‹ L'histoire ancienneChapitre 16 sur 49 · L'ANNEAU DE GYGÈS · texte numérisé non relu

L'ANNEAU DE GYGÈS

Depuis l*au 708 jusqu'à Tan 68d avftat I.-C

Ouf fis les trois grands efftpires qui nom ont occupés jusqu'à présent, Mes petits amis ^ il y avait encore en Asite plusieurs autres royaumes, dont celui dé LVbiE était le plus considérable ; celui-là coinprenait la plupart d«s pays que l'on a nommés depuis TAsiE MiNEUAB , c'est-à-dire cette portion de TAsie que la mer environne de plusieurs cotés, et qui est séparée du reste de cette partie du monde par le cours de l'Euphrate , et par de hautes montagnes connues sous le nom de mont Taurus.

On racontait autrefois sur l'un des plus anciens rois de Lydie, nommé Candaitle,

L'ÂimEAU DE GYGÈS. Qt

Uâé tHérvieilfeiise fafetôirè qui tie tous pa^ râttra peut-étuâ p^à sàn^ ititéirét.

Ce priticë étàtt le M^ri d^uM (Mhiùcesse dont jti ne Wie râppeHè pI'Als 1« iiotn , Ddiaià tfUÎ élàit si béUe, qu'il tie (^essïiil, à tout inêttâttt , ^ vantef la beauté de ^ femtue , et de s*èti glei'ifier.

OT) dahs presque toute TÂsiei même eucôT^ it^joûird'hui, il est d'Uâàge q«tô le^ datiMè pottënl satis eeste ttù voile , et ne àè iftontretit jamais le viisbge dëcoùvett à aaeun hôttode, ^i ce n^est à leW père et à leiki* niari^ elles sortent même tairemeât de leur^ maisons , où elles sont entourées de gardiens sévères, qui ne leà iaissertt jamais eattàer atee pe^r^etine ^ et ce serait la plus grande iiijïire que l^on put faire à uk^e i'emme que de la forcer à lever son voile.

Oependubt Ganéaule avait nu ami qu'il préféi'ait à toiis leà autres, et auquel il vantait 6i souveût la beauté de la reine, qu'il iuspirti à Gvgès (e'était le nom de cet ami , qui était te ptiemier berger de ises troupeau) uh violent désir de connaître

g% L'ANNEAU DE GYGÊS.

la figure de cette princesse. De son côté le roi , qui ne manquait pas d'orgueil , était fort aise de montrer à Gygès que son admiration n'avait rien d exagéré, et il liii promit un jour de le cacher dans un cabinet, d'où il pourrait la voir lorsqu'elle lèverait son voile devant son mari.

Ce qui fut dit fut fait : Candaule eut Timprudence de réaliser sa promesse; mais il eut bientôt à se repentir, car la reine ayant aperçu Gygès lorsqu'il sortait de sa cachette, fut tellement irritée que son mari l'eût ainsi montrée sans voile à un étranger, qu'elle résolut d'en tirer une terrible vengeance.

Elle fit donc venir secrètement le curieux Gygès , et lui donna le choix d'expier sa faute par sa propre mort ou par celle du roi. Je vous laisse à penser quel fut Tétonnement de cet homme en entendant ce langage ; mais la reine ne lui laissa pas le temps de délibérer , et il fallut qu'il s'engageât à faire périr Candaule aussitôt qu'il le pourrait sans danger.

L'ANNEAU DE GYGÈS. gi

CeGygès possédait, dit-on, une bague qui jouissait d'une singulière propriété :

lorsqu'il tournait du côté de son visage le diamant que portait ce anneau, il devenait aussitôt invisible à tous les yeux , de sorte qu'il pouvait être témoin de tout ce qui se passait dans un endroit où il était, sans qu'aucun de ceux qui l'entouraient pût se douter qu'il s'y trouvât.

Je n'ai pas besoin de vous dire, mes enFans, que jamais personne n'a possédé d'anneau qui ait pu rendre invisible celui qui le portait à son doigt*, mais ce mer*' Teilleux récit était fort accrédité dans Tancien temps, où l'on préférait au simple langage de la vérité tout ce qui paraissait tenir du prodige : cela veut dire tout uniment que Gygès était tellement fin et rmé , qu'il lui était aisé de tromper la surveillance la plus exercée.

