‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 81 sur 83 · C A JET AN, CARD. ALOISI-MASELLA · texte numérisé non relu

C A JET AN, CARD. ALOISI-MASELLA

Préfet de la Sainte Congrégation des Rites.

Vincent Nussi,

Secrétaire de la Sainte Cons:ré nation des Rites.

SJf'f

'S^li.é^^ v^^

6 janvier. — A Domremy de Greux (3), dans les Marches de Lorraine, naissance de Jeanne, fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle ou Zabilet Roniée. Le 6 janvier est le jour de l'Epiphanie, fête de la manifestation de Dieu. — Vidimiis stellam

Durant les mois d'été, Jeanne entend pour la première l'ois une Voix « moult douce et belle, » celle de l'archange saint Michel, qui lui dit de sauver la France. Jeanne fait vœu de virginité perpétuelle.

Fréquents pèlerinages à deux sanctuaires voisins de Domremy : Notre-Dame de Bermont, et l'ermitage Sainte-Marie, dont il existe

(i) Nous employons ce mot, non seulement parce que la courte vie de la Pucelle fut un véritable pèlerinage, mais parce qu'il y a depuis plusieurs années de nombreux pèlerins de Jeanne d'Arc, cherchant à suivre pas à pas son iti aéra ire. C'est pour eux principalement que nous avons écrit ces quelques pages. Nous avons utilisé divers travaux antérieurs, en nous efforçant de les rectifier et de les compléter.

(2) Cette étude est la reproduction de quelques articles publiés par E. Eudb.

0) Aujourd'hui département des Vosges ; jadis bailliage de Chaumont-en-Bassigny (Champagne).

encore des vestiges au Bois-Chènii, non loin du fameux arbre des Fées.

Dans les premiers mois de cette année, Jeanne laisse deviner l'appel divin que lui répètent depuis trois ans les Voix des saintes Catherine et Mari^uerite; et sa famille lui fait opposition.

Commencement de mai. — Jeanne à Burey-le-Petit (probablement Burey-la-Côte), chez sa tante et son oncle.

Vers le 13 mai. — Jeanne se rend à Vaucouleurs (i) avec son oncle. Elle est présentée au sire de Baudricourt, qui ne veut pas croire à ses paroles inspirées.

Fin mai. — Jeanne revient tristement à Domremy.

Juillet. — Des troupes anglo-bourguignonnes ravageant la vallée de la Meuse et menaçant Domremy, la plupart des habitants se réfugient à Neufchàleau (2). Jeanne et sa famille séjournent environ quinze jours dans celte ville. La route suivie ne fut pas la route moderne (celle de Verdun à Neufchàteau), qui longe la rive droite de la Meuse, et passe, à Coussey, près d'une statue de Jeanne d'Arc; ce fut une ancienne voie qui longeait les coteaux de la rive gauche, traversait le Bois-Chènu (des Chênes) et passait au pied du manoir de Bourlémont.

ANNKE 1429

Fin janvier. — Les Voix deviennent plus impérieuses. Jeanne retourne à Vaucouleurs : Baudricourt la repousse de nouveau (3), refusant de la conduire au roi Charles VII.

Commencement de février. — Alfaire de Vofficialité (tribunal ecelésiasli(pie) de Toul. kupieHe coïncide sans doute avec le voyage de .Icaimc à Nancy. Devant rollicialité de Toul, la Pucelle confond ]'au(lacr d'un jeune homme de Domremy, qui prétendait avoir avec «Ile promesse de mariage. Déjà tenue pour sainte parmi le

(1) Dt-pnrlcmciil <lc l.i INk-use.

(a) \.v r. Ayr<ilis place- ce l'ail en i^25.

("î) l'cmliiiil cr- séjour à Vaucoulouis, Jeanne allait tous les jours à la crypte de Nolrr-Danu- cl. s Voùlrs (chapt-lle ilu cliàlcau). C'est h ccUe époque qu'elle (it jmobubleuiciil le iJcUrinuRc de Sainl-Nicolas de Seplloiuls, près Yaucouicurs.

peuple, elle était alors appelée à Nancy par le duc de Lorraine, malade, qui lui demande sa guérison (i). Elle était munie d'un saufconduit, comme Française, comme étrangère à la Lorraine ducale, Pèlerinage à Saint-Nicolas-du-Port, près Nancy (i3 kilomètres).

Itinéraire de Vaucouleurs à Toul. — Jeanne aurait suivi la route de Vaucouleurs à Void; à mi-distance, entre ces deux localités, elle aurait pris le chemin des Romains (Void-Toul). La partie du chemin à l'ouest de Saint-Germain-sur-Meuse porte encore le nom de chemin de la Pucelle; et la suite, à l'Est de Saint-Germain, le nom de Hordal, parent de Jeanne. Par conséquent, celle-ci, traversant le village de Saint-Germain et la forêt, aurait gagné Toul par Menillot et Choloy (Bourgaut).

12 février. — Jeanne, de retour à Vaucouleurs, fait une troisième tentative auprès de Baudricourt. Sans se rendre encore, le capitaine parait ébranlé par la révélation de la Pucelle au sujet d'une défaite éprouvée le jour même (afïîrmait-elle), par les troupes françaises. On sut depuis que, sous Orléans — la malheureuse ville assiégée par les Anglais depuis le mois d'octobre, avait eu lieu, le jour même, la déroute sanglante dite des Harengs.

23 février. — A la tombée de la nuit, la Pucelle quitte Vaucouleurs par la porte de France, encore existante, avec cinq hommes d'escorte. Baudricourt lui donne son épée. Première étape (2) du voyage de Gliinon, étape nocturne, de Vaucouleurs à Saint-Urbain, près Joinville (Haute-lNIarne).

24 février. — Deuxième étape (3), de Saint-Urbain à Clairvaux.

(i) La modeste jeune fille promit seulement au duc de prier pour lui.

