TRAHISON — ]\IOUTIER ET LA CHARITÉ
Conseil royal, et se résout à Vobéissance aveugle. Ce Conseil, dans une séance tenue à Mehun-sur-YèA^re, décide l'attaque des villes de Saint-Pierre-le-Moûtier et de La Charité-sur-Loire : Jeanne entre aussitôt en campagne (i).
Elle part de Bourges, où les troupes sont réunies, en compagnie du sire d'Albret. Elle arrive devant Saint- Pierre-le-Moûtier, y fait donner l'assaut. Mais la place se défend bien, et les Français sont repoussés avec perte. D'Auloii lui-même, la jambe navrée^ est transporté non loin du fossé. Toute la troupe française a pris la fuite. Alors, stupéfait, le chevalier aperçoit la Pucelle restant devant les murs, avec quatre ou cinq fidèles soldats autour d'elle. La garde de la jeune fille est confiée par le roi de France à ce brave et loyal serviteur; aussi, malgré sa blessure, il se remet en selle, et courant vers sa dame, il la supplie de battre en retraite : <( Ne voyez-vous pas que vous êtes seule ? » lui dit-il.
Elle, alors, enlève son casque, et lui répond avec calme : « Je ne suis pas seule; j'ai encore en ma compagnie cinquante mille de mes gens; je ne partirai pas d'ici que la ville ne soit prise. » Jeanne parlait des légions de ses frères les anges, qui l'aidaient en toute entreprise, et qu'elle voyait souvent aller et Avenir parmi les hommes.
La Pucelle commande à d'Aulon de retourner vers les fuyards, et de leur faire apporter ce qu'il faut pour combler les fossés. Quelques moments plus tard, s'adres-
(i) Noveuibro 1429.
aîo JEANNE DARC OU LA PL'CELLE D'ORLEANS
saut aux Français qui reviennent, elle leur crie d'une voix forte : « Aux fag'ots ! aux claies, tout le monde ! afin de faire le pont. »
Sa voix rend le courage à la troupe ; l'assaut recommence. Au même instant, la résistance des ennemis cessant comme par miracle, la place est emportée. Le soldat, furieux, mit tout au pillage, mais l'énergie de Jeanne sait faire respecter l'église de Saint-Pierre, dans laquelle les assiégés avaient abrité les plus précieux de leurs biens.
Telle ne fut pas l'issue du siège de La Gharité-sur- Loire, où l'on envoya la Pucelle en plein mois de décembre. Elle obéit. Mais ce siège, commencé dans la mauvaise saison, par un hiver très rigoureux, avec des troupes sans vivres, sans argent et sans munitions de guerre, était condamné d'avance à l'insuccès. Ceux-là ne l'ignoraient pas, qui, jaloux de l'héroïne, l'avaient jetée dans cette affaire et lui refusaient les moyens matériels de réussir! Après plusieurs jours d'efforts infructueux, durant lesquels Jeanne chercha Aainement à procurer à ses hommes ce qui leur manquait — tout, — la compagnie s'étant débandée, il fallut renoncer à l'entreprise.
Cet échec, le seul (i) qu'elle éprouva dans sa carrière militaire, fut une douleur profonde pour l'ame de la Pucelle. Alors elle comprittous les malheurs (jue devait produire l'obstination des hommes contre sa parole inspirée. Elle fit, n'en doutons pas, le sacrifice de sa vie
(l) Car lairaiiT de Paris, maigri' sou rcsiillat m'-gatif (([ui liai aux causes que l'on sait), ne fut pas un échec, niilitaininent parlant.