Effectivement, ce perfide ami, profitant de son adresse pour punir le pauvre Gan* daule de son imprudence , tua ce malheureux prince avec l'aide de la reine, qui

94 L'AN3yÇAU DE GYG|S,

lui donna la coaroqne en coiiswtaQ^ à Vépouser.

» Gygès , aprèa ce meurtire , régna paisiblement sur la Lydie ; et longteoftpi^ encore après lui, ou répétait le çont^ de ce merveilleux anneau, %w T^^aÂt éle^fé au tr^e^

Cette hi&tQÎre doU nQiui apprendra, iftç* petits amis , ^% u,'e$t pai, sage de parler à q^acnu de ce. qui Bfi. regarde que nans , et le l^abil de CaudauJ^t autant que sa vaniifé , fut la cauie de ^uu naalbeur el d^ sa^ mKN?t.

Yen Tan §59 avant J.-C.

LoaaQir'eai 'pMrle devaul toua de quel* qu'uft qui possède de gvMdei. viehesaes , von»; aTe& pienlirétie, remar^finé' que Voii) dil qoelquefoift : €01 horonoe^à est riéui conMie! Gf ésu& Eh bien! je Ttis Toii$.rar* cQnler à présent Thistoire de ce G«teD$ , qui éiftk aussi rot de Lydie^ et Tun desdei^ Biens Micoesseara de Viavisibb Gygès,

Ce prince avAÎà uu TétilaUte: «aérilei : il aimail les hommes Jnslruil^» et se plrâs^it à Issi attirer aupvèa de sa personM y peu^ sont areo raisoa que leur soiûélë est Hkut joura proftaUe. Cependant il aTait élé teUfionMU gât^ par ia fortiiae, qM'il avaii fini par s'iaiaginer que la richesse peut te-

nir lieu de tout , et qu'il n'y a point d'autre bonheur sur la terre que d'être opulent.

Un sage voyageur arriva un jour dans la ville de Sàedes , qui était la capitale du royaume de Lydie ^ il se nommait SoLOir , et il était né à Athènes, cette ville fameuse que Cécrops l'Égyptien avait fondée en Grèce ^ bien des années auparavant. Crésiis, charmé de recevoir un homme si célèbre, lui fit rendre de grands honneurs, et ordonna que Ton déployât devant lui la plus haute magnificence. Mais Solon n'en parut point étonné, habitué comme il l'était à estimer les hommes selon leurs vertus , et non d'après leurs richesses.

Le lendemain Grésus, voulant mettre à profit la présence de cet homme habile, s'empressa d'appeler son hâte auprès de lui , pour jouir du plaisir de sa convei*sation. Le sage s'y prêta de bonne grâce , quoiqu'il n'aimât point à faire parade de son savoir, car il avait trop de modestie pour chercher à se faire valoir^ mais il

CRÉSUSyET SOLON. 97

espérait pouvoir donner au roi quelque avis utile à son gouvernement.

Crésus ne manqua pas, selon sa coutume , de parler avec emphase de s^s trésors , de ses palais, de son vaste royaume, et demanda ensuite à Selon s'il croyait que dans le monde entier il existât un homme plus heureux que lui.

Cette question était bien digne de la vanité dont le roi de Lydie était gonflé , et je dois vous dire qu'il n'y a rien de plus ridicule et de plus ennuyeux pour ceux qui vous écoutent, que de leur parler sans cesse de ses biens, de ses qualités, et en général de sa prppre personne. Un pareil langage est toujours ^ preuve d'un esprit borné et d'un amour-propre que l'on ne saurait cacher avec trop de soin, si Ton ne veut pas paraître insupportable.

Solon aurait pu faire cette remontrance à Crésus, qui l'avait bien méritée; mais il se contenta de lui raconter cette histoire.

