JEANNE D ARC AU «OIS CHENU
(Statue d'Allar. — Basilique nationale de Domremy).
LA PREMIÈRE LUTTE — BAUDRICOURT 3i
chasser ces fantômes qui robsédaient : ils le poursuivaient sans relâche, et jetaient dans la tranquillité de sa vie une douloureuse amertume. Un matin môme, plus préoccupé que de coutume, il avait raconté ses songes à sa femme Isabelle, ajoutant : « Si j'étais sur que ces choses dussent arriver, je dirais aux frères de Jeannette de la noyer plutôt; et s'ils ne voulaient obéir, je la noierais moi-même ! »
Cette seule phrase nous fait comprendre toutes les difficultés que Jeannette allait rencontrer dans l'exécution des ordres de Dieu. Si son père, son propre père qui l'adorait, parce qu'il connaissait son dévouement et sa vertu, était en pareilles dispositions, qu'allaient penser les étrangers auxquels un jour ou l'autre elle devrait se révéler ?
Ce jour allait arriver bientôt, car les Voix de Jeanne, l'Archange et les Saintes, lui commandaient d'entamer les premières démarches. Et Jeanne obéissait à ses Voix, parce qu'elles étaient bonnes, l'excitant au bien, et lui disant la volonté de Dieu.
11 lui fallait parler enfin. Le premier confident choisi par la loyale jeune fille fut son oncle, mari de la sœur de sa mère Isabelle. Durand Laxart (i) — c'était son nom, — demeurait à Burey-la-Côte (2), entre Vaucouleurs et Domremy. C'était une âme croyante, enthousiaste ; il ne rêvait qu'une^ chose: la délivrance de la patrie. Entré dans la famille de Jeanne quelques années auparavant.
(i) Mieux : Lassais.
(2) Il semble bien, d'après les savantes invesligations du R. P. Ayrolcs, que le village de Laxarl lut Burey-la-Côte et non lîurey-en-Vaux.
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il avait été saisi par cette impression de respect et de confiance qne répand autour de soi tout être vertueux et pur. Il avait vu grandir sa nièce ; il avait remarqué, sans en deviner la cause, quelque chose de saint et de surnaturel formant comme une auréole autour du front de la gracieuse enfant. — la marque du passage de Dieu, de la visite de ses célestes messagers.
Aucune Histoire de France, même la plus résumée, ne devrait passer sous silence ce digne homme qui s'appela Durand Laxart. 11 faut classer parmi les plus beaux noms de nos annales le nom de Tobscur paysan à qui Jeanne fit le premier aveu de sa mission, et qui, le premier, crut en elle a^ec une inébranlable confiance.
Vers le commencement du mois de mai 14^^, Jeanne arriva tout à coup chez sa tante, femme de Durand Laxart, avec la permission pour un séjour d'une ou deux semaines. Laxart était tout à cette joie de famille, quand Jeannette, le prenant à part, lui parla des malheurs de la patrie, avec de tels accents que leurs larmes coulaient à tous deux. Elle redisait ce qu'elle avait appris de ses Voix touchant la grande pitié qu'il y avait au royaume de France. Puis, relevant la tète, reniant ajouta : «Mais lien n'est perdn. Voici que Dieu vient à notre secours; et notre beau pays, qu'a perdu la reine Isabeau. — mon
oncle, niio vierge de ces contrées le sauvera Vous
la verrez, cette jeune fille qui triomphera de l'Angle-
lerrc ()ne dis-je? Vous la voyez en ce moment : la
vierge des Marches de Lorraine, désignée par Dien, regardez! c'est moi »
Durand Laxart, en proie à la stupeur la plus profonde,