‹ L'histoire ancienneChapitre 17 sur 49 · LA BATAILLE DE THYMBRÉE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE THYMBRÉE

Depuis l'an 56o jusqu'à l'an 548 avant L-d.

Cyrus, étant devenu roi des Perses après la mort de son père, fut, comme il Tayait fait présumer dans sa jeunesse , un prince accompli et rempli de belles qualités. Il rendit ses sujets heureux , et , par son courage à la guerre, il devint plus tard le fondateur du plus puissant empire qui eût existé en Asie depuis le temps des premiers Assy-riens.

Mais voilà que le roi de Babylone ayant eu querelle avec le roi des Mèdes , celui-ci appela à sou secours son neveu Cyrus ; car le vieux Astyage était mort, et avait laissé sa couronne à son fils Gyaxare II, frère de Mandane.

LU BATAILLE DE THYMBRÉE. ii5 Cyrus se mit aussitôt en route avec son armée, peu nombreuse à la vérité, mais entièrement composée de ces jeunes Perses qui avaient été élevés avec Ini dans les écoles publiques , et qu'il connaissait tous par leur nom. Aussi était-il adoré du mioindre soldat , dont il avait été Tami et le compagnon y avant d'être son roi. Cyaxare le reçut avec une grande joie, et tous deux se préparèrent à marcher contre les Babyloniens, auxquels, pour son malheur, d'était joint Crésus, ce roi de Lydie que -vous connaisses déjà. Cétait encore son insupportable vanité qui Tavait porté à se mêler de cette guerre; car il méprisait les Perses à cause de leur pauvreté, et les Mèdes à cause de leur mollesse.

^ Cyruà, ayant appris que le roi de Lydie avait réuni une armée considérable dans un lieu nommé .Thymbuéb, peu éloigné de la ville de Sardes , où étaient gardés les trésors de Crésus, marcha rapidement vers cette capitale, et quoiqu'il n'ignorât pas que les ennemis étaient au moins deux fois

ji6 LA BATAILLE DE THYMBRÉE.

plus nombreux que ses soldats, il n^hésita point à engager une bataille dont il ne faudra pas oublier le nom ^ parce qu^elle décida de Tempire de TAsie entre les Babyloniens et les Perses , et causa la ruine totale du royaume de Lydie.

En eflfet, cette bataille de Thymbrée fut sanglante et acharnée, et Cyrus y déploya une grande valeur; mais son cheval s'étant abattu au plus fort du combat , peu s'en fallut que ce prince courageux ne fût pris ou tué dans la mêlée. Cependant cet accident ne fit que retarder de quelques instans la défaite des Lydiens ; dès qu'il reparut à la tête des Perses , les soldats ennemis prirent la fuite et se dispersèrent devant lui; leurs chariots de guerre, armés de faux U*anchantes , furent mis en pièces ; leurs tours roulantes^ remplies de soldats, ftirent renversées; Crésus lui-même, après avoir combattu vaillamment, abandonna le champ de bataille, et n'eut que le temps de chercher un asile derrière les murs de Sardes , où il ne tarda pas à reconnaître

LA BATAILLE DE THYMBRÉE. 117 que ses trésors lui étalent devenus inutiles.

Cyrus, qui le poursuivait, se présenta bientôt lui-même devant les murailles de cette ville ; et tandis que Grésus s'efforçait encore de défendre son palais, le vainqueur, déjà maître de toutes les portes, ordonnait que chaque habitant de Sardes ,lui apportât son or et son argent , en promettant que si l'on obéissait , il ne serait fait aucun mal à personne, non plus qu'aux femmes et aux enfans. ^.

Je dois vous faire remarquer à cette occasion , mes enfans , que dans ce temps c'était l'usage , lorsqu'une ville était prise par les ennemis, que le vainqueur s'emparât de tout ce qu'elle renfermait de précieui'^ les habitans eux-mêmes étaient partagés entre les soldats , qui les réduisaient en esclavage, et les vendaient ensuite comme des bétes de somme à ceux qui voulaient les acheter. Cyrus , en accordant aux Sardiens la vie et la liberté , se montrait donc fort généreux , puisqu'il ne leur

ti8 LA BATAILLE DE THYMfiRÉE.

demandait poùr^eâ troQf)es que les choses précieuses qu'ils avaient en leur possession.

