LA CHAPELLE DU CHATEAU DE VAUCOULEURS, E\ RECONSTUUC TIDN
(E. Eude et A. Richardière. architcclcs.)
Vue du chevet (farade Est).
du seigneur duc de Lorraine, qui demandait à voir Jeanne et lui faisait tenir un sauf-conduit. Le duc Charles était malade à Nancy, sa capitale ; il avait entendu parler des célestes visions de la jeune fille, et plaçait en elle une espérance de guérison (i). Il l'interrogea sur sa maladie : Jeannette répondit qu'elle ne savait rien à ce sujet, promit de prier pour le duc, et, sur sa demande, lui donna quelques conseils dans l'intérêt de son âme. L'enfant demanda naïvement au Lorrain son fils (2) et quelques soldats pour la conduire en France; mais lui, fort engagé dans le parti bourguignon, se contenta de faire à la Pucelle un don de quatre pièces d'or. Elle profita de cette circonstance pour aller en pèlerinage à Saint-Nicolasdu-Port, le célèbre sanctuaire voisin de Nancy, puis elle revint à Vaucouleurs.
Elle trouva Baudricourt dans des dispositions meilleures. Ebranlé par les instances de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy, peut-être entraîné par le mouvement qui portait le peuple vers Jeanne, il ne s'opposait plus à son départ pour la Cour (3). Il voulut toutefois, par une dernière épreuve, s'assurer que Satan n'était
(i) Le voyage à Nancy coïncida probablement avec le voyage à Toul (affaire de l'ofjîcialité), dont il serait alors la suite,
(2) C'est-à-dire son beau-fils René d'Anjou, duc de Bar, depuis duc de Lorraine, et roi de Sicile et de Jérusalem.
(3) Ce qui décida le capitaine, ce fut la merveilleuse vision du 12 février : « Gestuy propre jour sut Jeanne la Pucelle, par grâce divine, cette déconfiture (de Rouvray-Saint-Denis ou des Harengs), et dit à niessire Robert de Baudricourt que le roi avait grand dommage devant Orléans, et aurait encore plus si elle n'était menée devers lui, » — « ainsi qu'il fut trouvé par les lettres de Baudricourt, qui avait écrit l'heure quelle lui avait dit, elle étant encore à Vaucouleurs. » Tel est le témoignage des chroniques contemporaines. (Voy. Quicn., Procès. ..,1. iv,p.i25 et 128.)
pour rien dans les visions de la jenne tille : il lit faire une adjuration par le curé de Vaucouleurs.
Ce fut la dernière contradiction; Baudricourt (i) remit lui-même une épée à Jeanne, et désigna ses compagnons de route : avec Poulengy, Jean de Metz et leurs deux serviteurs, ce furent Colet de Vienne, héraut royal, et l'archer Richard. La petite troupe montait à cheval, pour quitter Vaucouleurs, le 28 février 1429. Baudricourt était présent au départ, avec toute une foule sympathique. Et quand la jeune fille, à cheval, salua de l'épée le rude capitaine, celui-ci, plus ému peut-être cpi'il ne voulait le laisser voir, lui rendit son salut en disant : « Va donc, va! et maintenant, advienne que pourra î »
(i) Il avait alors la confirmation de la défaite des Harengs.