<( Il y avait naguère , dans mon pays , « un homme qui toute ^a vie avait joui

HÎST. ANCIKNKE. 5* KD. g

<c d'un bonheur inconcevable ; c'était un « simple citoyen d'Athènes^ nommé Tei,- « LUS , qui avait employé toute sa jeunesse d à faire du bien à ses semUtbles, à aider <( lea pauvres, à consoler les» affligés , et à a ne donner à ses s^nblabW que de bons « ezemplea eH de sages^ eonseib. Parvenu à « rage mur il vécut dajDS um honnête mé< (1 diocrité, et auprès avoir eu b satisfiiction « de voir grandir ses entansr et ses petits- « enfans, ik mourut glorieusement eftcom- <( battant pour sa. patrie. y<

Grésus sourit: de pitié en entendant ce langage , car il ne pouvait coneevoir quel avait été le bonheur d'uA homme obseur , ({«i ne possédait ni piuissancei, ni richesse ^ mais, par politease sans doute, il demanda à SoloB si , au moins , après ce TeUus , lui-même ne devait pas être regardé comme le plus heureos (ka hommes»

(( J'ai connu autrefois en Grèce, ré- <c pondit le sage , deftix jieiines gens ap- « pelés CxÉoBis et Bitok, que tout le c( monde aimait , parce qu'ils comblaient

« de soins et de tendresse leur vieille mère, « qui était infirme* Uu j ôur que cette bonne K dame était prête à se rendre dans un ce temple des dieux pour une cérémonie , a les bœufs qui devaient tramer son char a se Atisaat attendre , ses deux fils , qui ic étai^il forts et vigoureux , s'attelèrent « eux-^mémesàcechar, et le traînèrent jus* « qu'au temple, où ils arrivèrent au milieu M des acclamations de tout le peuple, qui tt félicitait leur mère d'avoir mis au monde « des enfans si vertueux. Cette dame lut « touchée d'une si grande joie eu entente dant les éloges que chacun accordait à « ses fik , qu'elle pria les dieux de leur u accorder pour récompense ce qu'il y a' « de meilleur pour les hommes. Son vœu a fut proïkiptemeat exaucé, car le sacrifice « était à peine achevé que les deux frères « s'endormirent d'un doux sommeil , et (( moururent d'une mort tranquille. Ou a leur éleva des statues dans le temple <( même, et leur mémoire fut honorée

'^^ <<Jf *^ O' 'XJ'

, loo CRÉSUS ET SOLON.

(( par toutes les mères , qui souhaitèrent « d'avoir dé pareils enfans. »

Pour cette fois Crésus ne put s'empêcher de hausser les épaules et de s^écrier :

(( Faut-il donc cesser d'exister pour savoir <( si Ton a vécu véritablement heureux ; et ce mou bonheur n'est-il pas plus grand que « celui de ces deux jeunes gens, sitôt enle- « vés à la vie, moi qui suis un grand prince, « qui possède d'immenses trésors ?...w Et 41 aillait recommencer l'énumération de sa puissance et de ses richesses :

(( O roi de Lydie ! interrompit le sage , ti il ne faut pas croire éternel le bonheur « dont vous jouissez aujourd'hui , et perce sonne ne peut se dire heureux avant son « dernier jour.»» En achevant ces paroles, Solonse retira, et laissa Crésus plus étonné de cette leçon que disposé à en profiter.

Nous verrons bientôt combien Solon avait raison de tenir ce langage à Crésus , et le service qu'il rendit à ce prince , qui n'avait pu s'empêcher d'admirer sa sagesse.

ESOPE EN LYDIE

ÉSOPE EN LYDIE

Depuis l'an 559 jusqu'à l'an 548 avant J.-C.

Dans ce temps-là, mes petits amis, il arriva que les habitans d'une ile voisine du royaume de Crésus, nommée Samos, offensèrent ce prince, qui se préparait à les punir sévèrement, en envoyant contre eux une grande armée, lorsque les Samiens^ pour apaiser sa colère , députèrent auprès de lui un ambassadeur dont on vantait partout l'adresse et l'esprit.

Cet ambassadeur se nommait Ésope , et si je vous faisais son portrait , peut-être ne pourriez*vous pas vous empêcher de rire , quoique je vous suppose tous trop bien élevés pour railler des défauts naturels.