Ali milieu d'un si grand désastre, le malheurâix Crésus, voulant an moin^ mourir avec gloire, essayait de tenter en« core une fois le sort des armes. Dans la mé* lëé, un soldat perse qui ne lé connaissait pas, leva sait sablée su^ sa tdte, et alltitit peut-être le tueir d'un seul coup, lorsqu'un jeune fils de Crésus , qui était muet de naissance, en voyant son père menacé d'un si grand péril ^ fit tin effort qui lui délia la langue, et s'écria: Soldat, he rxTE poMtCréstjs!

Aussitôt le soldat baissa son sabi^ , et se contentant de désarmer le menarque lydieik , le conduisit devant Gyrus , dont il espérait recevoir une grosse récompense.

L'bistoife de ce jeûne muet à qui sa ten»

dresse filiale fit tout à coup recouVrer la parole, n'est-elle pas bien touchante el bien extraordinaire? Elle doit vous apprendre , mes petits amis , tout ce que peut un bon fils poulr l'auteur de ses jours,.

LA BATAILLE DE TttYMBUÉE. 119 puisque Fémotion de ce jeune homme produisit en cet instant ce qu'il n'avait pu ob^ tenir depills qu'il était au monde ^ ce pauvre enfant qui, malgré tous ses efforts, n^avait jamais pu jusqu'à ce jour parvenir à articuler un seul mot , fut bien récom^ pensé de sa tendresse envers son père; car depuis ce moment sa langue fut éntië* rement déliée, et il continua de s'exprimer aussi clairement que vous et moi.

'Ce fut alors, mes enfans, qu'en se voyant chargé dé chaînes et traîné deVant son ennemi victorieux, Crésus, qtti la veille encore était un des plus puissans rois de l'Asie, se vit contraint de faire un triste retoQr sur lui-même, et de reconnaître,, mais trop tard, que ce n'est pas assezpour un prince de posséder des trésors,., s'il n'est en même temps assea sage pours'en servir utilement.

Malheureusement dans ce temps barbare • il n^'était pas sans exemple qu'un conque-, rant abusât cruellement de sa victoire, eu.;

lao LA BATAILLE DE THYMBRÉE.

faisant mourir Tennemi que le sort des armes avait fait tomber en sa puissance ^ et Crésus , condamné à un horrible supplice, était déjà près de monter sur un bûcher où il devait être brûlé vif, lorsquMl se souvint de cette belle leçon que. Solon lui avait donnée autrefois, en l'assurant qu'aucun homme ne peut se dire heureux avant son dernier jour^ et il ne put s'empêcher de s'écrier à p\usieurs reprises : Solon !

Solon! vous me l'aviez bien dit!

Cyrus , qui était présent, ayant entendu cette exclamation , voulut savoir ce qu'elle signifiait*, il se fit donc amener aussitôt le prince captif, qui lui raconta en peu de mots les cxcellens avis qu'il avait reçus du sage Solon, ajoutant que, s'il les eût suivis , il ne se verrait pas aujourd'hui réduit à une si cruelle extrémité. « Et moi, (( lui répondit Cyrus, je prétends être plus « juste envers vous que la fortune ne l'a (( été, car non-seulement je vous accorde la « vie, mais encore je veux que vous soyez

LA BATAILLE DE THYMBRÉE. 121 (( toujours honoré comme un grand roi « doit Tétre. )>

En effet , Crésus, rétabli dans son palais où Tamitié de Cyrus le suivit , s'aperçut bientôt qu'il n'avait jamais été plus heureux que depuis qu'il était débarrassé du soin de garder des trésors dont il avait été si jaloux, mais qui n'avaient servi qu'à préparer sa ruine.

Ainsi Solon eut l'honneur , par ses sages conseils, d'avoir sauvé la vie à l'un des deux rois , en donnant à l'autre l'occasion de faiie une action plus glorieuse qu'une grande victoire ou la conquête d'un empire.

