PROJET DE VIT H AIL PAR A. MAIGNAN
Pour la maison Cliainpigneulle.
LAGNY — COINIPIÈGNE 245
maîtres de la chaussée, accouraient en fonle pour pénétrer dans la place, à la suite des nôtres. Guillaume de Flavy, craignant une surprise,fit redresser le pont-levis et baisser la herse ; puis, par son ordre, on criait aux Français qui revenaient, de monter dans des bateaux rangés le long de la rivière et disposés pour les recueillir et les ramener en ville.
Ce mouvement fut facilement exécuté par les gens de pied, mais il était impraticable pour les chevaliers, embarrassés dans leurs montures. D'ailleurs, Jeanne et les cinq ou six vaillants restés autour d'elle ne songeaient qu'à combattre. Voyant que l'entrée de la ville leur était interdite, ils essayèrent de se frayer un passage à travers les ennemis qui, de toutes parts, inondaient la prairie. Peine inutile ! Accablés par le nombre, nos braves demeurèrent acculés dans l'angle formé par la chaussée et le fossé qui couvrait la tête du pont.
La Pucelle faisait des prodiges de valeur, quand plusieurs hommes d'armes se jetèrent à la fois au-devant de son cheval, en lui criant : « Rendez- vous et donnez-nous votre parole ! — J'ai juré, dit Jeanne, et donné ma parole à un autre que vous, et je lui tiendrai mon serment. »
Mais que peut la valeur contre le nombre? En ce moment, s'approchant par derrière, un archer de la compagnie de Wandonne tira violemment l'héroïne par la robe de drap d'or qui recouvrait son armure, et la
renversa de cheval, par derrière ! On se précipite
aussitôt sur elle ; on la fait prisonnière. Son frère Pierre, Jean d'Aulon son écuyer, et Pothon de Xaintrailles, demeurés à ses côtés, furent pris en même temps qu'elle.
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Ainsi se termina la carrière militaire de Jeanne d'Arc. Sa captnre lit l'allégresse des ennemis de la France, en même temps qne le deuil de tous les vrais Français. Mais, hélas ! les gens de la cour du roi ne furent pas tous de ceux-là. ]Mème il devait se rencontrer un ministre de Charles Vil pour écrire, au sujet de l'événement de Compicgne, une lettre fort sèche et contenant cette réflexion, qui donne à penser : « Jeanne ne voulait pas croire le Conseil royal, mais faisait tout à sa volonté. »
Quehpie étonnante que soit apparue Jeanne dans sa vie pul)li(iue, elle se montra plus extraordinaire encore dans l'obscurité du cachot; et (ne craignons pas de raftirmer !) quelque terreur qu'en ait eue les Anglais sur les champs de bataille, ils la trouvèrent plus effrayante encore lorsqu'ils la virent désarmée, seule, chargée de chaînes, en leur pouvoir.
C'est que la main de Dieu, qui signa toutes les pages de cette divine existence, ne fut jamais plus sensible que durant les douze longs mois de prison et d'agonie où se prépara le martyre de Jeanne, durant cette Passion de la Pucelle f qu'il nous reste maintenant à raconter.