(2) Étapes de dix à douze lieues. — La première étape fut faite de nuit, comme étant la plus dangereuse. D'après les savantes études du marquis de Pimodan, le chemin suivi, de Vaucouleurs à l'abbaye de Saint-Urbain, aurait été le suivant : JMontijjnyles-Vaucouleurs, Rosières-en-Blois, Delouze, Abainville (passage de l'Ornain, au moulin du lieu), Bonnet, Mandres (Meuse), Guillaume (Haute-Marne), puis des sentiers entre le château d'Échenay — dont le seigneur était un enragé bourguignon, c'est-à-dire anglophile — et Pancey, puis Aingoulaincourt. D'Aingoulaincourt à Saint-Urbain, par Poissons, presque en ligne droite, un vieux chemin existe, pour l'exploitation d'une forêt, oii « rien ne doit avoir été changé depuis le xv' siècle. » L'abbé de Saint-Urbain se trouvait être un parent de Baudricourt : d'où le choix du gîte. L'escorte de Jeanne connaissait parfaitement le pays. Il parait certain qu'elle dut éviter Joinville. Quant au passage de l'Ornain, il semble fixé par une tradition locale qui nomme chemin de Jeanne d'Arc l'ancien chemin d'Abainville à Delouze.

(3) Ou première journée de voyage. Passage de la Marne, probablement à Froncies, en face de Yignory, domaine de Baudricourt. Itinéraire par la vallée de

'oo JEANM-: IVARC OU L.V FICELLE UORLEANS

25 février. — Troisic-me ctape, de Clairvaux (Aube) à Pothières

(Cùte-dOr).

26 février. — De Potliières aux faubourgs d'Auxerie (IV) (i).

27 février, dimanche. — DAuxerre au château de la Brûlerie (V).

28 février. — Du chàk-au de la Brûlerie à Montar2:is (VI). 1'^" mars. — De Montargis à Gieu (VII) (2).

2 mars. — De Gicn à Sennely (VIII) (3).

3 mars. — De Senuely (gile à Ihospice de Saint-Euverte?) à Mennetou-sur-C'her {/[) (IX' étape).

4 mars. — De Menuelou-sur-Cher à Loches (X).

5 mars, samedi. — De Loches à Sainte-Catherine de Fierbois (XI). — Cette onzième étape correspond au dixième jour du voyage. —

Biaise, jusqu'à Clairvaux sur l'Aube; halte probable au château de Biaise, appartenant à Baudricourt.

(i) Entre Ligny-le-Chàtel et Flogny, par Pontiirny. Scignelay. Chemilly, par ou près Laignes, Ancy-le-Franc, Vincelles et Coulange-la-Vineuse (Rolette).

A Vincelles, passage de l'Yonne.

On dit que la petite escorte reçut l'hospitalité à l'abbaye des Bénédictines extra muros. Plusieurs sa^ants ont estimé que c'était dans l'église abiiatiale (Saint-Julien) que Jeanne d'Arc entendit la Sainte Messe: mais le texte de la réponse de la Pucellc à ses juges nous parait formel et nous amène à conclure que Jeanne d'Arc put péné trer en ville et entendre la Sainte Messe à la cathédrale dont le patron est saint Etienne.

D'Auxerre à Gien, suivant la remarque d'un homme qui fait autorité complète en matière de géographie historique, — la seule voie connue « était le grand chemin d'.\uxerre à Orléans, passant par Perrigny, Fleury, Laduz, Senan (près Aillant), Sépaux, Villel'ranche, Montargis » (A. Longnon). Telle fut la route suivie par la Pucelle. Entre Villefranchc (Yonne) et Montargis, le trajet se lit vraisemblablement par Doucliy (Loiret), la Brûlerie, Châteaurenard et Saint-Germain-des-Prés.

(2) De Montargis à Gien, il existe une route directe (dite la l'ieille route), qui part du faubourg de Montargis appelé Lyon. Elle suit les liauteurs entre les vallées du Loing et du Puiseaux, descend dans cette dernière vis-à-vis Solterre, passe au château de la iNIi-Voie; de là, sous le bourg des Choux, elle se bifurque avec la roule des (^liâlellicrs, venant de Lorris. près d'un lieu nommé Mongothie et de rcnqdaccment actuel de la gare du chemin de fer;de ce point, la t•^■et/it' ro(j/e allait en ligne droite jusqji'au cliàteau île Gien, f[ui gardait le pont de la Loire (Roiette).

('<) De Gien à Cliinon, la Pucelle dut prendre, à sa droite, l'ancienne route d'Orléans à Saneerrc, j)ar Saint-Gf>n(lon et le coteau de la Sologne. jusf[u'à la jonction d'un chemin transversal cpii la conduisit, par ou près Gué-Robert, dans la direction de Sennely (Loiret), vers le château de la Grillère. 11 existe un chemin, entre Vouzon et Sennely, qui s'appelle encore choniin de la Pucelle. Ledit chemin allait au sud de .Souvigny, jusrpi'à Nouan-la-Fuzelier et Tremblevif.

De Sennely (la Grillère) à Slennetou-sur-(>lur : Par ou près Vouzon, la MoUe- Beuvritn. Tremblevif (aujourd'hui Saint-Viàtre) et La Ferté-Imbault (Bommeu).

De Mcnntloii-sur-Clier à Loches : Par Selles-sur-Cher, la vallée de l'indrois (audessous de Montrésor), et — jtrès de Genillé — la route de Loches.

Di" Loches à Sainte-l^atherine de Fierbois : Par Manthelan (ancienne voie romaine de Paris à Bordeaux.)

De Ncrbois à Cliinon : Par Crouzillcs, le château de Brou, l'Ile-Bouchard et la rive «Irojlc de Vienne.

(4) Déparlement de Loir-et-Cher.

VIEILLE STATUE DE JEANNE D ARC, CONSERVÉE A DOMREMY (La tète seule est du xv^ siècle; l'armure est du xvii^)

De Fiei'bois (i), village non loin de Chinon, Jeanne l'ail écrire au roi pour demander une audience.

6 mars (2). — Après avoir, dès l'aurore, fait ses dévotions à ré2:lise de Fierbois, au sanctuaire de sainte Catherine, l'une des Voix aimées, — Jeanne se met en route pour Chinon; elle arrive vers midi. — Douzième et dernière étape (onzième journée de voyage, suivant la déclaration de l'un des guides de la Pucelle, Bertrand de Poulengy.)

7 et 8 mars. — Attente de l'audience royale.

9 mars, soir. — Charles VII reçoit Jeanne la Pucelle en sa cour de Chinon, et se convainc de la mission divine de la paysanne inspirée, au sujet d'un doute secret qui le torturait.

Du 10 mars (3) au 28. — Jeanne est logée dans une tour du Coudra}', dépendance du château royal de Chinon, en la compagnie de la dame Bellier; et tous ceux qui la viennent visiter sont édifiés de sa tenue et charmés de son esprit.