Cette histoire nous apprend , mes petits amis, que la richesse n'est un véritable bienfait de la Providence que lorsqu'on sait en faire un bon usage, sans lequel elle devient plus nuisible qu'utile , surtout si elle inspire à ceux qui la possèdent un sot orgueil , qui les rend sourds aux plus sûrs avertissemens de la sagesse.

làa LE FESTIN DE BALTHAZAR.

lE FESTIN DE BALTHAZAR.

Depuis l'an 5/|& jusqu'à Tan 53o avant J.-C.

Il ne manquait plus à Cyrus, pour satisfaire son afnbition , que dé devenir le maitre de Babylone ; car ce prince guerrier n'était pas exempt de ce défaut, qui fait quelquefois les hommes illustres, mais qui cause aussi de grands malheurs aux nations.

A cette époque , le roi de Babylone était Balthazar, fils et successeur deNabuchodonosor n*, c'était un prince efféminé, adonné au vin et à la débauche , et renouvelant , pour ainsi dire , toutes les basisesses qui avaient déshonoré Sardanapale. Les fatigues de la guerre et les soins du gouvernement lui étaient également insupporta •

LE FESTIN DE BALTHAZAÎt. i^i bles, el il ne connaissait pas de plus grand malhear que de manquer un seuT dés festins magnifiques quMl faisait servir chaque nuit danà son palais, malgré rapproche de Farmée victorieuse de Cyrus.

tJn soir qu'il traitait splendidement dans un repas les principaux seigneurs de Bàbylone' et le^ plus belles dames de sa cour, il lui prit fantaisie de se faire verser à boire dans les vases d'or et d^argent que iNabuchodonosor , son père , aVait enlevés autrefois au temple de Jérusalem. Mais à pdne eut- on apporté ces vases, dont le travail et la matière étaient également admirables , qu'on vit paraître tout à ôoup une main qui tfaçail sur la muraille de certains caractères qu'aucun des assistans né put déchiffrer.

Balthazar, effrayé de ce prodige, appela aussitôt auprès de lui ses Mages, qui étaient les prêtres du feu que les Babyloniens adoraient; ses devins, gens faisant métier de dire la bonne aventure, et enfin ses astrologues qui prétendaient lire

124 LE FESTIN DE BALTHAZiLR.

dans les astres ce qui devait arriver sur la terre ^ mais aucun de ces savans personnages ne put lui expliquer les caractères que la main miraculeuse avait tracés sur la muraille.

Alors la reine Nitocms, mère de Balthazar , qui , à la première nouvelle de ce prodige, était accourue dans la salle du festin , supplia son fils de mander devant lui le sage Daniel , qui avait expliqué autrefois le songe de Nabuchodonosor.

Daniel était vieux dans ce temps-là, mais il n'avait point perdu Tusage d'interpréter les choses qui paraissaient le plus inintelligibles aux autres hommes : dès qu'il eut jeté les yeux sur la mystérieuse inscription, il s'écria que ces paroles étaient écrites dans la langue et avec les lettres des Hébreux, et qu'elles devaient se prononcer ainsi :

Mahé. Thégel. Phàiœs.

Et comme Balthazar le pressait de lui en donner l'explication :

LE FESTIN DE BALTHAZAR. ia5 a Cela veut dire , ô roi , lui répondit (( Daniel , que Dieu a marqué la fin de voie tre règne \ que vous avez été pesé dans a sa balance , et que votre royaume va être u divisé et appartenir aux Mèdes et aux a Perses. »

Vous comprendrez sans peine, mes pe* tits amis, que cette réponse n'était point faite pour dissiper les craintes de rassemblée , et tous les convives se regardèrent d'un air consterné ; mais Balthazar, qui ne croyait pas que de si grands malheurs pussent être aussi prochains qu'on le disait, ordonna que l'on continuât à se divertir, et défendit que de toute la nuit on s'occupât de choses raisonnables ; lui-même donna l'exemple en se remettant à boire, et Ton n'entendit plus daus le palais et dans les jardins que des éclats de rire, et le son des instrumens de musique.

Cependant, les soldats de Cyrus, qui étaient parvenus aux portes de la capitale , ayant appris que cette nuit même Babylone tout entière, à l'exemple de son roi.

ia€ LE FESTIN DE BALTHAZÂR.

