POITIERS — L'APPROBATION DE L'ÉGLISE
conditions ; et qu'en elle on n'a pas trouvé de mal, mais au contraire bien, humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplicité.
U opinion déclare encore que de la naissance comme de la vie de Jeanne, on raconte des choses merveilleuses ; que pour le miracle qu'on lui demande, la Pucelle répond que ce sera la délivrance d'Orléans, parce qu'ainsi Dieu le veut. Les docteurs concluent donc qu'il faut, pleins d'espérance en Dieu, l'envoyer avec des soldats devant Orléans, car douter d'elle ou la délaisser sans apparence de mal, serait résister au Saint-Esprit et se rendre indigne des grâces de Dieu.
Tel fut l'avis des savants ecclésiastiques qui, sans parti pris, alors qu'elle n'était pas encore un personnage politique ayant des tenants et des adversaires puissants, ont jugé la Pucelle Jeanne. La sentence fut rendue au nom de l'archevêque de Reims, qui présidait. L'évêque de Poitiers faisait partie de l'assemblée; celle-ci comprenait des docteurs non seulement savants, mais impartiaux et d'une orthodoxie parfaite. Jeanne, malgré son impatience de combattre, s'est soumise à ce tribunal : elle s'y présentait sous son vêtement d'homme et de guerrier, et les juges ont approuvé sa conduite, sachant que si Dieu voulait Jeanne dans les camps, elle devait prendre la tenue des camps. La Pucelle a donc été, dès le principe, jugée, approuvée par l'Eglise.
Nous insistons sur ce point. Plus tard, en effet, un complot sera perfidement ourdi contre elle par un ecclésiastique dégradé, vendu depuis longtemps aux Anglais; et dans la suite des siècles, tous les impies, tous les
ennemis de la vérité fermeront les yeux sur le jugement de Poitiers, le seul impartial et vrai, fait (au nom de rÉj^lise) du vivant de la Pueelle, — pour jeter à la face de la Religion l'acte infâme accompli postérieurement par un misérable sectaire, ne tenant à l'Eglise que par son titre, mais nullement par les sentiments de son cœur et l'esprit qui guida son jugement.
Nous qui cherchons la vérité, nous devons la proclamer bien haut : l'Eglise, dans la personne de ses représentants autorisés, a jugé Jeanne d'Arc, dès le dél)ut de sa carrière, et consacré sa mission. Approuvant la noble enfant, elle l'a bénie avant qu'elle s'élançât, au nom de Dieu, contre les ennemis de la France, pour reconquérir sa patrie opprimée, et la conserver comme Dieu la veut, — son docile instrument en ce monde et la Fille aînée de son Eglise.