‹ L'histoire ancienneChapitre 19 sur 49 · DARIUS EN SCYTHIE · texte numérisé non relu

DARIUS EN SCYTHIE

près un siège acharné de dix-huit mois^ les Perses allaient renoncer à Tespoir de les vaincre, lorsqu'un jeune satrape, nommé ZoPTRE, que Darius aimait tendrement , se dévoua pour satisfaire le ressentiment de son maître.

En effet, Zopyre , sans faire part do son projet à personne, de peur qu'on ne Tempéchàt de le mettre à exécution^ se^oupa lui - même le nez et les oreilles , - et se couvrit le corps entier de blessures non moins horribles; après cela, s' échappant secrètement du camp des Perses, it se présenta à Tune des portes de Babylone , cria à ceux qui la gardaient que c'était le roi qui, dans uni moment de colère, lui avait fait endurer ce traitement atroce , et leur jura que s'ils voulaient le recevoir dans leur ville , tant qu'il lui resterait un souffle de vie, il remploierait à combattre ce prince cruel. Les Babyloniens ajoutèrent foi à ce récit , qui leur parut confirmé par les blessures sanglantes <]ue Zopyre étalait à leurs yeux ; et persuadés qu'un pareil

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homme devait être impatient ije se ven* ger, ils lui confièrent aussitôt la garde dé leurs, remparts. Mais Zop'yre, aussitôt qu'il en trouva roecasion, introduisit les soldats de Darifji dans la ville assiégée, et le roi se vit enfin maître deBabylone, qu'il traita alors ayec la dernière rigueur. Trois mille des principaux rebelles furent mis à mort par son. ordre ^ et les fameuses murailles de cette cité, autrefois fondées par Séhiir^mis, furent presque entièrement renversées.

Le roi, comme vous pouvez, le penser, fut extrêmement satisfait de l'heureuse ^issue de cette. entreprise, qu'il devait certainement au dévouement de son cher Zopyre*, mais il ne put jamais se consoler de voir son pauvre ami 'ainsi défiguré^ car quoique. ses blessures fussent toutes cicatrisées , depai^ qu'il n'avait plus ni nez ni oreilles , ce malheureux jeune homme était devenu si afifreux que personne n'osait le regarder en face.

Darius avait souvent entendu parler des Scythes , qui , au temps de Cyaxaro P%

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avaient eoTahi la Mëdie , ainsi que je vous Tai raconte il n'y a pas longtemps , et il prit ia résolution d'aller lui-même punir cette nation barbare des ravages qu'elle avait autrefois/ exercés en Â^ie. >

Le pays qu'habitaient les Scythes était séparé du royaume des Perses ^ d'un côté , par de hautes montagnes appelées la chaîne du Câucaab, et de l'autre, par une- vaste mer alors connue sous le nom de Poht- Euxm, et que Ton nomme aujourd'hui la mer Noire. Mais aucun obstacle ne put détourner Darius du dessein qu'il avait formé , et après avoir fait traverser à ses soldats le Bo8YHOB£ de Takacc , bras de mer très-détroit qui sépare en cet endroit r Asie de l'Europe , il parvint sur les bords d'un grand fleuve que les anciens nom«maient I'Istbr, et qui est à présent le Danubb. C'était de l'autre c6té de ce fleuve (|ue s'étendait la Scythie ou pays des Scythes.

Or, ces peuples sauvages n'avaient ni Tilles ni maisons; leur habitation était

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d'immenses déserts, qu'ils parcouraient sans cesse traînant après eux une multitude de chariots, sur lesquels voyageaient leurs femmes et leurs enfans. Devant ces peuplades errantes marchaient de nom* breux troupeaux de brebis et de chevaux , qu'ils faisaient paître dans les prairies où ils s'arrêtaient pour dresser leurs tentes et se reposer. Darius n'ignorait pas la pau-vreté de cette nation , qu'il prétendait contraindre à l'obéissance ; mais sa résolution était inébranlable , et lorsqu'il fut parvenu au bord de l'Ister, il ordonna à ses soldats de passer ce fleuve sur un pont qu'il fit jeter à l'instant même d'une rive à l'autre.

Vous ne savez pas sans doute , mes petits amis, par quel moyen on peut ainsi jeter tout à coup un pont sur une rivière, et je vais tâcher de vous en donner une idée , parce que vous trouverez quelquefois , dans les histoires que vous lirez , que des rois ont fait de semblables choses lorsqu'ils ont été i la guerre.

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^ Pour y parvenir, on commence par ptan^ ter sur le bord du fleuve que l'on veut traverser, plusieurs grands pieux dont Textrémité est taillée en peinte, et que ron enfonce en terre avec toute la force possible. A ces pieux, un bateau est fortement attaché en travers avec des cordages solides \ bientôt un second est lié au premier par le même moyen , et Ton continue ainsi de suite jusqu'à ce que l'on soit parvenu à la rive opposée du fleuve , où de nouveaux pieux sont encore plantés pour fixer le dernier bateau au rivage. Quand tout ce travail est achevé, on place sur ce pont flottant de longues et fortes planches, sur lesquelles les soldats peuvent aisément passer avec leurs chevaux, leurs chariots de guerre et tout ce que les armées traînent après elles. Souvent cette opération difficile est interrompue par la violence des flots ou par les efforts que font, pour s'y opposer, les ennemis placés sur l'autre rive 5 mais il est rare qu'à force de

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peine et souvent aux dépens de la y'te de», travailleurs , on ne parvienne pas à Taccomplir.

Ce fut sur un pont semblablement construit que Darius fit traverser l'Ister à son armée pour envahir la Scythie et forcer les habitans de ces contrées sauvages à venir lui demander grâce. Il confia ce pont à la garde d'une troupe de soldats grecs qui servaient dans son armée sous le con[i-' mandement de deux officiers de leur nation , dont Tun se nommait HistIée , de Milet, et l'autre Miltiade, d'Athènes.

Le roi, après avoir franchi le fleuve, s'était avancé rapidement dans les vastes plaines qui s'étendaient devant lui à perte de vue , se flattant à tout moment de voir les Scythes accourir à sa rencontre , pour se soumettre à son obéissance ^ mais après bien des journées de marches pénibles, il s'arrêta tout étonné que personne ne se présentât , soit pour le combattre, soit pour implorer sa clémence. ^It'

C'est que les Scythes , informés de son

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approche, s'étaient bien gardés de Tattendre. Suivant leurs habitudes vagabondes , ils avaient chassé devant eux leurs troupeaux et s'étaient enfuis si loîh , si loin ^ que l'armée des Perses , quelle que fut la rapidité de sa marche, n'aurait jamais pu les atteindre.

Cependant Darius , qui n'avait pas en- > core perdu l'espoir de les joindre et de les vaincre, continuait à suivre leurs traces, èans s'apercevoir qu'un grand nombre de ses soldats tombaient de fatigue et de faim , et qu'aucune ville ne s'offrait à eux pour les abriter ni pour les nourrir. Bientôt une autre calamité vint mettre le comble à toutes celles que les Perses avaient déjà éprouvées , et leur armée entière fut au moment de périr de soif, parce que les Scythes, malgré la précipitation de leur retraite, avaient eu soin de détruire toutes les fontaines et de combler tous. les puits.

Darius lui-même n'aurait point échappé à cette privation , qui fit périr la plus grande partie de ses soldats , s'il n'avait

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