était plongée datis le tumulte d'une fête , profitèrent d'une circonstance si favdrabié', et pénétrant tout à coup dans la ville au milieu de ée désordre , s'en rendirent mai* très presque sans combat.

Bathazar, à moitié ivre, a^ant voulu courir aii^devafit des ennemià , qui le surprenaient ainsi, fut tué par les Perses avec la plupart de ceux qui avaient été ises con<vives.

Ainsi la prédiction de Daniel fut réaliââfr à Tinstant même, et la fameuse Babylone devint la proie des Mèdes et des Perseà, qui détruisirent une partie de ses édifices les plus remarquables ; les successeurs de Cyrus en firent un parc, où ils enfermèrent des bétes sauvages, pour se donner le plaisir de la chasse.

La mort de Balthazar, mes petits amis^ mit fin au second empire d'Assyrie , que Tastrônome Béiésis avatit fondé après la chute de Sardanapale; Cyrus le réunit à la Perse et à la Médie , dont ii hérita peu de temps après, pap la mort de son oircle

tfe FESTEÏ m BAltHA2LÂ:R. xa?

Cyaxare II. Ce prince devint ainSi Vuh ctes plus puissant rois de la terre, et il dontia à ce magnifique empire le nom de royauitte des Perses. "7

L'un de ses premiers soins, après la prise de Babylone, fut d'appeler auprès de lui le sage Daniel, dont il avait souvent entendu vanter le mérite : ce fut même à sa considération qu'il permit aux Israélites, que Nabuchodonosor II avait emmenés, en captivité soixante-dix ans auparavant, de retourner dans leur pays, où il les autorisa à rebâtir le temple de Jérusalem , ainsi que cela avait été prédit autrefois par les prophètes.

Cyrus , que ses belles et nombreuses qualités rendaient vraiment digne de sa haute fortune, remplit sa vie entière d'^actions louables et généreuses : et comme il avait été sobre et frugal dans sa jeunesse, il conserva jusqu'à Tâge le plus avancé toute la vigueur d'un esprit sain , et toute l'activité d'un corps robuste.

L'histoire de ce prince est trop remar-

ia8 LE Festin de balthazar.

quable pour que je ne tous engage pas à Fétudier avec soin , et vous ne pourrie^ pas dire que vous avez entendu raconter l'Histoire ancienne , si vous ne tous rappeliez pas toujours les principaux traits de la vie du grand Cyrus.

Depuis Tan 53o jusqu'à V^n 622 avant J.-C.

Ctrus , en mourant , avait laissé deux fils , dont Tainé se nommait Gâmbyse , et le plus jeune Smerdis.

Cambyse, qui succéda à son père sur le trône de Perse, ne lui ressemblait en aucune manière : c'était un prince brutal , emporté, et qui semblait réunir tous les défauts qui font les mauvais rois. Outre cela , au lieu d'imiter la simplicité de Gyrus dans ses vétemens et sa nourriture , il avait adopté et introduit chez les Perses toutes les coutumes des Babyloniens et des Mèdes, qui avaient paru si ridicules autrefois au jeune Gyrus, à la cour de son grandpère Âstyage.

Ainsi Gambyse ne se montrait en pu-

i3o CAMBTSË EN EGYPTE,

blic que le yisage fardé, les sourcils peints , tout chargé de chaînes d'or et de bracelets de pierreries , et yétu d'une robe de pourpre brodée et traînante. Sa coif-« fure ordinaire était une tiare ornée de gros diamaus et de pierres précieuses de toutes couleurs. Ce goût pour les ornemens et la magnificence passa promptement, comme cela arrive toujours, du palais du prince chez les moindres de ses sujets; et, en peu d'années^ les Perses devinrent aussi efféminés et aussi méprisables que leç ennemis qu'ils avaient vaincus.

Cependant Cambyse ayant envoyé demander au roi d'Egypte de lui donner sa fille en mariage, Amasis, c'était le nom de ce prince , qui avait entendu parler du mauvais caractère du roi des Perses , la lui refusa formellement.

