CHAPITRE VI
LA MAISON DU ClIARUON LEROYEU — LA CHAPELLE DE VAUCOULEURS — BERTRAND DE POULEXGY — JEAN DE MZTZ — LE PREMIER ÉQUIPEMENT MILITAIRE — VISITE AU DUC DE LORRAINE — l'eXORGISME — LE DÉPART
AUVRE enfant! elle était là, dans l'échoppe de l'ouvrier, vêtue d'une robe rouge d'étoffe usée et grossière; elle y vivait en compagnie de la femme du charron, cousant et filant avec elle, et lui rendant serAdce en toutes choses. Ensemble elles allaient à l'église de Notre- Dame de Vaucouleurs (i). Là Jeanne entendait la messe et recevait la communion; elle s'y confessa plusieurs fois au curé, messire Jean Fournier. Un des enfants de chœur de Notre- Dame, qui l'a rencontrée plusieurs fois à l'église, rend
(i) Notre-Dame des Voûtes. — C'était la chapelle du château, collégiale érigée en 1271. Cette chapelle, dont la crypte est parvenue jus(|u'à nous (bien que fort mutilée), fait partie du Monument national que Mgr Pagis, évêque de Verdun, élève à l'emplacement du château de liaudricourt. La chapelle nouvelle, remplaçant rancienne comph-liMiient disparue, est en construction. La crypte de Notre-Dame des Voûtes, res-
JEANNE D'ARC OU LA PLCELLE DORLlvVNS
témoij^nao'o de l'édification qu'il ressentait de sa ferveur, et raconte l'avoir vue maintes fois en prières dans la chapelle souterraine (ou crypte), agenouillée devant la statue de Marie, le visage humblement tourné vers la terre, ou bien élevé vers le Ciel, — enllammée de toutes les ardeurs de la piété.
Elle priait. Mais, la prière finie, quand elle songeait
CllAl'ELLi: DU L ANCIKX CHATEAU DE VAUCOULEUllS LA CllYPTE DE NOTHE-DAME DES VOUTES ( IXTÉlUEUU )
à la France en péril, à la ville d'Orléans resserrée chaque jour davantage dans un cercle de fer et de feu par les Anglais sans pitié; quand elle entendait ses Voix qui
taui-t'i* par les architectes du Monument nalional (K. l*]u(lc, A. Riciiaidicre). est rendue au culte. — Disons en passant (pie le château de Haudricourt n'existe [)his depuis cent cinquante ans. On a retrouvé les vestiges de quelques pans de murs.
l'appelaient à l'œuvre, et qu'elle se Aboyait retenue, par la force des circonstances, loin du théâtre des batailles, dans la petite maison des Leroyer, elle plevirait et se
IJUIXES Uli LA CIIAl'ÎLLE DK VAUCOCLF.URS (EXTERIEUR) AVAXT LA RESTAURATION
lamentait douloureusement ! Chaque minute lui pesait, lui semblait un siècle; et, tristement, elle redisait à son hôtesse Catherine : « Quand donc partirai-je? Dieu m'a dit que la France ne serait sauvée que par moi. Vousrap-
5o JEANNE DARC OU LA Tl CELLE D'ORLÉANS
pclez-vous, Catherine, la prophétie que l'on répète partout? La France a été perdue par une femme ; elle sera sam'ée par une vierge venant des Marches de Lorraine . »
Quelques jours se passèrent ainsi; rien ne pouvait faire prévoir la durée de cette attente. Mais Dieu qui, dans ses impénétrables desseins, avait conçu ce plan mystérieux de la délivrance par Jeannette d'Arc, disposa les moyens qui devaient amener la réalisation de sa volonté.
Ses instruments furent d'abord quelques hommes à l'âme grande et patriotique, convaincus par la vue de cette jeune fdle si pieuse, — disons le mot, si céleste, — et pénétrés par ses paroles jusqu'au fond du cœur. Ils se dévouèrent pour l'accomplissement de ses projets.
Parmi ces hommes dont l'Histoire a, grâce à Dieu, retenu les noms, nous trouAons d'abord Bertrand de Poulengy. Présent à l'entrevue de Tannée précédente entre Robert de Baudricourt et Jeanne, ill'aA'ait entendue dire au capitaine, que Charles Vil ne dcA'^ait pas engager d'action pour le moment contre les Anglais, parce qu'il serait secouru vers le milieu du carême suivant. Bertrand a gravé ces paroles dans son âme : il les a jugées véridiques. Voyant Jeanne revenir à Vaucouleurs, il s'attache à la fortune de cette humble lille : plusieurs fois il \i\ la visiter chez Leroyer; il l'entretient de ce que Dieu veut qu'elle réalise; il lui parle des armées, de la vie des camps, du danger des batailles ; il lui représente qu'il ne sera pas possil)le qu'elle aille guerroyer, à moins que, déposant son haljit de femme, clh' ne consente à porter des vêtements virils.
Mais Jeannette est instruite de tout par ses Voix, et
PRPJET DE f^t5TAUfV\TION DE LA CHAPELLE DL! CHA■TE^U DE VAUCOULXUB^