28 mars, lundi de Pâques. — La Pucelle est envoyée à Poitiers pour être interrogée par une assemblée de théologiens et de docteurs de l'Université (de Paris). Itinéraire probable : Richelieu, Saint- Georges-les-Baillargeaux, Migné.

28 mars-19 avril. — Interrogatoires de Poitiers.

20 avril. — Après treize séances d'examen, l'assemblée conclut qu'il n'existe chez la Pucelle que « tout bien, humilité, dévotion, honnêteté, et qu'on doit l'amener à Orléans pour y montrer le signe divin qu'elle promet, » c'est-à-dire chasser les Anglais qui serrent de près la ville. — Charles VU donne son approbation détinitive.

21 avril. — Jeanne revient à Chinon par Chàtellerault.

22 avril. — Elle se rend à Tours pour y recevoir son équipement. — L'étendard, l'épée de Sainte-Catherine de Fierbois.

25 avril. — De Tours à Blois. par Saint-Florent-les-Saumur.

27 avril Départ de Blois vers Orléans. — Première nuit de

(i) Département d'Indre-et-Loire.

(2) Le 6 mars 1429 était le dimanche de la mi-carcme. Jeanne avait dit : « Il faut qu'à la mi-carènie je sois devers le roi de France. »

(3) Le II mars, des commissaires ecclésiastiques sont envoyés par le roi dans les Marches de Lorraine pour s'enquérir des laits et dits rclatils à Jeanne; ces commissaires revinrent à Chinon vers le 5 avril.

4o4 JEANNE DAllC OU LA PL CELLE DOULÉAAS

«aini) sur le [)lateaii do \ illciiy : Jeanne eoiuhe dans son armure.

28 avril. = Seconde éla})e; nuit passée sur le coleau méridional du Loirel. non loin du ehàleau de Lorelte.

29 avril. — Arrivée devant Orléans (Saint-Jean-le-Blauc). — Jeanne traverse la Loire, et, le soir, pénètre dans la ville assiégée.

Voici comment le voyage aurait été conduit depuis Blois, selon les hypothèses ingénieuses de M. de La Yallière, (jui sappuie sur ce que les forteresses de la Ferté-Hubert (aujourdhui la Ferlé- Saint-Cyr). Vierzon et la Ferté-Saint-Aubin , étaient alors aux mains ■des Anglais.

L"arnu''e Irançaise, avec le com'oi (pi'elle menait aux gens d'Orléans, aurait suivi la vallée du Beuvron, et de là remonté vers le nord, jusqu'au plateau ([ui sépare la Ferté-Hubert, Dhuison. Neung-sur. Beuvron cl C'haumont-sur-Tharoiine. Puis elle se serait engagée dans une vieille roule qui pointait sur Orléans, entre la Ferté- Hubert, Beaugency, Cléry (vers louesl) et la Ferté-Saint-Aubiu (vers l'Est). Celte roule, que notre armée aurait rejointe auprès de la Ferté-Aurain, et dont les traces existent encore en plusieurs endroits, passait à Ligny-le-Ribaud, Jouy-le-Pothier, Ardon; elle aboutissait, entre la Ferté-Saint-Aubin et la ville d'Olivet, dans une ancienne voie importante, connue aujourd'hui sous le nom de roule de Toulouse. A4 kilomètres sud d'Olivet environ, au point (lit 1(1 Belle- (ji'oix, la route se bifurquait : la i)ranche Est, qui conduisait au hameau du Coin-Rond, débouchait dans l'aucien chemin d'Olivet à Sainl-Cyr-en-Val, près du château de Lorette. C'est par là (pie l'armée atteignit la rive gauche du Loiret, le 28 avril, au lieu du liant (nouveau) des Bouchers. Il parait qu'à toute époque il y eul un |)ont vers cet endroit : on voit dans la rivière des pieux noirs et j)ourris, reste d'un vieil ouvrage. Là, d'ailleurs, et là seu- Iciucul, le Loiret est si peu large — 6 mètres — et si peu i)rolbud — (io centimètres, — (pi'on le traverse à gué si l'on a eul. Ce pont (les Bouchers se trouve vis-à-vis Saiul-Jean-le-Blane.

Tel est l'itinéraire (jui semble le plus rationnel.

2 mai, lundi. — lleconnaissances aux bastilles anglaises autour d'Orh'aus.

3 mai. — VC'\v de VTri^'enlion de hi Sainte (^roix : Jeanne assisle

LA BANNIÈRE DES PROCESSIONS d'oRLÉANS AU XVl^ SIÈCLE (Face.)

EPHI^MIÎRIDES E-r PÈLERINAGE DE JEANNE D'ARC 407

à kl procession de la cathédrale dOrléans (Sainte-Croix) et vient adorer la relique de ia vraie Croix.

4 mai. — Sortie de la Pucelle sur la roule de Blois. Prise de la bastille de Saint-Loup (i), premier succès des Orléanais

5 mai. — Fête de l'Ascension.

6 mai. — Sortie sur Saint-Jean-le-Bianc. Prise de la bastille des Augustin s.

7 mai. — La merveilleuse journée des Tourelles : Jeanne est grièvement ])lessée, suivant sa prédiction.

8 mai, dimanche. — Les Anglais lèvent le siège. Sortie de l'armée française pour observer leur retraite sur Meung et Jargeau. — La première procession de la Délivrance.

10 mai. — Départ de Jeanne vers Blois, pour de là gagner Chinon.

12 mai. — Jeanne rencontre à Tours le roi, qui venait de Chinon au-devant d'elle, et qui la reçoit royalement. — Du 12 au 21, séjour à Tours, auprès du roi, que la Pucelle exhorte à marcher sur Reims poiu' s y faire sacrer sans relard.

21 mai. ^ Jeanne se rend à Loches, à la suile du roi.

Fin mai. — ^lalgré l'opposition du Conseil du roi, l'héroïne obtient qu'on se dirigera vers Reims, dès qu'elle aura soumis les forteresses anglaises des bords de la Loire. Elle s'occupe aussitôt d'organiser cette campagne.

2 juin. — Le roi concède à la Pucelle des armoiries parlantes, que la modeste enfant ne porta jamais.