Celui-ci, indigné d'un pareil refus, qu'il regarda comme une injiy^re mortelle, jura d'en tirer une vengeance éclatante ; et l'ua de ses premiers soins, après être monté sur le trône , fut de porter U guerre dans

CAMBYSË EN EGYPTE. lii

cette contrée ^ye^c ^ne armé^ qiai Iraiioait (ierrière eljie, ^nv 4^^ mUi^v^ de lîhariou, 4es tentes fnajg^piÇqjyies e% jtou^ les choses nécessaires ^ux douceurs de la vie. Çjunbyse 9^yait v^lUé partîpuKèrjqineat à /ce qms rien ne i^apcjuât à sa cuisine 9 qui voyageait sur des chameaux , et était toujours bie;? approvisipnaée^

Pour pénétrer eii Egypte, les Perses étaient obligés de {traverser l^s déserts de r Arabie Pétrée, qui séparai^t les deux empires 9 et cette grande armée eut infailliblement pérf de soif dans oe tf^jet, si un roi arabe ue se fût engagé à lui fournir de Te^au pendant quelle parcourait cette cootréie , où Ton ne trouve pas upe seule source ui même uu seul petit ruisseau.

Çétait le même désert pu len Israélites errèrent pendaut quarante ans après leur sortie d'Egypte, et où Moise fit jaillir Teau du rocher d'Oreb , ainsi que le rapporte rijistoire saiute.

Il fallut doQc que des chameaux apportassent de très-loin , dans des outres de

iBa CAMBTSE EN EGYPTE.

m peaux de bétes, toute Peau nécessaire à

un si grand nombre d'hommes et de chevaux, dévorés par un soleil ardent, et marchant péniblement sur le sable brûlant qui couvre l'Arabie. Avec cette aide, Cambyse put parvenir sur les frontières d'Egypte , où il apprit en arrivant que son ennemi Amasis n'existait plus , mais que son fils PsÀMMEKiT, qui venait de lui succéder , se préparait à combattre les Perses avec une armée considérable.

En effet, les deux rois ne tardètent pas à se trouver en présence, et Cambyse s'avisa d'un stratagème qui jeta le désordre parmi ses ennemis et lui donna la victoire :

il plaça en avant de ses soldats un nombre infini de chats , de chiens et d'autres animaux que les Égyptiens honoraient comme des divinités ; de sorte que ces derniers , n'osant point se servii; do leurs armes , de peur de tuer quelques-uns de leurs dieux , furent aisément mis en déroute par les Perses , qui en firent un grand carnage.

Cette victoire , qui ouvrait FÉgypte à

CAMBYSE EN É(JYPJ^ ^^^

Cambyse , fut suivie de la pf^ j^ p^j^^ et de presque toutes les vil^j^ ce pays ,

et Psammènit lui-même toï^. „„

., . j . , - ^vec ses

nis au pouvoir du vsanqueur.

Dans ce moment, le roi des ï ,, ^., ^

' . **se}5 ayant

envoyé un héraut à Mëmphis p^^. r^ .

les habitans de cette grande vill, «^ «^ ^ dre sans combat , ceux-ci trans^ . , , rage contre les Perses, se jetèrent,, ^ héraut et le mirent en pièces , ainsi «^^ ceux qui se trouvaient dans le vaisseau qu»

l'avait amené sur le Nil. *"

Or, il faut que vous sachiez que chez les peuples , même les plus barbares , la personne d'un hératit est inviolable et sacrée, c'est-à-dire qu'il est défendu par toutes les lois divines et humaines qui régissent les nations , de faire le moindre mal aux officiers /chargés de ce ministère.

Aussi Cambyse , à la première nouvelle de cet attentat, se livra-t-il à l'un de ces accès de fureur qui lui étaient habituels, et ordonna que Ton mit à mort sur-lechamp dix fois autant d'Égyptiens qu'il y

■isT. AirciiivifB. 5* in. g

,34 .tr^^ ^^ EGYPTE.

avait au ^^^^^^^ égorgé$ sm le navire

du héraut^^^®^ ^** ^ Psammenit fut

du nombi d«»^i«*™«s , et ee priuce lul-

éme ' f^^^^Y^ ^^^^ d'abord traité

« ^ -lA'Wr fi^^ condamné à boire du avec do . ,

j^aul'eau , qui le fit mourir a 1 in- L^ > ville de Memphis, en punition 1 <, 5 de sçs habitans, fut abandonnée V ^.^nge^nce de9 vainqueurs, et saocagée ^r eux de fond en oorable* ..

