimhesy qui ftè portent guère que sur la tangtÈè : il tèt facile dé le prouver.
Loin dé graviter autour de r Allemagne et de se nourrir de son esptit durant tout te moyen âge y r Alsace se retrouve et se développe dans le sefis parallèle à la France , de ftiçon indéniable^ se rapprochant davantage de la nation qui a les mêmes origines de race qu' elle-mirrte .
Le noih Elsass (Alsace) est de pure origine velti^ue. Il "tient de EU, abréviation de Bel, r Apollon des Celtes. Lé dieu Soleil des Celtes dûnnÉ ^ûh nom à la rivière fécondantU fil. Sass signifie ^itUàtioA, position.
Eh ! ottî, f Alsace en bien gauloise, dé cette mck qui marque et son seeaU iïeép^ yogiumitd,
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malicieux' et gai, la critique de f ennemi lourde sans finesse et sans goût.
Il ne faudrait pas être Picarde^ comme Je le suis, et ne pas connaître un paysan picard et un paysan alsacien, pour ne pas avoir constaté des ressemblances d'observation plaisante des mêmes « crus ».
V Alsace gauloise a connu les Germains comme pillards. Elle n'a pas changé d'avis depuis sur eux.
Ce sont les Latins et non les Germains qui ïont conquise, et elle a parlé leur langue, et elle a partagé leur foi païenne d'abord, puis chrétienne.
L'Alsace n'eut pour suzerain f Empire ger^ manique qu'après le partage de l'Empire de Charlemagne, et en même temps que les cantons suisses. Mais cet Empire ne gouverna jamais les villes libres d'Alsace.
S'il abusait du droit de lever sur elles des contributions, elles ne les versaient qu'en échange de franchises, une à une arrachées.
Lorsque l'Alsace fut réunie à la France, elle se donna de son plein gré, et Je possède V admirable médaille dor qui fut frappée alors; je la reçus un matin, avec mon courrier, dun Alson
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cien inconnu, avec ces mots : « Don à qui la mérite. »
Le SO septembre ITSI, l'anniversaire de la réunion de V Alsace à la France fut fêté à Stras-bourg. Une médaille aussi fut frappée. Elle porte ces mots :
FIDES ALSATIiE (L'Alsace fidèle)
Et je ne puis regarder ces deux médailles sans ajouter : « V Alsace malheureuse ».
Pour répondre à la propagande germanique, moi aussi, un jour, j'ai fait ma « Conférence », et le titre en était : « Non, r Alsace-Lorraine n'est ni germaine ni germanisée. »
Et j'ai fait des conversions!
Je suis allée en pèlerinage de Strasbourg à Sainte-Odile, qu'aucune légende germanique n'a souillée! J'ai visité le village de Truttenhausen (Maison des Druides).
Le vieux Dieu de Guillaume II n'y a jamais été prié en ses plus beaux jours de résurrection . Jai murmuré à sainte Odile le mot béni qui n'a cessé de survole?^ de mon cœur sur Strasbourg et Metz depuis quarante-quatre ans : « La Revanche ! » Mot SQjCré qui m'a fait qualifier cent fois de « rabâcheuse! »
U À l'alsace.
Hélas I phis la galopade soldatêsguê teutonne se rapprochait, plus le bruit devenait intense à mes oreilles aux écoutes, plus i épanouissaiont les assurances d'une paix congressive, universelle, dans l'esprit français h^pnoptisé par Berlin.
A mesure que le Kaiser frappait plus impatiemment du pied de son cheval le sol de r Allemagne a au-^ssus de tout » pour en faire sortir ses légions et fondre sur notre France, elle se bouchait les orales pour ne pa^ entendre!
Et les éclair eur s de la randonnée infernale étaient à nos portes !
Sans la Belgique catholique, ^- sans la Bel-gique socialiste dans le sens des légitimes revendications sociales et non de la haine des classes, — no^ étions écrasés avant de nous être dressés. .
Sans le miracle des saintes protectrices de Paris y i870 renaissait plus destructeur eneore.
Mais voici la Revanche ! mot ailé qui vole vers les Résurrections. Mot béni qui a soutenu en petit nombre, durant près d'un demi-siècle, les cmurs fidèles.
Mot ^ amour et de sacrifice, tu as, par grand miracle aussi, tout à coup, pénétré le cmur de
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nos fils, de nos petits-fils, le cœur de notre France tout entière.
Grand mot, expression sainte des grandes dignités nationales, tu es aujourd'hui placé sous la protection du Dieu des armées, que nous avons réappris à prier !