Ésope, donc, était un petit homme dont

102 ÉSOPE EN LYDIE

tes jambes étaient entièrement torses , la tête d'une grosseur' monstrueuse, et la bouche démesurément large; mais tout mal tourné qu'était son extérieur , il était doué d'un esprit si enjoué et d'un caractère si estimable, qu'il se faisait aimer de tous ceux qui le connaissaient.

Quoique ce jour-là Ésope fût vêtu d'un superbe manteau qui cachait une partie de ses difformités , Crésus , en le voyant , ne put s'empêcher de reculer de surprise et d'effroi : a Qu'est ceci ? s'écrîa-t-il ; les <c Samîens ont-ils voulu se moquer de moi, « en m'envoyant un pareil ambassadeur? »

Mais sa colère fit bientôt place àTadmiration , lorsqu'ayant permis à Ésopç d'exposer le ^jet de son ambassade, celui-ci, après s'être prosterné devant lui , selon la coutume des peuples de l'Asie, lui raconta la fable suivante :

a Un homme qui s'amCisait dans son « champ à prendre des sauterelles trouva « par hasard une cigale ; il allait la tuer * comme il avait tu es premières : Que

ÉSOPE EN LYDIE. io3

« Torus ai-je fait, lui dit celle-ci ^ |>ûur me « traiter si sëyérement ? Je tie mange point c( votre blé , et ne vous cause aaeun dom-^ « ma^e ; car je n'ai que ma vtdix , dont je H me sers fort innocemment pour chanter « soir et matin.

a Grand roi, vous êtes Thomme aux sau« « tereiies, et moi je re^emble à la chétive « cigale; je n'ai que la voix, et je me gEf»

« derais bien de m*en servir pour vous of- « fenser. »

Crésus fut charmé de cet à-propos 5 il releva Esope avec bonté ; mais il se plaignit amèrement des Samiens , contre les-*quels il était encore fort irrité *, alors Ésope lui raconta cette autre fable, qui lui causa un grand plaisir, et lui fit entièrement oublier sa colère.

« Un jour les loups et les brebis , lassé»

« de se faire la guerre , conclurent un a traité de paix \ les maitres-loups pro-^ K mirent aux brebis qu'ils les laisseraient ce paître tranquillement dans les prairies , (( si elles voulaient leur livrer les chiens

io4 ÉSOPE EN LYDIE.

a qui gardaient le troupeau ; les crédules « brebis y consentirent ; mais dès que les (( loups eurent les chiens en leur puissance, n ils les égorgèrent aussitôt , et tombant (( sur les moutons qui n'avaient plus leurs (( fidèles gardiens , ils les dévorèrent tous (( jusqu'au dernier.

<t C'est vous, ô roi , qui êtes le loup, et ft moi je suis le cbien fidèle qui vient dé- « fendre le peuple de Samos : voudriez- « vous donc punir ce peuple , à présent « que son gardien est entre vos mains ? »

Le roi s'amusa beaucoup de cette fable , qu'il pria Ésope d'écrire pour lui, ainsi que plusieurs autres qu'il avait composées ] car Ésope était l'auteur d'un grand nombre de ces contes charmans, où il fait habilement parler les animaux pour instruire les hommes. Grésus, en sa considération , pardonna aux Samiens leurs injures , et pour décider Ésope à demeurer en Lydie, il le combla de tant d'honneurs et de bienfaits, que celui-ci consentit enfin à se fixer dans ce royaume.

ÉSOPE EN LYDIE.. io5

Cet homme , tout contrefait qu'il était, méritait une si haute fortune , tant il avait d'esprit et de savoir. Dans sa jeunesse il n'était qu'un misérable esclave que chacun dédaignait à cause de sa laideur ; mais son mérite le tira de la servitude, et devint encore la cause des faveurs que Crésus lui accorda. Ce prince n'eut d'ailleurs jamais à regretter ses bienfaits , parce qu'Ésope 4e servit avec fidélité de ses conseils et de ses lumières, et lui témoigna tant qu'il vécut une profonde reconnaissance.

