‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 17 sur 83 · LA PREMIÈRE LUTTE — BAUDRICOURT · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE LUTTE — BAUDRICOURT

regardait sa nièce. Son premier sentiment fnt un double effroi : cette enfant perd-elle la raison? pensa-t-il; ou bien est-elle le jouet de quelque Esprit pernicieux?... Jeanne soutint ce regard; et puis, lentement, pieusement, elle se mit à raconter ses visions, les apparitions de l'Archange et des Saintes, l'enseignement qu'ils lui donnaient, leurs ordres. Durand écoutait, recueilli; tandis que l'eniant parlait, il admirait dans ses paroles la trace de l'Intelligence divine, le reflet d'une véritable sainteté; la foi se formait dans son âme, à l'image de celle qui remplissait le cœur de Jeannette.

Quand sa nièce eut fini son récit, Durand, plein d'un saint enthousiasme, s'écria : « C'est Dieu qui t'a parlé, ma fille; je veux obéir comme toi! Que puis-je faire?

— Me conduire à Robert de Baudricourt, capitaine de Yaucouleurs, afin qu'il m'envoie à Charles le Dauphin.

— Je le ferai, » répondit le brave homme sous le coup d'une courageuse résolution. Il ne s'illusionnait pourtant pas et sentait combien il serait difficile (n'était-ce pas impossible ?) de décider le vieil homme d'armes, blanchi sous le harnois, à croire en cette enfant pauvre, inconnue, qui venait lui révéler des choses si peu croyables !

Ils partirent cependant. Durand Laxart finit par arriver au sire de Baudricourt. 11 le vit seul, cette première fois, et lui raconta tout ce qu'il savait sur Jeanne. Il parlait avec enthousiasme; mais le capitaine écoutait froidement, incrédule, presque moqueur. Durand ajouta, pour terminer, et comme preuve, que sa nièce, qui jamais n'avait vu le sire Robert, se faisait fort de le

reconnaître an milien de tons les officiers et soldats de sa garde.

Il semble ici (car le rapprochement des textes ne permet pas de conclnre absolnment) qne Jeanne ait éprouvé, dans la personne de son oncle, nn premier refus de Bandricourt. Celui-ci congédia brusquement Laxart en lui disant : « Votre nièce doit être folle ; souffletezla comme il faut, et ramenez-la chez ses parents. » Mais il semble également que le capitaine — sans doute sur de nouvelles instances de la jeune inspirée — Tait reçue quelques jours plus tard, puisque c'est aux environs de l'Ascension (i3 mai 1428) que plusieurs témoins rapportent la première entrevue de Jeanne avec le commandant militaire de Vaucouleurs. Nous croyons, pour nous, que ce n'est qu'après avoir éprouvé deux refus catégoriques, que Durand Laxart et son héroïque protégée se décidèrent à reprendre, tristes et pensifs, le chemin de Burey. De là. Jeannette revint à Domremy, laissant, il est vrai, son oncle plein de foi dans la mission céleste, mais redisant elle-même à ses Saintes : « Xon, jamais je ne pourrai accomplir cette trop difficile mission ! »

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