3 juin. — Jeanne à Selles-en-Berry (2), point de ralliement de l'armée de volontaires destinés à la « campagne de la Loire. »

4 juin. — Le roi venant en celte ville de Selles, Jeanne sort à sa rencontre dans la direction de Saint- Aignan.

6 juin. — Départ de Selles pour Romorantin.

7 et 8 juin. — Séjour à Romorantin. Le 8, arrivent Dunois elle duc d'Alengon.

9 juin. — Départ de Romorantin pour Orléans. — Les bourgeois reçoivent Jeanne avec une joie extrême : « de laquelle voir ne se pouvoient saouler. »

(i) Jeanne avait fait inntilement trois sommations pacifiques aux Anglais ; elle n'en avait recueilli <[ue des injures.

(2) C'est aujourd'hui Selles-sur-Cher (département de Loir-et-Cher).

JEANNE DARC OU LA PICELLE DORLEANS

10 juin. Orkaiis : la concentralion de l'armée s'y complète

(8000 combatlants).

11 juin. — Marche sur Jarg:eau. Première attaque de celte place forte : les faubourgs sont enlevés.

12 juin, dimanche. — Prise de Jargeau.

13 juin. — Rclourde Jeanne et de son armée en la ville d'Orléans.

15 juin. — ^Marche contre Meung-sur-Loire. Assaut du pont fortitié. par la rive droite : le pont est enlevé.

16 juin. Jeanne, différant son action contre la forteresse de

Meung, se porte sur Beaugency.

17 juin. — L'armée française prend position entre Meung et Beaugencv: renforts amenés par le connétable de Richemont. — Préparatifs pour attaquer Beaugency.

18 juin, samedi. — Pendant la nuit, reddition du château de Beaugency. Le matin, les Anglais, affolés, abandonnent la forteresse de Meung. Dans l'après-midi, grande victoire de la Pucelle en rase campagne auprès de Patay. Le soir, la cité de Janville se rend à notre armée, et Jeanne y passe la nuit.

19 juin. — Jeanne regagne Orléans, espérant que Charles VII sy porterait lui-même, résolu de marcher sur Reims, la ville du sacre.

21 juin. — Ayant attendu vainement le roi, la Pucelle va le trouver à Sully-sur-Loire (i), afin de l'entraîner à Reims.

22 juin. — Jeanne ramène le roi vers Orléans. Arrêt à Chàteauncuf. où devaient être réunis les principaux chefs de l'armée de la Loire. Avant d'arriver à Ghàteauneuf, passage par la vieille abbaye de Saint-Bcnoit-sur-Loire. — Le voyage de Reims est décidé : le roi s'en relourne à Sully: Jeanne reprend le chemin d'Orléans.

24 juin. — Départ de la Pucelle pour Gien, rendez-vous donné par Charles VII aux chefs et çolontairrx de l'expédition de Reims.

25 juin. — Lettre de Jeanne à ses bons amis de Tournay, ville (idèle an roi de France (2), bien qu'englobée de toutes parts dans les Etals bouriruignons. Jeanne leur apprend la miraculeuse délivraiu i' d'( )rléaiis et leur annonce le sacre comnu' 1res [)r()clie. —

(i) <,li.irirs (Uiit alors chez son favori f.a Trrmouille, riiomine néfaste, le coinplirr .irs Anjjlais. — Sully (Loiret), à Y\ kilomètres d'Orléans, (a) A'iJDUnrinii inaMieureusement hors fie France.

LA BANNIÈRE d'orlÉANS AU XVI'' SIÈCLE (Revers.)

ÉPHÉMÉRIDES ET PÈLERIXAGE DE JEANNE D'ARC 4n

Lettre (perdue) à Philippe de Bourgogne, pour l'inviter au sacre.

27 juin. — Commencement du voyage de Reims. Jeanne quitte Gien, avec lavant-garde, dans la direction de ^lontargis. Nuit passée à la Mi- Voie,

29 juin. — Le roi se met en marche, avec le reste de l'armée, et rejoint l'avant-garde. Force de l'armée, 12000 hommes.

Itinéraire, depuis iNIontargis jusque devant Auxerre : Vallée d'Amilly, Saint-Germain-des-Prés (alors Saint-Germain-sur-Ouanne) Chàteaurenard, Douchy (Loiret), Dicy (i), Villefranche, environs d'Aillant, Auxerre (2).

l''^ juillet. — Devant Auxerre, ville anglaise.

2 et 3 juillet. — Devant Auxerre. jNlalgré l'avis de Jeanne, qui promettait qu'on aurait aisément la place d'assaut, — les politiques du Conseil du roi font une ridicule convention avec les habitants. — Le 3 juillet, départ pour ïroyes : arrivée à Saint-Florentin, qui spontanément ouvre ses portes.

4 juillet. ■=— Passage par Brinon- l'Archevêque (Yonne) et Saint- Phal (Aube), qui se soumettent.

5 juillet. — Devant Troyes, place anglo-bourguignonne. Escarmouche.

9 juillet. —Jeanne, ayant attendu pendant quatre jours la reddition de la cité, fait tout préparer pour l'assaut.

10 juillet. — Troyes capitule. Charles y fait une entrée solennelle.

14 juillet. — Départ de Troyes pour Reims. Le soir, à Bussy- Lettrée (INIarne).

15 juillet. — De Bussy, marche vers Chàlons-sur-Marne, ville gardée par une forte garnison ennemie. Reddition de la place.

16 juillet. — jMarche sur Reims, par Sept-Saulx. Charles entre à Reims « sans coup férir » (3), selon la prédiction de Jeanne. — Admirable lettre de Jeanne au duc de Bourgogne, allié des Anglais. La eainle guerrière supplie le prince « à mains jointes, de par le Roi du Ciel, de faire bonne paix, qui dure longuement, avec le roi de

(i) Département de l'Yonne.

(2) C'est, en sens inverse, une fraction de l'itinéraire de Vaucouleurs, à Cliinon. Il faut bien que l'armée royale ait passé par Montargis, puisqu'il ny avait pas ilors d'autre chemin! (Loxgxox.)

(3) Reims était pourtant une ville très forte et très fortement occupée.

Fiante Pardonnez l'un à l'autre, de bon cœur, enlièrement, ainsi

que doivent faire loyaux chrétiens: et s'il vous plait lînerroyer, si allez sur les Sarrasins! » Celte lettre resta sans effet : mais honneur au cœur de femme qui l'a dictée !