Cet Ésope dont je vous parle ici , mes bons amis, est celui qui a composé de si jolies fables , que vous connaissez sans jdoute déjà ; lorsque vous les lirez de nouveau, rappelez- vous que cet ingénieux écrivain , non seulement nous donne de bonnes leçons dans ses contes , mais que pendant sa vie il donna aussi de bons exemples.

io6 LA JËUNfiSSË D£ CTRUS.

lAl jeunesse de cyrus.

Depuis l'an 699 jusqu'à l'an 56o avant J.-C.

AsTTAGE, roi des Mèdes, qui avait succédé à sou père Cyaxare P% le destructeur de Ninive, avait marié sa fiUe ALuroAHB au roi des Peesbs , dont il était le voisin et Taoïi.

Dans ce temps*fà le royaume des Perses n*était point , comme il le devint depuis , un vaste et puissant empire, c^était au contraire un tout petit pays que Ton aurait pu compter pour peu de chose , s'il n'eût été habité par des hommes robustes et courageux.

Chez les Perses , c'était Tusage que tous les enfans fussent élevés, dès leur plus bas âge , dans les écoles publiques , où ils ap-*

LA JEUNESSE DE CYRUS. 107 {venaient à manier les armes, et à s'en servir adroitement ; mais ce qu'on leur enseignait surtout avec soin , c'était la docilité, la patience et la sobriété ; cette dernière qualité était le principal objet des leçons de leurs maîtres, parce que la soiMriété conduit à toutes les autres verrus« Aussi , pour les y accoutumer de bonne heure , on ne donnait aux jeunes Perses pour toute nourriture que du pain, deTeau et du cresson , pétrie herbe qui croît ordinairement près des sources d'eau vive , et dont vofis n'ignorez pas sans doufe que le goût acre n'a rien de succnlent*

Or, il arrira que ta princesse Mandane, lorsqu'elle fut la femme du roi des Perses , mit au monde un petit garçon auquel on donna le nom de Cyrits.

Cet en^nt , dès son plus bas âge , annonça les plus heureuses dispositions , que Mandane, en bonne mère, ne manqua pas de cultiver , en le faisant élever dans l'école publique avec les autres petits Perses.

Nous verrons tout à l'heure si le jeune

io8 LA. JEUNESSE DE CYRUS.

prince profita des leçons qui lui furent données.

Lorsque Cyrus eut atteint Tâge de douze ans, Mandane le conduisit chez son grand* père Astyage ^ qui l'accueillit avec tendresse et le trouva aimable et bien élevé, comme il 1 était en effet. Cyrus, au contraire, fut tout étonné de voir son aïeul le visage peint de différentes manières, les sourcils relevés , les yeux colorés et la tête chargée de cheveux qui ne lui appartenaient pas. Outre cela, le vieillard était vêtu d*une longue robe de pourpre > et.

surchargé de colliers et de bracelets , suivant Tusage pratiqué chez les Mèdes.

A la vue de cet accoutrement ridicule, Cyrus , qui n'avait jamais rien vu de semblable dans son pays , éprouva une grande, surprise ; mais il était trop discret et trop respectueux pour en rien témoigner devant son grand-père , auquel il aurait été désolé de faire de U peine. Aussi ses gentillesses et ses reparties amusèrent tellement le vieux roi , que son plus grand

h^ JEUNESSE DE CTRUS. 109 déâir eût été de garder auprès de lui cet aimable enfant, qu^il s'efforça de retenir le plus longtemps possible , en lui offrant chaque jour de nouveaux spectacles et de Houveaux .divertissemens.

Un jour, dans un festin somptueux qu'Astyage avait fait servir pour son petitfils , Cyrus regardant avec dédain les mets délicats dont la table était couverte , le roi lui demanda avec bonté s^l n'avait point d'appétit : « Mon grand-papa , lui répona dit Gyrus , je ne suis point accoutumé à « de si magnifiques repas ^ et dans mon « pays , quand nous avons faim , nous a nous rassasions avec du pain et du cres- « son^ »

Astyage sourit de Textréme sobriété de cet enfant , et pour voir jusqu'où irait tsa raison , il lui permit de distribuer aux offiiciers qui étaient présens tous les plats qui étaient sur la table. Cyrus ne se le fit pas dire deux fois, et sans témoigner le moindre regret , il répartit entre tous les assistans les mets les plus exquis , dont la plu-