^rCe, terrible exeniple ayant jeté la terreur dans le reste de FÉgypte, O^mbyse se trouva bientôt possesseur de ce royauoie, qui demeura pendant longtemps Tune des provinces de Tempire des Perses. M%is vous allez voir quel mauvais usage il fit de sa victoire.

Impatient de satisfaire la haine qu'il portait em^ore à la mémpire d'À.masis , il fit arracher son cadavre de la pyramide où il avait été déposé , suivant TuHgB d'Égypto , et ordonna qu'on le jetât au feu avec ignominie , ce qui était le plus grand afiront que l'on pût faire à un Égyptien

CAMBYSË EN EGYPTE. i35

aux yeux de ses concitoyens, qui atta« chaient tant de prit aux honneurs funè'- Inres. Cette Ttolalion d'un tombeau, objet du respect de toutes les nations du monde, était Taction d'un furieux et d'Un insensé pour qui rien n'était plus sftcré.

Dans Un autre accès de colère, ayant aperçu le bœuf Apis, auquel les Égyptiens rendaient les honneurs divins, comme vous savefc, il se jeta sur cet animal , et le blessa brutalement d'un coup d'épée, dont il mourut peu de temps après. Cette action , qui parut un épouvantable sacrilège au peuple d'Egypte, irrita toute cette nation contre Cambyse; et lorsque par la suite ses fureurs dégénérèrent en folie, les prêtres ne manquèrent pas d'attribuer cet état violent à la juste colère de la divinité.

Le bœuf Apis, que Cambyse avait frappé de mort) n'était certainement pas un dieu ; mais le roi avait choqué par là les croyan* ces de tout ce peuple, qui ne put jamais lui pardonner sa furie. Il n'est pas sage d'aiU leurs de heurter ainsi les idées de personne,

i36 CAMBYSE EN EGYPTE.

même lorsqu'elles nous paraissent absurdes et extravagantes : ce n'est que par la douceur et la persuasion , et jamais par les persécutione et la violence que Ton doit chercher à éclairer les ignorans.

Cambyse , à qui Tinvasion de TÉgypte venait de donner le goût des conquêtes, avait souvent entendu parler d'un peuple d'Afrique , connu sous le nom d'AuconiENs 9 dont le pays était séparé de cette contrée par des déserts semblables à ceux de l'Arabie Pétrée, mais beaucoup plus étendus. D'immenses plaines de sable , sans cesse desséchées par un soleil brûlant et où l'on ne rencontre ni un arbre pour s'abriter, ni même une goutte d'eau pour se désaltérer, semblaient devoir préserver les Ammoniens de l'invasion des Perses, lorsque Cambyse, n écoutant que son extravagance , envoya une partie de son armée pour s'emparer de leur pays.

Mais à peine ses soldats se furent-ils avancés dans ces vastes solitudes, que des maux de toute espèce vinrent les assaillir.

contra d^berbes et de racines, puis mangeât les chevaux et les bétes jde somme , puis enfin il y eut des Perses que la faim poussa à rborrible extrémité de se dévorer entre eux. Quant à Cambyse, comme les chameaux qai portaient ses provisions et ses cuisiniers le suivaient partout, sa table continua d'être servie avec magnificence, tan4is que ses misérables soldats expiraient de besoin ^ il persista ainsi à marcher en avant jusqu'à ce qu'enfin , se trouvant presque. seul, il fut réduit à retourner préfcipitamment en Egypte, de peur de tomber au pouvoir des Éthiopiens, qui s'avan^ çaient pour achever par les armes ce que la faim avait commencé.

