LE MIRACLE DE LAGNY — FRAXQUET DARRAS — COMPIEGNE
assiégée; LA SORTIE — PRISE DE JEANNE DARC, LE 24 MAI l43o.
orsqu'elle reparut à la Cour, ia Pucelle ne fut pas reçue par le roi Charles avec moins d'honneur qu'après ses plus belles victoires. Le roi le savait bien : si Jeanne n'avait pu ij vaincre, c'est qu'elle n'avait pas eu le nécessairepourtenir campagne. Ce fut même à cette époque (décembre 1429). qu'il anoblitla Pucelle et toute sa famille, ajoutant à cette noblesse '^^ un privilège jusqu'alors sans exemple dans l'Histoire de France, celui de se transmettre par les femmes comme par les hommes. Jeanne ne voulut pas profiter de cette distinction, mais ses frères et tous les siens l'acceptèrent, et prirent un nouveau nom : du Lys. Pour la noble enfant, au milieu d'une inaction qui lui pesait plus que mille tortures, elle continuait à pratiquer toutes les humbles vertus, à se sacrifier, à s'immoler
a34 JEANNE DARC OU LA PUCELLE D'ORLÉANS
pour la patrie, encoiirag-eant paj' lettrées et par tous les movcns en son pouvoir les vaillants défenseurs de la nationalité française.
Un jour vint cependant où cette oisiveté lui devint trop pesante. Jeanne brûlait de verser son sang, et de trouver sni' les champs de bataille une mort qu'elle avait acceptée pour le salut de la France. D'ailleurs, ses Voix l'appelaient dans le chemin du martyre, sans indiquer pins nettement la divine volonté.
Vers la lin du mois de mars 14^0, Jeanne, résolue à qnittci' hi Cour royale, partit un matin sans prendre congé du roi, sous le prétexte d'aller <( se divertir à la campagne. » Elle s'achemina vers l'Ile-de-France, avec une faible escorte. Le i5 avril, elle était à Melun; cette ville venait de clmsser les Anglais, pour se donner au roi. La Pncelle parcourait les fossés, pour les mettre en état de défense, quand ses Saintes apparurent devant elle, connue elles faisaient très souvent, mais cette fois pour Ini révéler une nouvelle qui glaça d'effroi son cœur intrépide : « Tu seras prise! lui dirent-elles; tu seras prise avant la Saint-Jean. »
Jeanne avait accepté la mort; mais la captivité, pour elle, était pire que le trépas. Elle inclina cependant la tète devant la volonté de Dieu, bien décidée, en faisant son devoir jnsqn'au l^out, à s'efforcer de ne point se laisser prenihe : les Saintes ne le lui défendaient pas.
De Melnn. clic se rendit à Lagny-snr-Marne (i). A peine le brnit de son arrivée dans la place fut-il répandu
(i> Dépailcnuul de Seinf-il-Marnc.
LAGNY — COMPIÈGXE 235
qu'une députation accourut vers elle. La ville était en émoi. Trois jours auparavant, une femme, courageuse chrétienne, avait mis au monde un enfant mort et qu'on n'avait pu baptiser. La pauvre mère, inconsolable d'un tel malheur, pleurait, sans se résigner à son sort : elle avait fait porter le petit cadavre devant l'imag-e de Notre-Dame, et toutes les jeunes fdles de Lagny l'entouraient, priant la Sainte Vierge d'opérer un miracle : la résurrection de l'enfant. La députation venait demander à Jeanne de se joindre à ces bonnes filles. — Elle y court aussitôt, unissant sa voix aux supplications qui se font entendre. Bientôt, l'enfant donne signe de vie : il bâille trois fois, et de noir qu'il était, reprend couleur humaine. On le baptise immédiatement; et puis il meurt de nouveau, devenu par la grâce du sacrement un petit ange du Ciel. Plus tard, quand, au procès de Rouen, les juges questionnèrent Jeanne : si l'on ne disait point par la ville que ce miracle était l'effet de sa prière? elle répondit avec son humble simplicité : « Je ne m'en enquérai pas. »
Un aventurier, de race noble, mais faisant à l'heure présente profession de brigandage (i), ravageait et mettait à merci les environs de Lagny. C'était Franquet d'Arras, qui commandait à quatre cents hommes d'une intrépide bravoure. La Pucelle marcha contre ce bandit avec une troupe à peine égale en nombre. Après un combat acharné, la troupe ennemie fut vaincue, et tous ceux quila composaient tués ou pris. Franquet était parmi
(i) Sous la bannière de Bourgogne.
les prisonniers. Jeanne avait d'abord en l'intention de l'échang^er contre un hôtelier de Paris, homme très fidèle au parti français, et qu'elle connaissait; mais elle apprit la mort de ce Parisien. En même temps, le bailli de Lai^ny vint réclamer Franquet au nom de la loi, comme coupable de plusieurs crimes capitaux, déclarant que, si Jeanne refusait de le livrer, elle ferait grand tort à la justice.
EUe ne crut pas avoir le droit de s'opposer à la requête du bailli. Franquet fut donc traduit en justice : après un procès de quinze jours, convaincu de plusieurs crimes, il fut condamné, puis décapité. Jeanne avait gardé pour elle l'épée de l'aventurier, qui, disait-elle, était d'excellent acier.
De Lagny, la Pucelle se rendit à Senlis, et de Sentis à Gompiègne, dont on préparait la résistance, car nul ne faisait doute que le duc de Bourgogne ne fût sur le point de rentrer en campagne. La trêve qu'il avait signée avec le roi de France, prorogée de Noël à Pâques, expirait le 17 avril i43o; et, sitôt cette date passée, Philippe le Bon prit lui-même le commandement de ses troupes, s'empara de Gournay-sur-Aronde, et vint assiéger Clioisy-sur- Aisne (1).
La Pucelle, suivie de Xaintrailles et de deux mille combattants, résolut de secourir cette ville, et se dirigea vers Soissons, dans le dessein d'y passer TAisne. Mais le gouverneur de Soissons était un traître; il refusa l'entrée de la place aux gens de guerre, ne voulant
(1) DrparlciiuMil de l'Oise.