17 juillet, dimanche. — Le sacre de Charles VII dans la cathédrale de Reims. — A tous les témoignages de reconnaissance et de vénération dont elle est l'objet, l'héroïne répond simplement : « Ce

que j'ai fait n'était qu'ollice de servante. » Ecce ancilla Domini

Quoi ([u'on en ait dit, la mission de la Piicelle n'était pas terminée à Reims : toute l'existence ultérieure de Jeanne proteste contre cette assertion.

18 et 19 juillet. — A Reims, Jeanne reçoit avec une joie émue la visite de son père et de quelques paysans de Domremy, venus pour assistera son triomphe.

20 juillet. ^ Avec le roi. Jeanne se rend en pèlerinage au tombeau de saint Marconi, près du ciuiteau de Corbeny (i). La Pucelle décide Charles à marcher sur Paris, alors aux mains des Anglais.

22 juillet. — Jeanne étant à Vailly-sur-Aisne, des bourgeois de Soissons cl (h' Laon apportent au roi de France les clés de leurs cités.

23 juillet. — A Soissons. Le roi reçoit la soumission des villes de Château-Thierry, Provins, Coulommiers et Créey-en-Rrie.

25 juillet. — Bedford, le régent de France, au nom du jeune roi d'Anglelerre et de France Henri VI, fait entrer à Paris une petite armée de 5ooo iionnnes de bonnes troupes venant d'Angleterre.

29 juillet. — L'armée française à Ciiàteau-Thierry.

l' août. ^ A Montmirail (2). — Cliarles, à l'instigation de ses mauvais conseillers, avait changé d'avis, et. quittant 1(> chemin de Paris, s'en letournait vers la Loire, à la grande désolation de la PuccUe.

2 août. — A Provins.

3 août. — Hcdford, sortant de Paris avec une armée de HM)(>(> honnnes, marche contre le roi de France, alin de lui couper la route à Provins.

(i) Ce (lijilcau ((lt'[)ailcniciil «le l'Aisiu') se trouve à 25 kiloinclies environ au nord-oiii'sl «le Kciiiis.

(a) Dcpailcnunt dr la ^L•l^Mc•.

ÉPHÉ:SIÉRIDES ET PÈLERINAGE DE JEANNE DARC /îiS

4 août.— De Provins, Charles se porte jusqu'à la MoUe-de- Nangis, au-devant de l'ennemi. Celui-ci ne paraissant pas, le roi, pour regagner la Loire, cherche à passer la Seine à Bray (Seine-et- Marne), mais n'y peut réussir.

5 août. — On revient au plan de la Pucelle, c'est-à-dire à la marche sur Paris, par Provins. Jeanne, dans mie lettre aux habitants de Reims, se plaint d'une trêve qu'on venait de signer avec le duc de Bourgogne, et qui mettait pour quelque temps la capitale à l'abri d'une K^aillance clarines méditée par l'héroïne. — Le soir du 5, à Provins.

7 août. =• A Coulommiers (i) : retour vers Paris.

8 août. =- A Château-Thierry.

10 août. =• A la Ferté-Milon (Aisne).

11 août. =- A Crépy-en-Valois (2). Lettre d'injures de Bedford à Charles VII, lui reprochant « d'entreprendre tortionnairement sur la couronne du roi Henri (YI), naturel et droiturier roi de France et d'Angleterre. »

12 août. -=- A Lagny-le-Sec (Oise).

13 août; =" Escarmouches entre l'armée française et l'armée anglaise, à Thieux (3), entre Dammartin et Mitry (Seine-et-]Marne).

14 août. ■= Les Français à Baron (Oise), en observation. Les Anglais passent la Nonette, cours d'eau qui coule de Baron à Senlis, et s'établissent à l'abbaye de la Victoire.

15 août (Assomption). — Grosses escarmouches de Montépilloy (4) jusqu'à la nuit. Jeanne couche sur le terrain.

16 août. — Les Anglais se retirent sur Senlis; les Français sur Crépy.

17 août. ■=— Le roi, se trouvant à Crépy. reçoit les clés des villes de Compiègne et de Beauvais.

18 août. — Entrée de Charles à Compiègne. Un grand nombre de places de la région envoient leur soumission. — Du 18 au 28 août, négociations du Conseil royal avec les ambassadeurs de

(1) Département de Seine-et-Marne.

(2) Déi)artfnient de l'Oise.

(3) Sur la petite rivière Biberonne, qui se jette dans la Beuvroiine au-dessous de Compans.

(4) Ce village (département de lOise) rcnlcrme des monuments d'architecture ton remarqualjles.

JEANNE D'ARC OU LA Pl'CELLE DORLEANS

Philippe de Bourgogne, qui ne cherchaient qu'à duper le roi de France (i).

23 août. — Voyant les hésilalions du roi, qui retardait sans motif sa marche sur Paris et qui se laissait prendre à la duplicité de Philippe, la Pueelle (piitte Compiègne avec le duc d'Alençon et la plus grande partie de l'armée française, et se porte vers Senlis, route de Paris.

25 août. — Bedlbrd quitte Paris précipitamment et va se réfugier à Rouen.

26 août. — La Pueelle et le duc d'Alençon logent à Saint-Denis, près Paris. Campement de l'armée française.

28 août. ^ De Conq>iègiu% et pour terminer les négociations avec les ambassadeurs de Philippe de Bourgogne, le roi signe une trêve secrète, devant durer jusqu'à la Noël : la capitale, dont Phili[)pe était le véritable maître, était comprise dans la trc\'e. Bien plus! le duc conservait le droit de repousser par la force toute attaque contre Paris. Cette clause incompréhensible, désastreuse, ignorée de la Pueelle et du brave Alençon, fut arrachée sans doute au faible Charles par les favoris anlifrançais qui l'entouraient : elle explique les étrangetés (pour ne pas dire plus) qui contrecarrèrent toute la campagne de Paris. — Le 28, le roi quitte Conqiiègne pour Seulis, mais reste huit jours dans cette ville, au lieu de nuu'cher sur la capitale, où Jeanne le réclamait pour l'assaut (j).

Premiers jours de septembre. — Sous Paris, escarmouches nombn'iises. surtout du c(')té du Ooarg- de La Chapelle.

5 septembre. — Second voyage du seigneiu' d'Alençon à Senlis pour stimuler le roi, <iui se met enlin en roule.