.Smerdis, frère de Cambyse, lavait accompagné au commencement de ce périlleux ^voyage, et il avait été le seal de toute la cour de Perse qui eut pu tendre Farc que le roi des Éthiopiens avait envoyé^ Cambyse conçut de là une jalousie extrême contre ce jeune prince; et comme il

r4a CâMBYS£ EN EGYPTE,

n'ignorait pas que Smerdis était fort aimé des soldats , dont il partageait les fatigues et les prirations, il le renvoya honteu^ sèment en Perse , oà bientôt après il le fit assassiner secrètement par un de ses offieiers, nommé Prêusi^b, auquel il promit de grandes récompenses pour commettre ce cnme»

Après ce meurtre, ne connaissant plus de bornes à ses folies, Cambyse résolut d'épouser une de ses sœurs » appelée MémoÉ ) ce qui devint par la suite un usage pour lès rois de Perse et d'Egypte ; fiiais quelque temps après , dans un de ces instans de fureur ^ qui étaient deyenus pour lui une habitude, il tua cette princesse de sa propre main. Heureusement enfin pour rhumanité, comme il allait sans doute s'abandonner à de nouTelles riolences, il se perça la cuisse, en montant à cheval, avec la même épée qui avait tué le bœuf Apit, et se fit une blessure profonde dont il mourut au bout de quelques jours. Les Égypiieûs

CAMBYSE EN EGYPTE. i43

se réjouirent dé sa mort^ et regardèrent cet accident comme un juste châtiment du meurtre de leur dieu«

L'an 5aa avant J,-C.

Câmbtse, en partant pour l'Egypte ^ avait laissé le gourernement de la Perse entre les mains d'un seigneur, nommé Patisithès, qui était en même temps le ehef des mages.

Ce Patisithès avait d'abord ^té très-fidèle au roi ; mais ensuite , voyant que chacun haïssait ce prince , à 'cause de ses emportemens, et ayant déeouvett la mort du jeune Smerdis, qui jusqu'alors avait été tenue secrète par Préxaspe, il conçut la pensée de mettre à la place du second fils de Cyrus un de ses propres frères, qui ressemblait, dit-on, d'une manière surprenante au prince assassiné.

SMERDIS LE MAGE. i45

Ce faux Smerdis , Mède de nation , était aussi l'un des prêtres du feu ; et c'est pour cela qn'on lui dosne ordinairement le nom <le Smerdis le Mage *, mais comme il avait , en eJQfet , beaucoup de ressemblance avec le frère du roi, un grand nombre de Perses le firent monter sur le trône , même avant que la mort les eût délivrés de ce prinee cruel.

D'ailleurs, il- n'était pas très-difficile h, parmi les Perses , de faire réussir une pareille superchérie , parce que c'était l'usage , comme autrefois chez les Assyriens {rappelez-vous l'histoire de Sardanapale) , qu'un petit nombre de seigneurs seulement approchassent de la personne du roi^ dont le visage était d'ailleurs presque entièrement caché par les ornemens de sa tiare.

Smerdis le Mage fut donc proclamé roi de Perse ^ et il faut dire qu'à la vérité il ne fit pas un mauvais usage dé sa puissance.

Son frère Patisithès veilkit avec soin à ce que personne ne découvrit l'imposture;

UI8T. ANCiERKE. 5* ED. (\

146 SIVIËRDLS LE MAGE,

èl lorsqu'on apprit que Gambyse était mort en revenant d'Egypte, ils se crurent tous deux assurés du succès de leur entreprise.

C'était la coutume , dans ce pays , que les rois eussent un grand nombre de femmes; et parmi celles que Smerdis avait trouvées dans le palais de Gambyse, et qu'il avait toutes épousées , il s'en trouva une , nommée Phédime, qui était ûlle d'OxA- NES, l'un des principaux seigneurs persans.

Otanes, qui avait quelque raison de soupçonner que le nouveau roi n'était pas le frère dé Gambyse, eut l'idée de demander secrètement à sa fille si elle avait quelque* fois aperçu son nouveau mari la tête nue ; il lui apprit en même temps que te mage Smerdis, dans sa jeunesse, avait eu, pour je ne sais quelle faute , les oreilles coupées, par Tordre du dernier roi.

Cette dame n^oublia pas la leçon , et la première fcMs que le roi èta sa tiare devant elle, elle reconnut qu'en effet le prétendu prince n'avait point d'ormlles ; Otanes, bientôt averti de cette décou-

verte, en fit part à plusieurs de ses amis, qui étaient comme lui de puissans personnages ; et tous résolurent ^ d'un commun accord, de mettre fin à cette tromperie, en tuant le faux Smerdis et son frère.

