DOMREMY — L'ENFANCE D'UNE SAINTE
reniant fut donc portée à l'égalise, escortée de quatre parrains et de quatre marraines, dont l'une était la femme du mqreur de Domremj. D'après la tradition, les fonts baptismaux de l'époque existeraient encoredans l'église. On y baptisa la petite fille sous le nom de Jeannette.
Elle grandit entourée des meilleurs soins; sa mère inculquait à son âme une foi robuste, la formant à prier en même temps qu'à parler. Cette digne femme enseigna d'abord à sa fille les éléments de la religion, puis le Pater, VAve, le Credo. C'est tout. Et Jeannette faisait par sa piété l'édification de ses compatriotes.
Elle était serviable, polie, aimable à tous; et chacun pensait du bien d'elle. Elle aimait l'église et s'y rendait aussitôt qu'elle en trouvait le loisir ; on l'y voyait prosternée devant le tabernacle, ou méditant au pied du grand crucifix et des statues des saints. Chaque jour elle assistait à la messe ; souvent elle se confessait, souvent elle recevait la communion. Quand V Angélus sonnait, elle se mettait à genoux, en quelque endroit qu'elle fût. L'amour de Dieu produisait dans l'âme enfantine de Jeanne l'amour du prochain : bienfaisante aux malheureux, elle faisait l'aimiône suivant ses moyens, elle visi^ tait et soignait les malades. Son voisin, Simon Musnier, se rappelait encore avec attendrissement, trente ans plus tard, la charité dont elle l'avait entouré durant une longue maladie. Hospitalière, elle accueillait les pauvres voyageurs et leur procurait un gîte ; elle allait jusqu'à leur céder sa chambre et son lit, et passait ellemême la nuit, assise à l'âtre du foyer, dans la chambre de ses parents.
Jeannette travaillait, et rudement : elle aidait ses parents en toutes choses, aux champs comme à la maison, — là, gardant les troupeaux, ici, lavant, cousant, filant, s'occupant des détails du ménage, mot charmant, aujourd'hui toml)é presque dans le ridicule, et qui représentait jadis la plus belle science de la femme !
Une piété si peu commune, une vie si chrétiennement exemplaire, impressionnaient ses petites amies et tous les enfants du village. Et comme il est plus facile de critiquer que d'imiter le bien, on trouvait souvent qu'elle exagérait; ses amies chéries, Hauviette et Mengette, le lui disaient parfois. Les jeunes gens, quand ils la voyaient s'attarder à l'église, tout quitter au son de la cloche et revenir de bien loin pour entendre une messe, s'amusaient à se moquer d'elle. Jeannette rougissait alors, mais n'en continuait pas moins bravement à faire toutes choses pour Dieu.
Il y avait, près de Domremy, certaine vieille chapelle consacrée à la Sainte Vierge : on l'appelait Notre-Dame de Bermont. Jeannette affectionnait de s'y rendre; et, pour cela, quittait sa charrue et ses champs. ^Nlais, non contente d'y prier seule, elle y menait en pèlerinage presque chaque samedi plusieurs personnes de son village, entre autres ses jeunes amies. Elle y faisait brûler des cierges, y portait des bouquets, y tressait des couronnes.
Il ne faudrait pas s'imaginer que Jeannette fût sauvage et peu j)révenanlc pour ses comj)agnes et les enfants de son âge ! Volontiers, au contraiie, elle se mêlait à leurs jeux, (l'est ainsi (ju'elle allait avec eux à X^joniaine des
DOINIREMY — L'ENFAXCE D'UNE SAINTE
Groseilliers, quelquefois à Varhre des Dames (i), hêtre d'une beauté merveilleuse, et rendez-vous des fêtes de la jeunesse. Chaque année, au dimanche de Lœtare, les petits enfants de Domremy venaient chanter et danser autour de l'arbre, puis se rendaient auprès de la fontaine des Groseilliers, avec des provisions apportées du village. Jeannette faisait comme eux ; comme eux, elle dansait, chantait et plaçait des guirlandes sur l'arbre séculaire. Aucun de ces innocents ne voyait là malice ou superstition ; et leurs récréations anodines n'avaient rien de commun avec les récits fantastiques de quelques vieilles femmes du pays, qui racontaient que l'arbre et la fontaine ai aient été hantés par les fées.
Cependant, Jeannette préférait l'église et le travail aux joyeux divertissements ; aussi messire Guillaume Fronte, son curé, déclarait-il « qu'elle était une bonne chrétienne, qu'il n'en avait jamais vu de meilleure, et qu'il n'avait pas la pareille dans toute sa paroisse. »
(i) Ou des Fées,