6 septembre. — Jeanne s'établit à La Chapelle.

7 septembre. ^ Forte escarmouche à La Chapelle. — Charles arrJNc à S;iiul-Deuis.

8 septembre. — Atlacjue de la porte Saint-Honoré , de Paris (aujourd'hui : place du Théâtre-Français). La barrière et le boulevard sont eulevés. Jeanne est gravement blessée, nuiis reste sur les fossés. A l;i M Mit, on emporte de force la Pueelle, malgré ses pro-

(1) l.i- ilui' «I.- lUjurjfofciie, dans le menu- Irinps, cherchait à duper Ik'dfoid. (a) On avait besoin, pour doiuur l'assaut, de la portion de rariuée que Charles avait uvi".' lui.

testations que « la ville eût été prise. » Relraite sur La Chapelle.

Il est possible de reconstituer l'itinéraire de ce jour mémorable, de l'église de La Chapelle (i) à la porte Saint-Honoré. Jeanne et son armée ont suivi des chemins correspondant à peu près aux rues suivantes :

Rue de La Chapelle,

Rue Doudeauville,

Rue Poulet,

Boulevard Barbes,

Rue du Faubourg-Poissonnière,

Rue de Maubeuge,

Rue Saint-Lazare,

Rue de la Pépinière,

Rue de l'Arcade,

Rue des Mathurins,

Rue Caumartin,

Rue des Capucines,

Rue des Petits-Champs (2),

Rue Sainte-Anne,

Rue Villedo,

Rue Richelieu.

C'est du point où s'élève aujourd'hui la fontaine Molière que commença l'attaque. Jeanne fut blessée à l'assaut d'une tour carrée dont l'emplacement serait à l'angle sud-ouest du jardin du Palais- Royal. — Ces détails intéresseront sans doute les Parisiens.

9 septembre. — La Pucelle, guérie miraculeusement de sa blessure de la veille, se porte dès la première heure vers les murs de la capitale (rive gauche), pour une seconde attaque. Un ordre royal, absolument formel, l'arrête en chemin.

Retraite sur Saint-Denis.

10 et 11 septembre. — Jeanne essaye en vain de retenir Charles à Saint-Denis, dans l'espoir de pouvoir faire une nouvelle tentative contre Paris.

12 septembre. — Désolée de l'opposition qu'elle rencontre, la

(i) Sous le vocable de Saint-Denis.

(2) Là se trouvait la butte des Moulins, dont le nom de nie des Moulins nous rappelle l'existence.

4i(-, JEANNE DAUC ( )L LA PLCELLE DUIILÊANS

Piicelle va déposer ses armes en oUVaiidc au pied de TiiiKige de la Sainte Vierge, dans l'église abbatiale de Saint-Denis.

13 septembre. — Le roi donne l'ordre du dépari [)()ur Gien. Retour veis la Loire. Jeanne suit tristement la retraite.

14 septembre. — Passage à Lagny-sur-Marne (i).

15 septembre. — A Provins.

16 septembre. == A Biay-sur-Marne.

17 septembre. =- Devant Sens. La ville refuse d'ouvrir ses portes. L'année profile d'un gué voisin pour traverser l'Yonne.

18 septembre. ■= A Courlenay (LoircI).

19 septembre. — A (^liàteau-Ilenard.

20 septembre. — A Montargis.

21 septembre. ~ Le roi rentre à Sully, eliez son faux and La Trémouille (12).

L'armée est licenciée (3); et Jeanne se voit réduite à partager l'iiiaclion de la Cour.

Fin* septembre. — Séjour à Selles-sur-Clier, puis à Bourges.

l''' octobre. =- Le duc de Bourgogne, muni d'un sauf-conduit du roi de France (!), entre à Paris, après avoir traversé tout le pays récenunenl concpns par les Français.

Dans les preuners jours d'octobre, la Pucelle est à Mehuu-sur- Yèvre (Cher), où se trouvait le Conseil. Elle présente, avec le duc d'Alençon, le hardi projet de porter la guerre en Normandie, centre des forces anglaises. On lui refuse. On l'autorise à marcher contre La Cliarité-sur-Loire. après avoir enlevé d'abord la forte place de Saiut-Pierre-le-Moùtier (-j). C'est sans doute vers celte épocpie qu'il fjiiil pLicer ré])isode de l'aventurière Catherine (de La Rochelle), à Molli f;uuon-en-Berry (5).

Fin octobre. =- Jeanne se rend à Bourges [)our préparer l'expédilion de Moùlicr.

(1) Oip.irtfiiicnt (le- Seinc-ct-.Miirnc.

(a) I. iipiitliif (le diai'k's VII, à l'rjxxiiK' qui nous occupe, est une chose incroyable! ('oiuiiient le ^i;iii(| i-iii (|u'ii lut depuis reslail-ii alors un inslruuu'nt i)assif enU-e

les mains (lu niiséraiile I,a Tn'inouille? Il redevenait Aolonlairenient le rui de

Jtoiii-^cs.

O) (.e ne fui rpic vinfil-cin(| ;iiis plus lard (pie Cliailes Vil organisa VaniK-e oerinanmlr.

(4) Les di-ux villes ici nommées font aujourd'hui partie du dr])aileiueul de la Nièvre.

(5) CcUc localité s'ajjpidle mainleuaul Ville. piier (Clier).

Premiers jours de novembre. — Brillant assaut et prise de Saint- Pierre-le-Moùder.

9 novembre. — De Moulins, Jeanne écrit à diverses villes fidèles, priant qu'on lui fasse parvenir des munitions de guerre pour l'attaque de La Charité; le Conseil royal, toujours adverse, laissait en effet nos troupes dans le plus profond dénuement.

Milieu de novembre. — La Pucelle parait devant La Charité-sur- Loire avec une « moult petite compagnie. »

Vers le 20 décembre. — Les troupes du siège de La Charité, sans vivres et sans munitions, par un froid des plus rigoureux, se débandent lamentablement. Jeanne, après un mois environ d'efforts inutiles, est obligée d'abandonner l'entreprise et revient à Mehunsur-Yèvre.

25 décembre. — Pour se sortir de toutes ces tristesses, Jeanne va voir ses amis de Jargeau (Loiret).