BMT. AirCIXIfNB. 5«? ÉD. n

iio LA J£UN^SS£ D£ ÇYiRUa.

part aTaient $i honjie otinç qp'ils lussent cert^ineoieat tenté tout autrie^a^t 4^ ^u âge. Un officier, nommé Skc^ , fiU h seid qui ne reçut rien 4^ petit princ^e»

Or, ce Sacas éjtait rédbaosopi 4u i^i, c^eslt-à-dire qu'il av^ pour foujCtionp auprès de ce prince de lui verser à boire, fce dont il s'acquittait *vec beaucoup 4^ dextérité. Asiy^ge , témoignant q^lqu^ pejae à Cyrus qu'il eut fait cet ajBront à cet offi- , cier, lui dît que personne n'était plus baille que lui pour remplir sa cpupe, ^^ qu'ayant apprécié depuis longtemps sfin service, il avait pri^ pour lui une affectton toute p^ticulière.

a Ne faut-il que cela, mon papa, ré- « pondit Cyrus, pour obtenir vos bonnes a grâces? je les aurai bientôt gagnées >ear (( je me fais fort 4e vous servir encorp plus « adroHem^nt qup lui. »

Aussitôt le peftit Cyrus est étquipé an écbanson , et le voilà qui ;s'avance graverojent h ^ervieUe sur l'épaule, tenant biau délicatement entre trois doigts la coupe

Là jeunesse de CT&US« III royale, qu'il présente à A$tyage <iy9Q ub« grâce dont tous les Msiataus sont obannés»

Çyrus , sauti|0t de joie , s*ëcriait : fc Pau* «( vre Sacas ! je val» être échapsom à ta If pl^ce! » lorsque sou graiidrpèr0 Tappelaot aupr^èp de lui pour l'embrasser : ik Mou « fils, je suis content de tous, lui dit*il; 4( tous eies mi babile écba^sou; mais tous f( 9,we^ oublié uue cérémonie importante , « c'est çell^ de go^iter le nn avaot de me le « serrÎT.

-r^ a Ce n est point d« tout par oubli , n rendit Çyrus, qiie je ne Tal point fait ; ^ mais j'^ craint qup cette liqueur ue Ut « du poison. -T^Du poison t f'écri^ le roi; f( et como)^Bt <^ela? — Oui, mon papa; « car i\ ny a p^ais JougijQmps que , dans un n repas que tous donpiez i^ui: seigneurs a ^ Tçitre çQ^r» je vis bieu qu'après avoir fc bn de cet^ liqueur rouge , la tête totir*» « nait i toi]^ le^ conT^ves* L'un oriait , « ji'autre chantait, t^ut le monde parlait à « tort et à travers ; vos eeovives semblaient

lia LA JEUNESSE DE CYRUS.

a avoir oublié que vous étiez leur roi , et m vous qu'ils étaient vos sujets ^ enfin vous « voulûtes vous mettre à danser, et vos « jambes ne purent plus vous soutenir.

— « Comment ! reprit Astyage , n*avez- « vous jamais vu votre père dans un pa- « reil état ?

— « Jamais , répondit l'enfant. — Et « pourquoi donc? - — C'est que quand il a « bu , il cesse d'avoir soif; et voilà tout ce « qui lui arrive. »

Astyage fut charmé de la sagesse de son petit-âls , qui donnait ainsi à tous les seigneurs mèdes et à lui-même une bonne leçon de tempérance dont ils parlèrent longtemps , mais qu'ils oublièrent bien vite lorsqu'ils se retrouvèrent à table avec le bon vin d'Assyrie.

Le petit Cyrus resta quelque temps encore chez son grand-père pour se perfectionner dans l'art de monter à cheval, qui n'était pas en usage chez les Perses , parce que leur pays , aride et coupé de hautes

LA JEUNESSE DE CYRUS. n^ montagnes, ne leur permettait pas d'élever et de nourrir des chevaux , comme les pâturages de la Médie.

ii4 LA BATAILLE DE THTÉIBRÉE.

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