‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 25 sur 83 · JUGEMENT DES DOCTEURS DE POITIERS LA MISSION DE JEANNE · texte numérisé non relu

JUGEMENT DES DOCTEURS DE POITIERS LA MISSION DE JEANNE

APPROUVÉE PAR LÉGLISE

ENDANT que l'Église prolongeait l'examen de Jeanne à Poitiers, et que le roi tenait conseils sur conseils, les patriotes français se prononçaient avec ensemble dans un sens faA orable à l'humble vierge de Domremy : grands, bourgeois, enfants du peuple, ils venaient de toutes parts saluer celle qui, pour eux, était comme une incarnation de l'Espérance.

Déjà, dès le lendemain de son arrivée à Chinon, le duc d'Alençon (i), à peine sorti des prisons d'Angleterre, était accouru vers le roi, pour voir Jeanne la Pucelle. Celle-ci, lors de l'arrivée de ce parent du roi, s'était écriée : « Plus il y en aura du sang de France, et

(i) Gendre de Charles, duc dOrléans, du prince poète retenu captif à Londres depuis la bataille d'Azincourt (i4i5) et qui ne devait rentrer en France que bien des années après !

mieux cela sera ! » Le duc devint bien vite un admirateur de Jeaune ; et peu de jours plus tard, ayant, en compagnie du r«û. vu cette jeune fille chevaucher et manier la lance comme un vieux chevalier (sans avoir pourtant jamais appris cela.) — ravi d'admiration pour un tel prodige, il voulut l'aire présent d'un cheval à Jeanne, pour lui témoigner sa joie et son enthousiasme.

Dès lors, rhotel de Jean Rabateau, l'avocat de Poitiers, était le centre d'un vrai pèlerinage. Tous ne s'y rendaient pas en amis : plusieurs arrivaient en sceptiques, haussant les épaules à cette pensée, d'une enfant de la campagne gagnant des batailles ! mais la plupart accouraient pénétrés de respect et de gratitude pour celle (piiiii secret instinct leur révélait comme une sainte. Jeanne les recevait tous avec une égale aisance, une égale bonté. La sagesse de ses réponses convainquait les plus incrédules; quant aux autres, aux admirateurs, elle sut sans cesse se garder contre eux de tout orgueil. Un jour (i) ([ue de braves femmes s'efforçaient de faire touclier par elle, comme par une thaumaturge vénérée, des médîiilles, des chapelets, elle les arrêta d'un mot hundde et charnuint : « Touchez-les donc vous-mêmes, ce sera tout aussi bien! »

Jeanne était abordable à chacun par sa grande douceur et charité. Mais la l^esogne préférée delà mystique Pucelle n'était pas de recevoir des visites; sa plus suave occupation, son bonheur le plus vif, c'était de prier son Dieu, de converser avec ses saintes conseillères du Ciel.

(i) Au mois d'octobre, pendant un séjour ;i. Hourges.

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Chaque jour, sans ostentation, elle se retirait dans la petite chapelle de sa maison ; et là, s'agenouillant, elle s'abîmait dans les délices de sa ferveur.

La surveillance à laquelle se livraient les dames chargées d'étudier Jeanne de près tournait tout à son honneur. Les informations recueillies par des religieux franciscains sur l'ordre du roi, tant à Domremy qu'aux environs, apprenaient à la France entière ce que nous saA ons déjà de la Pucelle, et confirmaient sa réputation. Enfin, l'examen des docteurs montrait, dans cette jeune fille ignorante, une sagesse profonde, que les lumières surnaturelles seules pouA aient lui fournir; en voici quelques exemples :

(( Jeanne, avait demandé Guillaume Aimery, vous demandez des soldats pour coml^attre, et vous dites que c'est le bon plaisir de Dieu que les Anglais laissent le

royaume de France et s'en aillent en leur pays? Si

cela est, il n'est pas besoin de soldats; car le seul bon plaisir de Dieu peut mettre les Anglais en déroute et les faire retourner dans leur pays.

— Au nom de Dieu, répondit Jeanne, à la grande admiration de tous : les gens d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »

4 cette sagesse merveilleuse se mêlaient parfois les pointes d'un esprit enjoué, sachant assaisonner ses dires du sel de la vieille gaieté française.

Ainsi, lorsque Séguin, docteur en théologie, avec un fort accent limousin, posa cette question : « Quel langage parle saint Michel? — Meilleur que le vôtre, » réponditelle espièglement. Et, comme le même docteur ajoutait :

« Croyez- VOUS en Dieu? — Tout autant que tous, dit-elle. — Eh bien !repritSéiçuin,Dieu défend de vous écouter sans un miracle quelconque, qui prouve qu'on doive ajouter foi à vos paroles. Nous ne conseillerons pas au roi de vous confier une armée, et de la risquer ainsi, sur votre simple assertion. — Au nom de Dieu, répondit Jeanne, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire des miracles; mais envojez-moi devant Orléans : là je vous montrerai les miracles que je suis Aenue faire. Qu'on me donne des soldats en tel nombre que l'on voudra, et j'irai! »

Secourir Orléans, entrer en campagne, c'était tout son désir : elle ne pouvait déjà plus contenir son impatience. Ainsi, Georges Thibaut, écuyer du roi Charles YII, étant entré un jour dans la salle de l'examen avec les docteurs, elle lui frappa familièrement sur l'épaule et dit : « Ce que je désire, c'est avoir plusieurs hommes de bonne volonté comme celui-ci. »

Cette épreuve enfin se termina, décisive en faveur de Jeanne. Les examinateurs rédigèrent leur rapport au roi sous ce titre : Opinion des docteurs que le roi a demandée , touchant le fait de la Pucelle ençoj'ée de par Dieu, Le rapport commençait par féliciter le roi d'avoir procédé dans cette affaire avec lenteur et maturité; d'avoir fait examiner Jeanne sérieusement, en se conformant aux conseils de la Sainte Écriture. \Jopinion constate que depuis six semaines, la jeune fille a subi divers examens, tant publi({uement que secrètement, de par des savants, des gens d'Église, des chefs mililain's. do nobles et prudentes dames; qu'elle a reçu la visite d'un nombre immense de personnes de toutes

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