29 décembre, i— Incontestablement trahie, constamment trahie par les conseillers jaloux, la Pucelle reçut plusieurs fois du roi, pendant l'année 1429, des témoignages de reconnaissance et d'affection. Par lettres patentes données à Mehun-sur-Yèvre, en date du 29 décembre 1429, il l'anoblit, elle et toute sa famille; et, par un privilège jusqu'alors sans exemple dans l'Histoire de France, cette noblesse devait se transmettre par les femmes comme par les hommes.

18 janvier. — On sait qu'à ce jour la Pucelle était à Bourges.

19 janvier. — Jeanne se rend auprès de ses amis d'Orléans, sans doute pour préparer les éléments d'une entrée en campagne aux premiers beaux jours.

7 février. — Sur une lettre de Jeanne, le Conseil-dc-Ville de Tours, « en l'amour et en l'honneur de la Pucelle, » accorde cent écus pour trousseau de mariage à la fille du peintre (de Tours) (jui, naguère, avait décoré l'étendard de l'héroïne.

Du 3 au 28 mars. — Séjour à Sully-sur-Loire, où se trouvait alors la Cour.

16 mars. — Lettre de Jeanne « à ses très chers et bons amis de

4i8 JEANNE DAIIC OL" LA PUCELLE DORLEANS

Reims, » pour les rassurer contre les vengeances des Anglo-Bourguignons, archarnés envers Reims, à cause du sacre.

28 mars. — Nouvelle lettre aux mêmes, leur promettant rapide <issi>laiice.

29 mars. — Pour remplir cette promesse, la Pucelle, décidée à reprendre la campagne et voyant qu'elle ne pouvait rien obtenir du roi. — la Pucelle, disons-nous, (juittc subrepticement le domaine de Sully-sur-Loire, où La Trémouillc la tenait en réalité prisonnière, comme le roi lui-même, et se dirige sur Gien.

Itinéraire probable depuis Gien jusqu'à Melun : Jeanne prend d'abord le chemin des Soldats, autrement appelé la vieille route; puis, à l'ouest de Montargis, elle s'engage dans une des anciennes voies du Gàtinais, pointant sur La Chapelle-la-Rcine (i) et Fontainebleau.

15 avril. — Devant Melun qui venait de se donner au roi de France, Jeanne [)arc()uraitles fossés de la ville, pour mettre les murs en état de défense, lorsque ses Saintes se présentèrent à sa vue : « Avant la Saint-Jean prochaine, tu seras prise! lui dirent-elles. Mais Dieu te viendra en aide. »

17 avril. — Jeanne marche au secours de Lagny-sur-^larne, place fort in(juiélée [)ar les bandes anglo-bourguignonnes qui couvraient la campagne. — ^liracle de l'enfant ressuscité. Quand les misérables juges de Rouen dcmandèrentà la Pucelle «si l'on ne disait pas dans la ville que le miracle était l'eflet de sa prière, » elle répondit, avec son liuniilité. sa sinqilicité charmante : « Je ne m'en enquérai point. »

20 avril. — Défaite de Fran(piet d'Arras, aventurier « du parti de lîoiiiiTogne » (anglais), ([ni ravageait les environs de Lagny. Jeanne livre ce brigand à la justice.

21 avril. — La Pucelle à Senlis. — Le duc de Bourgogne venait d «-ntrer en canq)agne, menaçant la région de Conq)iègne. Jeanne parcourait celte même région atin d encourager les places fortes à la résistance.

23 avril. — Pèleiinage de la Pucelle à l'église Sainte-^Iarguerite d l-.lincoMil. entre Gonqùègne et Ressons-sur-Matz (Oise). Arrêt au château de Borenglise.

(i) l)t-|iarl(mi'nl de S.-inc-cl-Marne.

ÉPHÉMÉrtIDES ET PÈLERINAGE DE JEANNE DAllC

24 avril. — A Compiègiie, qui se meUait en état de défense. — Jeanne était à la tète d'environ 2000 hommes.

25 avril. — Le due de Bourgogne, s'établissant devant Clioisysur-Aisne (i) et commençant le siège de cette ville, les Français, pour la secourir, essayent en vain de forcer le passage de l'Oise à Pont-rÉvèque, non loin de Xoyon (2).

26 avril. — Retour à Gompiègne.

27 avril. — La Pucelle se dirige vers Soissons (ville appartenant au roi de France), dans le projet dy passer lAisne et de pouvoir

LA SORTIE UE coMi'iÈGXE (Pcinture murale de Lenepveii.)

aider ceux de Choisy. Le gouverneur refuse de laisser entrer l'armée française (3). Il fallut abandonner l'espoir de secourir Choisy, qui ne tarda pas à succomber.

30 avril. — Jeanne à Gompiègne.

Premiers jours de mai. ^La Pucelle se rend à Lagny-sur-lNIarne, puis à Grépy-en- Valois, sans doute afin de recruter de bonnes troupes pour défendre Gompiègne menacée par l'armée anglo-bourguignonne.

(i) Département de l'Oise.

(2) Cette place était au pouvoir des Bourguignons.

(3) Quelques joui-s après, ce lâche vendit la ville à Jean de Luxembourg, dit le Borgne, lieutenant de Philippe de Bourgogne.

4^0 JEANNE UAllC OU LA l'UCELLE D'ORLÉANS

23 mai. — La ville de Coinpiègne étant assiégée déjà par des forces iioinlueiises, Jeanne, avec une poignée d'hommes, traverse les assiégeants et se jelle dans la place.

24 mai. — Dans une sortie brillante, l'héroïque Pucelle est prise, pur flcrricir, — refusant de se rendre et comballant jusqu'au dernier moment! Elle est conduite au camp de Margny; le due de Bourgogne vient l'y visiter dès le même jour.

26 mai-10 juin. — Jeanne est tenue prisonnière au château de Iîcaulieu-en-Verniaiî(lois, forteresse voisine de Compiègne, appartenant à Jean de Luxembourg, dont la compagnie avait le triste honneur d'avoir capturé Théroïne.

10 juin-20 septembre. — Séjour au château de Beaurevoir-en-Vernandois(i), silué vers les sources de l'Escaut, près de Saint-Quentin. — Tentative d'évasion : saut du haut de la tour de Beaurevoir. — C'est dans celte prison, appartenant à Luxembourg, c{ue Jeanne ai)prit, dans les premiers jours de septembre, qu'elle était livrée aux Angiais{fi). Jus(iue-là, ses maîtres n'étaient que des Bourguignons.