Quelques-^ns d'entre eux hésitaient pourtant encore à frapper un coup décisif, lorsqu'un événement imprévu vint les déterminer à ne pas différer davantage.

Préxaspe , qui , comme je vous l'ai raconté, avait eu la barbarie d'assassiner le vrai Smerdis par l'ordre de Gambyse, sans doute obsédé par ses remords, monta sur une tour élevée, et, s'adressant au peuple, déclara formellement que le frère de Cambyse avait péri de sa main, et que celui qui prenait son nom n'était qu'un imposteur. En achevant ces paroles, cet homme , pour ne pas survivre à la honte d'un si grand crime, se précipita du haut en bas de la tour, en présence de la foule , et se tua sur la place.

Dès que cette nouvelle fut <;onnue dans le pays, sept seigneurs perses,. apprenant

i48 SMERDÏS LE MAGE,

avec indignation qu'un Mède, et surtout lin mage, eût osé s'asseoir sur le trône de Cyrus, se rendirent au palais, et surprenant le faux Smerdis avec son frère, ils lès tuèrent tous deux^ malgré leur résistance, et jetèrent leurs têtes sanglantes par les fenêtres du château.

Ainsi fut punie d'une manière terrible l'imposture dont ces deux hommes avaient usé pour s'emparer de l'empire; car il faut être bien persuadé qu'un mensonge, mes enfans, quelque adroitement préparé qu'il vous paraisse, finit toujours par se découvrir.

lyiais lorsque la populace eut appris comment elle avait été trompée par un mage, elle, entra dans une grande fureur contre les prêtres du feu, qu'elle accusait d'avoir favorisé ce mensonge, et les égorgea tous indistinctement. L'anniversaire du jour où cette terrible exécution fut accomplie devint par la suite, chez les Perses, une grande fête , que Ton nomma la Ma- GOPETONiE,* c'est-à-dire le massacre des

mages*, et ce jour-là, aucun dece3 ptêtres ne devait se montrer en public.

Cependant les sept seigneurs (}ui avaient tué le faux Smerdis se trouvèrent, bien embarrassés pour savoir auquel d'entre eux appartiendrait la couronne^ et ils convinrent de s'en rapporter entièrement au hasard , sur le choix d'un rpi.

Parmi eux se trouvait un jeune Perse, nommé Darius , fils d'HTSTAsPEs , Tun des princi|>aux seigneurs du pays, qui avait certainement contribué plus qu^aucun autre à la réussite du complot, puisque c'étjait lui qjii le premier avait frappé le mage de son épée. Darius était doué d'ailleurs de beaucoup de belles qualités, et le peuple désirait ardemment l'avoir pour roi.

Les conjurés convinrent que le lendemain, aux premiers rayons du soleil, ils se rencontreraient tous les sept à cheval, dans un lieu voisin de la ville, et que celui dont le cheval hennirait le premier, obtiendrait la royauté.

Or, vous savez peut-être que les che-

]5o SMERDIS LE MAGE,

vaux, lorsqu'ils en entendent d'autres avec lesquels ils sont accoutumés de vivre , se mettent à hennir*, et Darius avait eu soin de faire cacher derrière des arbres, au lieu du rendez-vous , le cheval de son écuyer, qui marchait ordinairement à calé du sien ; de sorte que cet animai ayant poussé un hennissement avant tous les autres, son maître fut aussitôt reconnu pour rgi par ses rivaux, fidèles à leur engagement, et qui, loin de s'en montrer jaloux, demeurèrent toujours ses amis et ses conseillers.

Darius I*' (ce fut le nom que prit le fils d'Hystaspes en montant sur le trône), pour témoigner à ces seigneurs sa satisfaction , permit k chacun d'eux de porter une tiare aussi élevée que la sienne , avec cette seule différence que leur aigrette était couchée, tandis que celle du monarque était toute droite.

DARIUS EN SCYTHIE. i5i

I ■ ■ I ■■ I « r . ■ <■ ■ I ■ I ■ I ji I i i II » ■■■■ > ,■.■■.

Page 1