20 septemtare-15 novembre. — Jeanne captive dans les cachots d'Arnis.

15 novembre. — Transférée d'Arras au château de Drugy, près Saint-Kiquier (Sonnne), Jeanne passe une nuit dans le donjon.

16 novembre. — Jeainie est conduite au Grotoy, place située à l'enibouchurc de la Somme. Les dames d'Abbeville viennent pieusement visiter la pauvre prisonnière.

21 novembre — Les olFiciers bourguignons, munis des pleins pouvoirs de Jean de Luxembourg et de Philippe de Bourgogne, son NU/crain, remettent aux mains d'un détachement anglais la Pucelle infortunée.

Décembre. — Jeanne passe par les forteresses de Saint- Valérysui-Somme, puis d'Eu, puis de Dieppe.

28 décembre. — Amenée à Rouen, centre du gouvernement ;ul^l;lis en Irance, la Pucelle est enfermée dans une tour du château du Bouvreuil.

(i> lii|i,ii tiiiiinl (1p l'Aisne.

(•j) L'iiiipùl (lit (le la Pucelle, cvi-v pour couvrir les frais d'achat de la sainte IHIc, est simi»'; de ilouen, a scpl(MnI)ro l'J'in. Il fut Ic'^ par Hcdlord sur la provinr»' de Nr>rnjan(lic

ANNÉE l43l

Du 9 janvier au 19 février. — Préparation de l'infâme procès de Rouen. « C'est une honte pour les Anglais d'avoir foit mourir Jeanne d'Are; c'est une honte mille fois plus grande de s'èUe servis d'un évèque à leurs gages, pour couvrir cVnne foi^me ecclésiastique l'iniquité de leur vc.igeance politique » (Rouette).

Du 21 février au 3 mars. — Six interrogatoires pul)lics, aux dates suivantes : 21, 22, 24, 27 février, i^i et 3 mars. — Pierre Cauchon, inquiet de leflet produit en faveur de Jeanne par l'admirable simplicité de ses réponses (i), substitue le huis clos à la publicité des séances.

Du 10 au 17 mars. — Neuf interrogatoires secrels, aux dates qui suivent : 10 mars, 12 (deux séances), i3, 14 (deux séances), i5 et 17 (deux séances).

18 mars, dimanche. — Réunion des juges chez Cauchon.

22 mars. — Autre réunion.

24 mars. — L'indigne évèque de Beauvais, fort accompagné, se rend dans la prison pour adresser à Jeanne ses cxhorlalions hypocrites.

25 mars, dimanche des Rameaux. — Réitération de la même sinistre comédie. — Là finit le procès dit d'office. — Cauchon annonce que le procès dit ordinaii^e va commencer sans retard.

Avril, — Les soixante-dix chefs d' accusation prétendus contre la sainte Pucelle sont résumés en douze articles falsifiés, et soumis sous cette forme aux docteurs de l'Université de Paris. — Jeanne tombe gravement malade : les gouvernants anglais la font soigner avec sollicitude,... dans la crainte de voir leur victime échapper au bûcher qu'ils lui destinaient.

2 mai. — Dans la cour du château de Rouen, admonition charitable faite à la malheureuse captive.

9 mai. — Jeanne comparaît de nouveau devant le sanhédrin, réduit à neuf membres. On la menace de la torture; elle répond : « Si vous me torturiez à faire sortir mon âme de mon corps, je ne vous

(i) De l'interrogatoire du 24 février : « Je viens de la part de Dieu, et je n'ai rien à faire ici. Renvoyez-moi à Dieu, de qui je viens. »

JKANNK DAUC; OU LA PLCELLE DOIILÉANS

dirais v'icn autre (|iii' ce ([iio j'ai dit; et si vous mairaeiiioz (iuel([ue parole contraire, j'alïirnierais toujours ensuite que ça été i)ar violence. »

12 mai. — Réunion de douze assesseurs chez Gauclion. Celui-ci propose la torture; mais la majorité repousse celle odieuse mesure, d'ailleurs inutile contre la lernielé de la Pucelle.

19 mai. — Communication d'otfice « au ban et à l'arrière-ban » de tous les juges, de la réponse envoyée par l'Université de Paris aux douze articles (inexacts). Ladite Université conclut à la culpabilité de Jeanne « fausse visionnaire, blasphématrice, avide de sang

humain. schismati(£ue, apostate » et. louant le zèle de Cauchon,

engage le roi « de France et d'Angleterre » à faire bonne justice, si la coupable s'obstine.

24 mai. — .îeanne est conduite au cimetière de Saint-Ouen. derrière la belle église abbatiale de ce nom (i).

Scène dite de \ abjuration, — mot souvent mal compris, et qu'il importe de préciser.

La Pucelle. croyant être mise dans les prisons ecclésiastiques (2), accepte de reprendre le vêtement féminin.

27 mai. — Jeanne, qu'on avait remise à la chaîne, avec les mêmes infâmes gardiens, et qui ne pouvait se lever de sa couche sans être déferrée par ses geôliers, est contrainte, au matin de ce jour, de revêtir les habits d'honnne, parce que ses habits de femme avaient été soustraits pendant la nuit. Les gardiens font aussitôt savoir à Cauchon que « Jeanne a rechuté ! »

28 mai. — Cauchon accourt, avec ses acolytes, dans la prison, et fait sabir à la victime un nouvel interrogatoire,

29 mai. — Ledit interrogatoire est communi([ué sans retard à la tourbe des juges et des assesseurs, dans la chapelle du palais épiscopal. — Ces hommes vendus concluent que Jeanne, « hérétique et rela|»se. » doit être livrée au bras séculier.

30 mai. — Martyre de la sainte Pucelle, sur la place du Vieux- Maiché de Uoiu*n.

(1) l'ii jîirdiii piiltlic ;i ri-iii|)l:i(-r- rancicii ciiiR-lièri'.

(•i)F-;i |ijiilii'ilcla ^'côlcdi' lloucii dcsliiu-e aux IVniincs était gardée par des femmes. On sait rotiilticti d'iiidij^iiatioiis liypocritcs a\ait siiscitéi's clicz les juges 1 liabit masculin (|Uf Jeanne eonservail par pudeur, et (pie d'ailleurs les examinateurs ecelésiasliqnes «le l'oitiirs l'avaient aulorisj'-e à porter.

JEANNE AU BUCHER (Statue de Cordonnier.)

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